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Un papa, ça sert à quoi?

Extrait de Contact Autisme - juin 2011 - Vol. 17 - No 1
Par Édith Roy 

En faisant des recherches pour préparer le dossier Et les papas dans tout ça? pour ce numéro, je me suis rendue compte à quel point le discours, les textes et les articles sont très souvent féminisés, tournés sur l’affectif, les sentiments, etc. Sachant que ces facettes de la personnalité ne sont pas dominantes chez les hommes, je me suis demandée comment, face à ce type de discours, les papas réagissaient et interagissaient avec leur entourage et avec leur enfant qui vit avec un TED.

Dans cette société où le domaine du handicap et notamment des TED est à majorité féminin (nous n’avons qu’à regarder les structures d’accueil, au sein de notre permanence et des monitrices, les intervenants au CSSS et autres), quelle est la place accordée aux hommes et aux papas particulièrement? De plus, les statistiques nous démontrent qu’il y a plus d’hommes que de femmes qui ont un TED. Comment vivent-ils dans ce monde féminin? Didier Dumas, psychanalyste a écrit : « L’homme crée le spermatozoïde, l’enfant crée le père » (1999).

Vous trouverez ci-joint le résumé d’une rencontre avec un papa de l’Association. Son nom a été modifi é pour préserver son identité.

Jean-Pierre a un garçon de 9 ans, Thomas, qui a un diagnostic d’autisme.

Édith Roy : Bonjour Jean-Pierre et merci d’être ici pour répondre à mes questions. Avant de débuter, pourriez-vous commencer par vous présenter succinctement et me raconter votre quotidien?

Jean-Pierre : Nous avons appris le diagnostic de notre fils quand il avait trois ans. Ce fut un choc, mais aussi un soulagement. Nous savons maintenant pourquoi notre fil agit ainsi. On comprend pourquoi il refuse ceci et cela, pourquoi il ne fait pas cela. Il ne parle pas, a de la difficulté à répondre aux questions. Nous allons devoir nous consacrer à améliorer sa situation et son développement.

É. R. : Quels sont les moments privilégiés avec Thomas?

J.-P. : Notre fils aime se faire toucher. Je passe près de 15 à 20 minutes à faire de l’effleurage sur les bras et dans le dos, depuis qu’il est tout jeune, même avant le diagnostic. De plus, il aime que je lui fasse la lecture au lit avant de se coucher. Il est très près de moi et aussi très affectueux.

É. R. :Que trouvez-vous le plus diffi cile au quotidien avec Thomas?

J.-P. : Le manque de communication, la difficulté d’avoir un échange avec lui. Il est souvent dans son monde.

É. R. : Comment avez-vous vécu l’annonce du diagnostic?

J.-P. : C’était à l’Hôtel-Dieu du Sacré-Coeur, le médecin nous a annoncé que notre fi ls était autiste. Difficile OUI, un deuil. Se faire dire que son fi ls est handicapé, c’est un choc. Oui il y a eu des larmes sur le moment. Bon, après, il faut chercher de l’aide. Le fait d’échanger avec d’autres parents nous a aidés beaucoup. Il ne faut pas se renfermer tout seul et s’entourer de personnes qui comprennent.

É. R. : Comment voyez-vous la « fonction paternelle » vis-à-vis de Thomas par rapport à vos autres enfants?

J.-P. :  Thomas aura toujours besoin de protection, car il ne pourra fonctionner normalement pour le moment. Le côté papa, je le vois plus dans le discours du « un jour à la fois, ce n’est pas si grave ». Par exemple, s’il fait une crise dans un magasin, pour moi ce n’est pas grave. Je ne me gêne pas non plus de dire que mon fi ls est autiste. Pour la maman, c’est plus une question d’inquiétude pour le futur.

É. R. : Avez-vous eu besoin de rencontrer des professionnels? D’autres parents qui vivent la même situation? Vous rapprocher de la famille ou d’amis?

J.-P. :  À un moment donné, il est bon de consulter un professionnel pour savoir où nous sommes rendus et de voir les bons côtés. La famille, elle veut bien nous aider, mais souvent, elle ne comprend pas ses agissements. C’est vers les amis et les parents qui ont des enfants autistes que l’on se sent le mieux. Un bon souper entre parents, cela nous fait du bien. On rit de nos mésaventures et de nos préoccupations.

É. R. : Avec d’autres papas qui vivent la même situation, de quoi parlez-vous?

J.-P. : Je n’ai pas eu vraiment la chance de rencontrer un groupe d’autres papas. Cela serait sûrement agréable de pouvoir se voir et d’échanger sur ce que l’on vit chacun de notre côté.

É. R. : En ce qui concerne les associations, y a-t-il un manque de services ou d’activités réservées aux pères?

J.-P. : Oui. Souvent, lors d’une activité, le couple est présent ou seulement la mère. Il serait bon d’organiser une ou des activités destinées aux papas. Nous avons tous un besoin de parler et d’écouter.

É. R. : Il est souvent dit que le père parle facilement au nom du couple. C’est plus difficile d’avoir l’avis particulier du père. Qu’en pensez-vous?

J.-P. : Comme père, oui, c’est plus difficile de parler. On est moins portés à échanger avec d’autres pères sur la situation que l’on vit. Cela peut être différent d’un couple à l’autre. Les mères ont plus de préoccupations et aiment interagir entre elles. Chez nous, participer aux activités d’Autisme Québec rend les choses plus faciles pour échanger avec d’autres parents.

É. R. : Quelles sont les principales divergences quant à l’avenir de Thomas avec votre conjointe?

J.-P. : Une des préoccupations est de savoir ce qu’il va faire plus tard et qui va s’en occuper dans le futur lorsque nous ne serons plus présents.

É. R. : Sur le sujet, souhaitez-vous rajouter quelque chose?

J.-P. : Le meilleur moyen de s’en sortir est de parler et de ne pas garder tout pour soi. Nous ne sommes pas seuls à vivre avec un enfant autiste. Partager reste un moyen d’améliorer notre sort et celui de notre famille!

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