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Les scénarios sociaux: des repères face à l'environnement social

Synthèse de différents textes, Société québécoise de l'autisme

  1. Présentation 
  2. Type de phrases employées dans les scénarios sociaux 
  3. Méthodes et consignes relatives à l'utilisation des scénarios sociaux 
  4. Conclusion
  5. Annexe: exemples

De nombreuses personnes faisant partie du spectre de l'autisme éprouvent des difficultés à comprendre le point de vue des gens de leur entourage, tout comme les règles sous-jacentes aux échanges ou aux interactions sociales. Pour remédier le plus possible à des lacunes de cet ordre, il existe certaines méthodes dont celle des "Scénarios sociaux" mise au point par Carol Gray. Cette intervenante d'expérience a d'ailleurs conçu plusieurs outils visant à aider les élèves autistes à mieux "lire" et comprendre les différentes situations sociales.

 


1. Présentation

Les scénarios sociaux consistent en de courtes histoires conçues selon un style et un format précis dans le but de décrire une situation en termes de réponses attendues (Gray et Garand, 1993). En tenant compte des caractéristiques propres à l'élève et à son milieu, chaque histoire décrit une situation avec l'objectif de donner lieu à sa compréhension sociale, et suggère ainsi les réponses verbales ou comportementales attendues, par exemple, de telle personne dans tel contexte. En rendant l'information accessible et facile à comprendre, les scénarios sociaux visent ainsi à munir l'étudiant de l'information dont il ou elle a besoin au quotidien, et ce, à la maison, à l'école ou dans sa communauté.

Diverses raisons peuvent motiver l'écriture d'un scénario : l'observation de situations difficiles pour l'étudiant, d'un comportement inadéquat, de signes traduisant sa "lecture erronée" d'un événement précis, etc. Dans cette lignée, le scénario peut donc par exemple traduire un but (parfois fixé par l'élève) en étapes compréhensibles, viser l'acquisition d'une nouvelle habitude ou l'adaptation à des changements éventuels. La modification d'un comportement quelconque et une meilleure gestion des émotions (peur, colère, stress...) figurent également parmi les nombreux objectifs possibles.

À la base, chaque histoire commence avec de l'information détaillée qui explique où une situation se produit, qui est impliqué, quel en est le commencement et la fin, ce qui se passe et pourquoi. Ce type d'information peut être recueilli par le biais d'entrevues dans l'entourage de l'élève et/ou avec ce dernier, de même qu'à la suite d'observations minutieuses. On doit également prendre en considération les modifications possibles de la situation que l'on souhaite dépeindre : pour préparer l'étudiant à la possibilité d'un changement inattendu, par exemple, il est préférable et plus juste d'écrire que "le cours d'éducation physique a habituellement lieu le mardi à 10h30", que de simplement affirmer qu'il a lieu le mardi à 10h30 (Gray, 1995). Les mots "toujours" et "jamais" sont également à éviter pour des raisons similaires (on utilisera plutôt "parfois", "quelquefois"...).

En regard à la sélection des éléments de l'histoire, la perspective de l'étudiant doit idéalement servir de guide à l'auteur. Compte tenu que la plupart des scénarios sociaux sont écrits pour un étudiant et une situation précise, on comprendra aussi que le format, le style et le niveau de lecture de chaque histoire varient considérablement. Un scénario écrit pour un enfant d'âge préscolaire pourrait consister en un texte très simple avec peu de mots, de gros caractères et des illustrations sommaires. À l'inverse, un scénario social conçu pour un adolescent Asperger pourrait inclure une description complexe de la situation, de l'information sur les pensées des autres personnes, leurs motivations potentielles, etc. (Gray, 1995).

Au départ, le modèle des scénarios comme tel est généralement facile à adopter. On conseille l'emploi de phrases courtes et simples, le plus souvent écrites à la première personne de l'indicatif présent, comme si l'étudiant décrivait l'événement pendant qu'il se produit. Différents types de phrases, sur lesquels nous reviendrons plus loin, peuvent d'autre part être utilisés.

