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Les facteurs environnementaux dans l'émergence de l'autisme

Résumé d'un article de Paul Shattock, "Environmental factors in the causation of autism", congrès autism 99, novembre 1999
Traduit par Kada Krabchi

  1. Introduction
  2. Quelques maladies enrayées dans le siècle passé
  3. Exemple de maladies ayant augmenté considérablement durant les 40 dernières années
  4. Les agents environnementaux
  5. La vaccination RRO
  6. L'Indolyl Acryloyl Glycine (IAG) et les pesticides organophosphorés
  7. Conclusions

 


 1. Introduction

Il est universellement admis qu'il existe une influence génétique importante dans l'incidence de l'autisme, ce que confirme le nombre de familles où l'on retrouve ses multiples manifestations de même que celles des troubles associés. Cependant, ce n'est probablement pas tout. Même les ardents partisans de la recherche génétique commencent maintenant à parler en termes de "susceptibilité" ou de "prédisposition génétiques".

Puisqu'il semble fortement possible que l'incidence de l'autisme soit en progression, par conséquent, des facteurs autres que strictement génétiques peuvent être impliqués.

Déjà rapportée dans plusieurs parties du monde, l'épidémiologie suggérée pourrait ne refléter rien de plus que la prise de conscience croissante du trouble et les modifications des critères diagnostiques (Gillberg, 1998a; Wing, 1996). Cependant, deux rapports récents (État de la Californie, 1999; Taylor, 1999) ont mis en valeur ce qui semblerait être des augmentations très significatives de l'incidence. La dernière étude était destinée à démontrer que l'administration du vaccin combiné de la rougeole, des oreillons et de la rubéole (RRO) n'était nullement incriminée dans cette augmentation; plusieurs lecteurs du rapport ne semblaient pas tirer les mêmes conclusions que les auteurs, mais l'augmentation dramatique (1.700 %?) de l'incidence rapportée entre 1979 et 1992 pouvait néanmoins être constatée. De son côté, le rapport de la Californie (1999) montrait une augmentation de 273 % dans ce même État (couvrant le même nombre d'années mais non la même période).

Des données informelles et non publiées de beaucoup de régions du monde montrent des augmentations semblables. En parallèle, l'émergence surprenante de troubles apparentés tels que la dyslexie et les troubles de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) a été rapportée, ceci s'est traduit notamment par une augmentation de la consommation du Ritalin étudiée aux États-Unis et en Australie. En d'autres circonstances, les augmentations mentionnées seraient considérées comme épidémiques et dignes d'importantes recherches, mais, jusqu'ici, les facteurs environnementaux ont souvent été écartés.

Il peut être intéressant et pertinent d'étudier d'autres maladies ou désordres qui ont nettement augmenté ou diminué dans leur incidence au fil des années, de manière à en tirer quelques éléments potentiellement utiles pour l'explication de l'autisme et des troubles apparentés.

Voici des exemples de maladies très répandues et maîtrisées ces trois derniers siècles :

Variole
Paralysie infantile et poliomyélite
Maladies vénériennes
Rougeole
Tuberculose
"Fièvres"

L'incidence de ces maladies reflète largement les conditions d'hygiène et les systèmes sociaux alors en vigueur. À la suite du surpeuplement et de la sous-alimentation issus de la révolution industrielle, la variole, la tuberculose et les fièvres sont devenues des affections sérieuses et plus communes (White, 1885) qu'elles ne l'étaient auparavant. Les deux éléments en cause, à savoir la sous-alimentation et les agents infectieux, augmenteraient donc conjointement le risque de maladies graves.

La poliomyélite, pour sa part, était connue comme un trouble intestinal assez bénin jusqu'à la fin du siècle dernier. Avant cela, on supposait que les micro-organismes atteignaient uniquement les petits enfants et n'avaient que peu de conséquences. On observa toutefois leurs effets, plus sérieux, chez les adolescents : dans les années 20, par exemple, la même maladie prenait, chez les jeunes adultes, la forme bien plus grave de la poliomyélite paralysante. L'incidence de celle-ci est maintenant beaucoup plus faible qu'avant et, manifestement, l'utilisation des vaccins en est au moins en partie responsable. De même, l'emploi des antibiotiques et l'hygiène ont été significatifs dans le contrôle des maladies vénériennes de toutes sortes, etc.

