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Modèle d'intervention précoce de Denver

Présentation du modèle ESDM par Julie Croizille, réalisée grâce au témoignage de Mme Gisela Regli, analyste du comportement. Seule thérapeute accréditée ESDM par le MIND Institute au Québec, Mme Regli a créée Cocon Développement . Mai 2013.

Ce modèle a été créé par les psychologues Dr Sally Rogers et Dr Géraldine Dawson pour intervenir auprès d’enfants dans le spectre de l’autisme, et ce, de manière précoce, soit entre 12 et 48 mois (en âge développemental) à raison de 20 heures par semaine.

Origines théoriques

Ce modèle a été fondé à partir d’un double apport. S’il se base sur les principes de l’analyse appliquée du comportement (ABA), l’ESDM se positionne aussi dans un cadre développemental, c’est à dire qui met l’interaction et les relations avec l’enfant au centre de l’intervention.

Ce modèle a donc été très influencé par d’autres modèles antérieurs à la fois comportementalistes (Incidental Teaching de Hart et Risley, Pivotal Response Treatment (PRT) de Koegel…) et développementaux (The Denver Model de Rogers, 1982).

Concrètement, sur quels principes se base l'ESDM ?

L’objectif principal de l’ESDM est de ramener l’enfant dans le circuit social et de faire de l’interaction sociale et de l’apprentissage des renforçateurs en eux-mêmes. L’enfant sera renforcé par le contact en lui-même, c’est aussi pour cela que les interventions se font dans le cadre d’un jeu.

Pour cela l’ESDM adopte un cadre développemental, utilise les procédures d’apprentissage de l’ABA, se base sur les relations et intègre les parents dans l’intervention.

L’ESDM cible principalement trois développements critiques chez l’enfant : celui des relations, celui de l’imitation et celui de la communication verbale (vocale).

Il peut s’appliquer dans plusieurs environnements (domicile, clinique, préscolaire, communautaire…) et fonctionne en interdisciplinarité, tous les spécialistes gravitant autour d’un coordinateur principal.

Comment se déroulent les interventions ?

- Évaluation

Les habiletés de l’enfant sont évaluées par observation et discussion avec ses parents, toujours en rapport à son âge. Une liste de vérification est utilisée. Elle comprend 4 niveaux hiérarchisés en fonction de l’âge (de 12 à 48 mois).

Dans chaque niveau, il existe une dizaine de grands domaines de développement (de type communication répétitive, imitation, compétences de jeu, comportement, motricité fine…). Ces grands domaines sont subdivisés en différentes habiletés.

- Objectifs et plan d’intervention (PI)

À partir de l’évaluation, l’intervenant va mettre en place, avec les parents, un plan d’intervention sur 3 mois qui comprendra une vingtaine d’objectifs à réaliser dans les grands domaines ou l’enfant éprouve des difficultés.

- Intervention

Le but des interventions est de susciter l’attention sociale, le développement d’un apprentissage par mimétisme et l’augmentation de l’attention et de la motivation de l’enfant pour finalement influer sur le développement de son langage. L’enfant est amené à interagir avec l’intervenant par l’intermédiaire du jeu, en privilégiant ses centres d’intérêt. Les comportements non désirés (détournement de l’attention, comportements répétitifs, absorption d’objets non comestibles…) ne seront pas réprimandés mais détournés vers une activité d’intérêt supérieur. Le thérapeute peut aussi travailler avec l’enfant des exercices d’ergothérapie et d’orthophonie prescrits par d’autres spécialistes.

Il n’existe pas de modèle ou de répertoire d’activités «tout fait». L’intervenant suit l’intérêt de l’enfant au cas par cas pour trouver des activités stimulantes. Il s’agit à chaque fois d’une activité courte, sous forme de routine de jeu, dans laquelle on introduit une variation puis que l’on clos.

- Évaluation

À chaque intervention, l’intervenant remplit sa grille d’évaluation. Le remplissage se fait toutes les 15 minutes, pendant les pauses, lorsque l’enfant continue de jouer seul. Cette évaluation permet le réajustement des objectifs en fonction de la progression ou de la persistance de certaines difficultés chez l’enfant.

Le rôle des parents dans l'ESDM

Les parents ont un rôle central dans l’ESDM. Ils sont présents dès la première évaluation et participent au choix des objectifs du plan d’intervention. Ainsi ils peuvent choisir quels sont les domaines d’interventions à privilégier chez leur enfant. Ils peuvent aussi assister à l’intervention et ainsi apprendre par observation différents moyens d’agir avec leur enfant.

Ensuite, ils sont sollicités (soient les parents directement ou le CPE si les parents manquent de temps) pour transposer les habiletés dans la vie quotidienne de l’enfant, à la maison. Ainsi ils participent à instaurer une continuité à l’action du thérapeute.

Quelle formation accrédite les thérapeutes ?

Il existe un certificat délivré par les docteurs en psychologie du MIND Institute à l’origine du modèle. Pour être accrédité ESDM, il faut suivre une formation de 4 jours et ensuite se mettre en situation réelle, soit procéder à une évaluation, établir un PI avec des objectifs et appliquer la procédure apprise auprès d’un enfant, se filmer 2 fois 30 minutes pour être certifié plusieurs mois plus tard. C’est au terme de ce processus, s’il est validé, que le thérapeute se voit délivré son certificat.

Quelles sont ses validations scientifiques ?

Les psychologues à l’origine de ce programme ont publié plusieurs études pour démontrer l’efficacité de ce modèle d’intervention par rapport à d’autres interventions délivrées par les services publics. Deux études ont beaucoup fait parler d’elles:

- « Randomized, Controlled Trial of an Intervention for Toddlers With Autism: The Early Start Denver Model », article publié en janvier 2010 dans la revue Pediatrics. Cette étude se base sur l’observation de 48 enfants dans le spectre de l’autisme, âgés de 18 à 30 mois. Aléatoirement répartis en deux sous-groupes, ces enfants ont reçu pour le groupe 1 des interventions ESDM et pour le groupe 2 les interventions classiques délivrées dans les services publics. L’évaluation finale, au bout de 2 ans (enfants âgés de 48 à 77 mois) a montré chez le groupe 1 des améliorations significatives au niveau du quotient intellectuel, des comportements adaptatifs et des changements dans le diagnostic comparativement au groupe 2.

- « Early Behavioral Intervention Is Associated With Normalized Brain Activity in Young Children With Autism », publié dans le Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatryen novembre 2012. Ce second article s’appuie sur les résultats d’une observation utilisant des procédés d’électro-encéphalographie (EEG). Cette fois-ci les groupes 1 et 2 du précédant article ont été soumis à des tests EEG en situation d’observation alternée de visages et d’objets. Un groupe-témoin (composé d’enfants neurotypiques) a également été soumis aux mêmes tests. Les résultats indiquent que le groupe 1 et le groupe témoin des enfants neuro-typiques ont montré une réaction cérébrale semblable lors du visionnage de visages alors que le groupe 2 a montré une réaction cérébrale inverse (notamment une activation corticale plus forte lors du visionnage d’objet). Dawson et collègues concluent que « c’est la première étude à démontrer que l'intervention comportementale précoce est associée à une activité cérébrale normalisée, qui est associée à des améliorations dans le comportement social chez les jeunes enfants atteints de troubles du spectre de l’autisme ».

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