Bien qu'elles soient couramment employées comme support, les illustrations, de leur côté, ne sont pas indispensables. Lorsqu'on y a recours, il est important de bien les choisir pour éviter qu'elles ne définissent trop étroitement la situation ou qu'elles distraient l'étudiant du contenu de l'histoire.

Parmi les moyens disponibles pour produire soi-même ses illustrations, les dessins à main levée peuvent s'avérer efficaces, tout comme les images générées par ordinateur, les photocopies ou les photographies jugées pertinentes. Parfois, illustrer une conversation avec des "bulles", comme dans une bande dessinée, peut aussi être utile. Cette technique correspond à un second outil développé par Carol Gray (appelé "Comic Strip Conversations"), qui intègre l'utilisation de simples dessins, couleurs et symboles pour illustrer une communication courante. Comme les scénarios sociaux, cette technique fournit un support additionnel aux étudiants qui éprouvent des difficultés sociales; elle vise toutefois plus spécifiquement à illustrer l'échange rapide d'informations propres à une conversation donnée, en identifiant ce que les gens disent et font tout en mettant l'accent sur ce qu'ils peuvent penser. Ajoutons que les "Comics Strip Conversations" peuvent aussi servir au développement ultérieur d'un scénario social.

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2. Types de phrases employées dans les scénarios sociaux

À la base, il existe trois types de phrases utilisées dans les scénarios sociaux : descriptive, directive, et de perception interne.

Les phrases descriptives montrent, comme leur nom l'indique, ce que les gens font dans certaines situations, pourquoi ils le font, etc. L'exemple suivant illustre bien ce type d'énoncés :

La cloche sonne pour que les enfants rentrent de la récréation. Les enfants vont dans leur classe où le professeur leur lit une histoire.

Les phrases directives entraînent, quant à elles, l'étudiant vers une réponse souhaitée et appropriée. Elles suivent souvent des phrases descriptives et indiquent d'une façon positive quel est le comportement désiré. Étant donné leur nature, elles doivent toutefois être soigneusement formulées pour ne pas se révéler limitatives pour la personne. Aussi commencent-elles régulièrement par des formulations du genre : "je peux essayer de...", "je vais travailler sur..." plutôt que "je dois...", " il est nécessaire que je...". À l'occasion, elles se présentent aussi sous d'autres formes :

À la fin de la récréation, la cloche sonne pour que je revienne en classe. Je cesse de jouer et je me place dans la file pour rentrer. Je suis tranquillement les autres enfants pour me rendre en classe. Quand nous entrons dans la classe, je vais à mon bureau et je m'assois. J'écoute mon professeur lire une histoire.

Troisième type de phrases, celles de perspectives représentent plutôt le point de vue des individus, leurs pensées, leurs sentiments et leurs humeurs (il est à noter qu'on devrait cependant se garder d'attribuer des sentiments à l'élève, puisque l'auteur de l'histoire peut se tromper à leur sujet.)

Exemples : Quand la cloche sonne pour indiquer la fin de la récréation, le professeur est content de voir tous les enfants se mettre en ligne pour rentrer tranquillement dans la classe. Plusieurs enfants sont contents car ils vont entendre une histoire. Le professeur aime voir que les enfants écoutent. Il aime que les enfants soient tranquilles pendant l'histoire.

En fonction de leurs natures respectives, les phrases descriptives, directives et perspectives employées dans les scénarios sociaux n'auront pas le même effet. Par exemple, plus le scénario comportera de phrases descriptives et perspectives, plus la personne aura l'occasion de fournir ses propres réponses à la situation sociale. En revanche, plus il y aura de phrases directives, plus restrictives seront les indications quant à la manière dont l'individu doit se comporter. Voici un dernier exemple montrant cette fois-ci chacun des types de phrases employés conjointement :

Quelquefois une personne dit : "j'ai changé d'idée" (descriptive). Cela veut dire qu'elle avait une idée, mais que maintenant elle en a une nouvelle(perspective). Je vais essayer de rester calme quand quelqu'un change d'idée (directive).