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2. Quelques maladies enrayées dans le siècle passé

Diphtérie
Tétanos
Coqueluche
Malaria
La sprue tropicale (maladie coeliaque) et les fièvres rhumatismales
Certaines zoonoses (maladies contractées de certains animaux)
Kystes hydatiques, etc.
Maladies génétiques ? (Syndrome de Down; Phénylcétonurie)

Dans la plupart des cas, la symptomatologie actuelle de la maladie (sprue et phénylcétonurie) a été allégée bien que la cause sous-jacente de la maladie demeure. Dans d'autres cas (zoonoses et malaria), ce sont les changements dans les habitudes culturelles et environnementales qui ont favorisé la diminution. Pour d'autres maladies infectieuses telles que le tétanos, la coqueluche et la diphtérie, bien qu'il soit d'actualité de favoriser la vaccination pour leur éradication, on doit reconnaître que l'amélioration de l'hygiène et de la nutrition a probablement joué un rôle plus important; c'est peut-être le cas de la scarlatine et de la fièvre rhumatismale, pour lesquelles il n'y a pas de vaccination.

Bien qu'actuellement nous ayons des traitements pour certaines de ces maladies, nous devons rester vigilants en raison de leurs graves conséquences. Les troubles imputés à la rubéole pendant la grossesse n'ont pas été spécifiquement répertoriés ci-dessus; il est cependant déjà admis que ceux-ci, probablement en raison des programmes de vaccination préventive, ont considérablement diminué, tout comme la régression de l'incidence des troubles génétiques pourrait être due à l'avènement de la consultation génétique.

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3. Exemple de maladies ayant augmenté considérablement durant les 40 dernières années

Autisme
Dyslexie
Troubles du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)
Maladie de Crohn
Syndrome du colon irritable
Colite ulcéreuse
Asthme
Rhume des foins et autres allergies
Dépression
Hypersensibilités (ex. Allergies aux noix, etc.)
Tous les types de diabètes
Cancers
Encéphalites spongiformes bovines/Maladie de Creutzfeld-Jacob
VIH/SIDA
Méningites

Bon nombre de ces maladies (le SIDA, par exemple) ne sont connues que depuis quelques années alors que d'autres (comme la colite ulcéreuse, etc.) existent depuis plus longtemps mais ont vu leur incidence augmenter énormément.

D'autre part, on sait peu de choses au sujet des allergies aux noix, qui peuvent être fatales aux personnes atteintes, dont le nombre a augmenté ces dernières années. Outre la possibilité d'une consommation accrue de ce type d'aliments, d'autres facteurs sont sans doute impliqués dans cette incidence.

Dans plusieurs des maladies énumérées ci-dessus telles que le diabète, par exemple, il y a assurément un élément d'auto-immunité. Plusieurs infections (rougeole, coqueluche, VIH, etc.) sont connues pour affecter gravement le système immunitaire : la conjonction de ces effets avec des réactions induites chimiquement pourrait sans doute être dramatique pour les individus les plus prédisposés génétiquement.

Sans contester l'existence probable de susceptibilités génétiques, l'augmentation importante de ces troubles doit nous orienter vers des facteurs environnementaux. Nous devrions voir, par conséquent, l'autisme dans ce contexte et suggérer qu'il devrait être mis en corrélation avec ce groupe de maladies dans lequel des facteurs environnementaux sont incriminés.

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4. Les agents environnementaux

Au Royaume-Uni, par exemple, au cours des 20 dernières années, on a pratiquement éliminé l'amiante de l'environnement, diminué l'utilisation de peinture contenant du plomb, etc. En revanche, il y a des taux élevés d'aluminium dans l'eau, des fumées potentiellement toxiques ainsi que des radiations émises par les téléviseurs et les ordinateurs.

