Contribuez au développement de la FQA :

Un parent qui ne sait plus à qui s’adresser

Un parent qui ne sait plus à qui s’adresser
Montréal, décembre 2014
Samedi, 19 h, -7°C

Un jeune autiste sort de l’hôpital pour son activité d’intégration sociale. Il doit se promener dans le parc et socialiser… avec les arbres. Il peut leur parler dans les cinq langues qu’il connaît, il peut leur faire écouter la musique de son radio. Il va geler jusqu’à 21 h, puis il va rentrer.

Il habite sur l`unité de psychose/toxicomanie. Il n’est pas psychotique, ni toxicomane, il aurait dû avoir un logement depuis 3 ans. Mais non, « il tient encore le coup » dit un médecin. Les autres patients qui délirent après avoir consommé, le son aigu des codes blancs à répétition, les cris en plein milieu de la nuit – c’est ça la vie…

Il doit y rester jusqu’à ce qu’il apprenne à accepter l’injustice. C’est ça qu’on lui a dit.

Demain c’est dimanche, il partira manger seul chez Mc Donald. Il déteste le fast-food. Quand il était étudiant, il choisissait plutôt à manger une salade de légumes grillés. Mais en ce moment une équipe de professionnels travaillent fort pour qu’il devienne un itinérant : seul dans le parc, dans les rues, seul le dimanche midi, avec son hamburger. De l’étudiant à l’itinérant – un passage intéressant, un beau projet de vie! Il faut leur faire confiance, il passe beaucoup de temps dans des réunions pour décider comment lui apprendre ça.

Il va s’asseoir dans un coin, sans parler à personne, car il ne connaît personne. Il aurait aimé que son ami du cégep soit avec lui. Mais il n’a pas ce droit, il n’a pas de droits, seulement des privilèges que les gens qui décident à sa place peuvent lui accorder ou non, sans explication.

Hier, malgré la neige, il a été obligé à partir seul, à pied, plusieurs kilomètres, pour chercher un cinéma inconnu. Il ne savait pas comment s’y rendre. Il angoissait. Il faisait très froid. Le cinéma était fermé. Comment passer les quatre heures de sa sortie? C’était noir, les rues étaient vides et il avait peur de s’égarer. S’il ne se débrouille pas, c'est de sa faute, un autiste n’a pas besoin d’aide, il doit faire seul des efforts pour guérir.

La famille, « maillon incontournable du rétablissement en santé mentale » (selon le titre d’une conférence organisée dans le même hôpital) n’a pas le droit de l’accompagner. Ses amis non plus. Ses parents n’ont pas le droit de passer les soirées avec lui, ni les fins de semaine. Certainement Noël non plus. Décisions thérapeutiques d’un expert? Non, dans cet hôpital c’est le gestionnaire de lits qui décide les stratégies de réadaptation. Patient autiste, médecine autiste.

La direction ferme les yeux. Pourquoi s’intéresser? Les parents ont osé porter plainte. Les droits des patients et de leurs familles n’existent que dans les documents officiels, il faut être autiste pour croire que les lois sont faites pour être respectées.

Le Ministère de la Santé existe pour s’intéresser des projets d`envergure. La détresse d’un autiste n’est pas de sa compétence.

L’Agence de santé et des services sociaux a essayé à s’intéresser. Mais le gestionnaire de lits a réussi à déguiser la vérité. Qui croire, un gestionnaire qui sait comment parler pour passer la maltraitance pour la pure bienveillance ou un autiste qui est empêché de vivre?

Le Protecteur du citoyen n’a aucun pouvoir. Les représailles pour avoir porté plainte représentent un acte médical.

Difficile à comprendre : qui protège les gens vulnérables au Québec?

Est-ce qu’il faut quitter le Québec pour que toute la famille retrouve une vie normale? Est-ce qu’il faut abandonner la maison, la réussite professionnelle et tous les liens bâtis pendant les derniers dix-sept ans?

Le plus triste serait d’abandonner le chien. En rencontrant tellement de gens pendant cette période trouble, on réalise qu’on aime de plus en plus les chiens.

Mirela Chiochiu

Contribuez au développement de la FQA
Faire un don
Devenir bénévole Devenir membre
Nos partenaires