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3. Méthodes et consignes relatives à l'utilisation des scénarios sociaux

Par rapport aux différents types de phrases, il existe des formules à suivre eu égard aux proportions qui devraient être utilisées. Idéalement, quelle que soit la longueur de l'histoire, on devrait retrouver de deux à cinq phrases descriptives et pespectives pour chaque phrase directive. Par ailleurs, selon les cas, la présence de ces dernières n'est pas forcément requise; une histoire sociale devrait en général accorder plus d'espace à la description soigneuse de ce que les gens font, de ce qu'ils disent, et du pourquoi. Selon Carol Gray, une erreur fréquente des auteurs de scénario "débutants" réside d'ailleurs dans l'abus d'énoncés directifs.

Afin d'éviter d'autres sources d'erreurs potentielles lors de l'écriture ou de la présentation des scénarios sociaux, il est utile de connaître quelques principes liés à leur utilisation. Voici donc une série de consignes (Gray, 1995; Reese and Challenner, 1999) propices à l'obtention de résultats positifs :

  • Écrivez les scénarios en fonction du niveau de lecture de l'étudiant, ou légèrement en dessous. our les enfants d'âge préscolaire et ceux qui ne lisent pas encore, l'histoire et les phrases doivent rester courtes et dans le vif du sujet. 
  • Prêtez assistance à l'élève dans l'interprétation des indices sociaux; décrivez-lui aussi le qui, le quoi, le comment, etc.  
  • Dans le choix des termes, soyez conformes à la réalité : prévoyez par exemple les variations dans la routine.  
  • De même, définissez les termes ambigus ou illustrez-les. Traduisez les concepts abstraits en "formats" plus faciles à comprendre.  
  • Utilisez des termes précis afin qu'ils soient bien interprétés. Par exemple, plutôt que d'écrire : "je vais bien me comporter chez le coiffeur", précisez quel est le comportement attendu : "Je vais essayer de rester sagement assis pendant que le coiffeur me coupe les cheveux".  
  • Limitez le nombre d'histoires présentées dans la même période; commencez avec une ou deux, et attendez que la leçon ait été bien apprise avant d'en introduire de nouvelles.  
  • Lorsque cela est possible, les premières fois, le scénario social devrait être lu immédiatement avant la situation concernée (par exemple, une leçon concernant la récréation devrait, de préférence, avoir lieu immédiatement avant).  
  • Prenez le temps de bien présenter la leçon à l'élève. Seul avec lui, dans une aire tranquille, lisez et relisez-lui le scénario à haute voix en pointant les images (s'il y en a), de manière à faciliter sa compréhension de l'histoire.  
  • Permettez aussi à l'élève de garder une copie du scénario. Cela lui permettra de le réviser plusieurs fois à mesure qu'il apprendra la nouvelle habileté (après l'avoir amené avec lui quelques jours, il est probable qu'il s'en débarrasse de lui-même une fois qu'il l'aura bien apprise).  
  • Quand une personne sait lire, on peut lire l'histoire deux fois avec elle et lui laisser ensuite le faire par elle-même quotidiennement. Dans le cas de quelqu'un qui ne sait pas lire, l'histoire est également présentée la première fois, mais dans un second temps, un enregistrement de l'histoire peut être remis en même temps que le scénario écrit (S'il compte plus d'une page, on prévoira sur l'enregistrement une cloche ou un signal indiquant qu'il est temps de tourner les pages; ainsi, une fois seule, la personne pourra "lire" le scénario en écoutant l'histoire).

Au fur et à mesure que l'étudiant revoit un scénario social et qu'il acquiert l'habileté visée ou la réponse appropriée à la situation dépeinte, on peut atténuer le support que constitue l'histoire. En ce sens, Carole Gray (1996) parle de trois principales techniques : la réécriture du scénario (de manière à s'adapter à l'évolution de la personne), la diminution des indices verbaux ou celle de la fréquence de répétition de l'histoire. À titre d'exemple, dans ce dernier cas, on peut passer de la lecture hebdomadaire d'une histoire à une lecture mensuelle ou occasionnelle, au besoin. En ce qui concerne la réécriture, l'estompage pourrait consister à réécrire l'histoire en enlevant graduellement les phrases directives à mesure que l'élève acquiert davantage d'autonomie, etc.