Les infections survenant naturellement (oreillons, rougeole) ont manifestement diminué alors que la fréquence de la méningite semble avoir augmenté dramatiquement. L'introduction de vaccins utilisant des lignées de germes atténués de la plupart de ces maladies, s'est accrue.

Les plus anciens insecticides organochlorés (OC) ont été remplacés par ceux basés sur les composants organophosphorés (OP). Il existe donc plusieurs modifications dans l'environnement qui peuvent avoir donné lieu à des changements dans la recrudescence de certains troubles. Compte tenu du nombre d'éléments en cause et de la complexité de l'interaction entre ces facteurs, il est difficile de les analyser séparément.

Les deux principaux facteurs environnementaux considérés ici sont les agents infectieux et chimiques et leurs effets sur le système immunitaire. Ce rapport se polarisera uniquement sur deux points : les effets de l'introduction du vaccin RRO et l'utilisation à grande échelle des pesticides organophosphorés. Ces implications peuvent être vues comme pertinentes dans le contexte de la théorie des excès d'opiacés dans l'autisme déjà suggérée (Shattock, 1997).

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5. La vaccination RRO

La vaccination est, évidemment, un domaine hautement controversé et les interventions dans le débat ont malheureusement été limitées. Indépendamment de l'étude de Wakefield (1998), toutes les autres contributions importantes au débat (Taylor, 1999; Peltola, 1998, Gillberg, 1998c, etc.) ont utilisé des données épidémiologiques ou ne s'appliquent pas ici pour diverses raisons.

L'année dernière, nous (Shattock, 1998) avions essayé de démontrer que les enfants qui (d'après les parents) ont montré une régression comportementale rapide et dramatique tout de suite après l'administration du vaccin combiné RRO, formaient un sous-groupe défini par certaines caractéristiques et séparé du spectre autistique. De plus, le profil peptidique urinaire que nous avons obtenu de la majorité des sujets de ce groupe diffère significativement de ceux retrouvés chez les personnes atteintes de formes classiques d'autisme (Shattock, 1999).

Il existerait donc vraisemblablement un groupe d'enfants avec une certaine forme d'autisme aux antécédents cliniques distincts, ce que suggèrent notamment des travaux de Wakefield (1998).

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6. L'Indolyl Acryloyl Glycine (IAG) et les pesticides organophosphorés

Nous avons rapporté, à plusieurs occasions, des taux élevés d'IAG dans les échantillons d'urine collectés à partir d'un nombre important de sujets atteints d'autisme et de TED. Le lien n'est pas clair mais il y a des raisons de suspecter que celui-ci peut être potentiellement causal.

La provenance de l'IAG n'est pas déterminée mais pourrait provenir de la conversion anormale d'un acide aminé, le tryptophane. Dans le cas de la maladie de Hartnup*, les stades initiaux de transformation du Tryptophane en IAG sont réalisés par les bactéries intestinales et il est probable, mais pas certain, qu'une situation similaire soit rapportée dans l'autisme.

Jusqu'à présent, il n'y a pas encore de preuve confirmant que l'IAG a une activité physiologique marquée, mais le seul précurseur connu de l'IAG, l'acide indolyl acrylique (IacrA), posséderait peut-être pour sa part un potentiel d'action considérable, et pourrait être impliqué dans certaines structures des membranes cellulaires, augmentant ainsi fortement leur perméabilité à d'autres molécules. En ce qui concerne l'autisme, un intérêt particulier serait l'effet de l'IacrA sur la perméabilité de la paroi intestinale et de la barrière hématocérébrale. Une perméabilité accrue permettrait une plus grande translocation des peptides, avec activité biologique, des intestins au système nerveux central.

À travers l'ensemble de nos études, nous nous sommes rendus compte de ce qui semblerait être des niveaux élevés d'IAG dans certaines maladies (notamment dans le syndrome de la guerre du Golfe). Compte tenu de diverses observations, nous avons émis la possibilité que les pesticides organophosphorés pourraient être responsables, dans une certaine mesure, de ces niveaux anormalement élevés.

