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Sensibilisation aux principes d’équité sociale

Monsieur, Madame,

Je suis mère d’une adulte de 27 ans présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Sa candidature au programme d’orthophonie aux universités Laval et UQTR a été rejetée à quatre reprises, malgré l’excellence de son dossier. 

Diagnostiquée à l’âge de 3 ans, le pronostic était bien sombre : autisme sévère, scolarisation improbable, sans déficience intellectuelle.

Mon conjoint et moi nous sommes appuyés sur ce dernier élément (sans déficience intellectuelle) pour travailler avec Noémie. Nous lui avons offert immédiatement plusieurs services professionnels spécialisés pour stimuler son développement.

  • Orthophonie en bas âge = explosion du langage
  • Éducatrice spécialisée à l’école = excellent rendement scolaire
  • Orthopédagogie à la maison = problème de compréhension de lecture surmonté
  • Cours de piano = 11e degré réussi

En 5e secondaire, Noémie participe à un stage d’orientation de choix de carrière : elle assiste une orthophoniste à l’hôpital de Baie-Comeau pendant toute une journée. À son retour, elle déclare que l’orthophonie l’a aidée à apprendre à communiquer avec son environnement et qu’elle veut devenir une orthophoniste pour aider à son tour.

Noémie complète son secondaire avec brio. Elle est finaliste en lice pour obtenir la médaille du gouverneur général. Elle obtient son DEC en Sciences de la nature avec d’excellents résultats. Notre famille déménage à Québec pour lui permettre de poursuivre ses études en Sciences du langage à l’Université Laval, dans l’objectif de rentrer à la maîtrise en orthophonie. Elle complète son baccalauréat avec une moyenne de 3,85/4,33 et fait du bénévolat dans différents organismes communautaires auprès d’une clientèle polyhandicapée.

On pourrait jusqu’ici croire qu’il est question du succès d’une personne performante, sans trop de symptômes apparents d’autisme comme dans le cas de Louis T, par exemple. Il n’en est rien : le caractère TSA de Noémie paraît bel et bien ; elle traverse courageusement et ingénieusement des défis quotidiens pour parvenir à de tels résultats. Elle y arrive parce qu’elle est brillante, persévérante et combative.

Elle se présente à trois (3) entrevues durant deux (2) années consécutives pour être admise en orthophonie à l’Université Laval et l’UQTR. Globalement, 250 demandes sont acheminées à l’Université Laval, 100 personnes sont convoquées en entrevue et 50 étudiants sont admis. À l’UQTR, 150 demandes sont reçues, 25 personnes sont convoquées et 20 étudiants sont admis. Donc, beaucoup d’appelés et bien peu d’élus ! Noémie ne se décourage pas. Elle me dit qu’elle souhaite avoir une carrière et gagner sa vie.

Noémie ne rencontre pas le profil traditionnel de la personne admise dans les facultés de médecine. Elle représente cependant une ressource inestimable dans le milieu, ayant elle-même triomphé de ses multiples défis personnels et professionnels. La nature même de sa personnalité pourrait apporter une approche complémentaire et enrichissante à un département d’orthophonie. Il semble malheureusement que les personnes responsables de la sélection des candidats à la maîtrise manquent de la perspective nécessaire pour capter toute cette richesse potentielle.

Réflexion – Pour un projet de société plus humain, diversifié et équitable

Les universités admettent des élèves à des baccalauréats qui ne mènent à rien sans maîtrise, les contingentant ensuite au deuxième cycle. Lorsqu’un étudiant performe et réussit au premier cycle, il n’y a pas de raison de le rejeter au deuxième cycle.

À l’aube du troisième millénaire, le processus d’admission des universités devrait prévoir des programmes d’accès à l’égalité des chances pour forcer les milieux élitiques à s’ouvrir à la différence et à la complémentarité. En 1985, je suis devenue la première femme ingénieure à obtenir un emploi chez Hydro-Québec dans la région de Manicouagan, grâce à un programme d’accès à l’égalité des chances. Mon gestionnaire m’a avoué que n’eût été ces conditions, il n’aurait jamais embauchée une femme ingénieure. Pourtant, j’y ai assumé de grandes responsabilités et mené une carrière de 32 ans couronnée de succès.

La population étant vieillissante, avons-nous comme société les moyens de rejeter cette partie de la population ? À moins d’un changement de cap imminent, elle vivra bientôt aux crochets de la société.

Noémie étudie actuellement en psychoéducation et est en réflexion pour une réorientation de carrière en lien avec la terminologie-traduction, puisque le milieu de la relation d’aide la rejette.

Je ne souhaite pas enclencher un processus de révision de décision quant à l’admission de ma fille au programme d’orthophonie, car l’expérience nous a démontré qu’imposer une personne autiste à un milieu qui n’en veut pas est suicidaire. L’intention de cette lettre est plutôt de contribuer au mouvement actuel de sensibilisation à une véritable intégration des adultes-autistes dans une société ouverte et diversifiée.

Nous pouvons tous bénéficier de la présence active, complémentaire et originale de personnes autistes dans notre communauté. Il est de la responsabilité du système de l’éducation d’instaurer les conditions nécessaires pour favoriser l’actualisation du plein potentiel des personnes autistes. Il s’agit ici d’une question d’équité, de justice sociale et… d’économie.

Johanne Desrosiers

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