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4. Conclusion

Les outils que constituent les scénarios sociaux ont été développés pour fournir aux personnes faisant partie du spectre de l'autisme les repères sociaux dont elles ont besoin. Ces techniques ont cependant fait leurs preuves auprès d'autres types de clientèle et avec des objectifs variés visant autant la vie scolaire que celle à la maison ou en communauté.

Étant donné qu'un des facteurs caractéristiques des personnes autistes réside dans leurs problèmes de communication, l'intervention devrait notamment viser à augmenter leurs désirs d'interagir avec leur entourage. Elle devrait aussi veiller à leur donner les moyens de le faire plus efficacement. En leur enseignant les règles sous-tendant les situations sociales, nous pouvons augmenter leur adaptation à un large éventail de contextes et d'expériences variées. En ce sens, les scénarios sociaux peuvent donc s'inscrire dans un plan d'intervention efficace auprès de bien des étudiants faisant partie du spectre de l'autisme...

Références:
Bitton Reese, Pam, The Use of Social Skill Lessons with Children with Autistic Spectrum Disorder, Congrès Autism 99.
Edelson, Stephen M., Social Stories, Center for the Study of Autism, 1995.
Gray, Carol, Social Stories and Comic Strip Conversations, Unique Methods to Improve Social Understanding, Social Stories UnLimited, 1996.
Gray, Carol, The Social Story Guide, Social Stories UnLimited, 1996.

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Annexe : exemples de scénarios sociaux (sans illustrations)

Exemple 1 :
Chez le barbier
(Kelly Reagan)

J'ai besoin de me faire couper les cheveux parce qu'ils sont trop longs.

Je prends un rendez-vous chez le barbier. Le barbier peut être un homme ou une femme.

Je m'assois sur une chaise faite spécialement pour les personnes qui veulent se faire couper les cheveux.

Le barbier peut me laver les cheveux.

Le barbier me coupera les cheveux pour que j'aie une belle apparence.

Le barbier doit toucher mes cheveux pour les couper.

Je dois payer le barbier pour qu'il me coupe les cheveux.

Exemple 2 :

Des files
(Carol Gray)

Parfois les gens sont en file.

Les gens sont en file pour diverses raisons.
Il y a des files d'attente, des files de gens qui marchent, des files lentes et des files de groupe.

Dans des files d'attente, les gens attendent pour faire quelque chose ou acheter quelque chose.
Parfois ils attendent que tout le monde se mette en file.
Parfois ils attendent le bon moment pour se mettre en marche.

Les gens dans les files d'attente ne sont pas toujours immobiles.
Parfois ils sont tannés d'être debout et ils bougent : - ils peuvent se gratter la tête ou se déplacer un peu.
Parfois, quand ils bougent, ils touchent aux autres personnes autour d'eux.

D'habitude, les files d'attente deviennent des files de gens qui marchent.
Tous ceux qui attendaient se mettent à marcher.
Dans une file de gens qui marchent, chaque personne suit la personne devant elle.
Les files de gens qui marchent permettent à ces gens de se déplacer d'un endroit à un autre en toute sécurité.
Les élèves dans les écoles se déplacent en file.

Des files d'attente lentes sont des files qui se déplacent un peu de temps en temps. Dans des files d'attente lentes, les gens font quelques pas puis s'arrêtent encore.
Parfois, il y a des files lentes à l'épicerie.
Parfois, il y a des files lentes chez McDonald's.

Exemple 3 :

Rester au lit
(Darin Keller)

Mon lit est fait pour dormir.

Si je dors dans mon lit, je serai reposé le lendemain.

Si je reste dans mon lit, je serai probablement de bonne humeur le lendemain.

Je vais essayer de rester au lit.

Quand je suis fatigué, mon lit est un bon endroit pour me reposer.

J'essaierai de rester dans mon lit jusqu'au lendemain matin, ainsi je serai bien reposé.

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