Durant la guerre du Golfe, des organophosphorés ont été développés en tant qu'agents de guerre ("gaz asphyxiants") et insecticides à cause de leur capacité de provoquer la paralysie en inhibant certains systèmes enzymatiques. De tels composés semblent relativement non spécifiques dans leurs actions et pourraient donc affecter d'autres systèmes enzymatiques. On a rapporté (Sieffret, 1992 et 1993) que le Diazinon (un pesticide organophosphoré) interagirait sérieusement avec le métabolisme du tryptophane, ce qui en soi pourrait être suffisant pour forcer le métabolisme du tryptophane vers la voie de l'IAG.

De ce fait, les niveaux élevés des composés organophosphorés dans l'environnement, à travers une suite d'étapes, résultent en l'augmentation de la perméabilité des membranes intestinales et de la barrière hématocérébrale au même titre que d'autres membranes telles que celles des voies respiratoires. La perméabilité élevée des membranes permettrait un important passage non seulement des peptides, mais aussi de longs polypeptides et même de protéines. Ceux-ci pourraient être assez grands et présents en quantité suffisante induire la production d'anticorps qui générerait des allergies et de l'hypersensibilité. Nous pourrions donc mettre cela en parallèle avec l'augmentation de la fréquence de l'autisme et de ses troubles associés, au même titre qu'avec les hypersensibilités, les atteintes du tractus intestinal, l'encéphalopathie spongiforme bovine, et peut-être même la maladie de la "vache folle", qui est apparue après le remplacement graduel des vieux insecticides organochlorés par des insecticides organophosphorés.

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7. Conclusions

Il semble y avoir une augmentation réelle de l'incidence de l'autisme, des troubles associés et de beaucoup d'autres désordres apparemment distincts, et cette augmentation n'est pas seulement le résultat de diagnostics plus précis. Ainsi, les facteurs environnementaux doivent probablement jouer un rôle. Beaucoup de facteurs sont possibles, mais les aspects changeants des maladies infectieuses, particulièrement à la suite de l'introduction des programmes de vaccination, ainsi que l'utilisation massive d'insecticides organophosphorés sont davantage à considérer qu'ils ne l'ont été jusqu'ici.

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Références

1. Afzal, MA. ; Minor, PD. ; Begley J & al. (1998) Absence of measles-virus genome in inflammatory bowel disease. Lancet 351. 646-647
California (1999) Changes in the population of persons with autism and pervasive developmental disorders in California`s Developmental Services system : 1987 through 1998. Report to the State Legislature (from the California Health and Human Services Agency) March 1st, 1999

2. Chadwick, N. ; Bruce, IJ. ; Schpelmann, S. ; Pounder, RE. ; Wakefield, AJ. (1998) Measles virus DNA is not detected in inflammatory bowel disease using hybrid capture and reverse transcriptase followed by polymerase chain reaction. J. Med. Virology 55 305 - 311

3. Fombonne, E. (1998) Inflammatory bowel disease and autism. Lancet 351. 955

4. Gillberg C., Steffenberg S., Schaumann H. (1998 a) "Is autism more common now than 10 years ago?" Brit. J. Psychiatry 158 403-409

5. Gillberg, C. Autism Research Unit, University of Sunderland

6. Shattock, P. ; Whiteley, P. ; Bell, V. (1998) "Vaccination Programmes and Autism - Some Observations" Proceedings of the Conference Psychobiology of Autism : Current Research and Practice, help at the University of Durham, April 1998. Published by the Autism Research Unit of the University of Sunderland and Autism North 119-132

7. Shattock, P. ; Whiteley, P. ; Davy, L. (1999) Vaccination and autism : Is there a connection? (submitted for publication)

8. Sieffert, J. ; W.G.Allen, London

9. Wing L. (1996) Autism spectrum disorders : no evidence for or against an increase in prevalence. B.M.J. 312, 327-328.

 

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