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Conférence de Michelle Garcia Winner

« Social Thinking : Exploring the Spectrum of Perspective Taking and Teaching with Social Thinking Vocabulary » - « La pensée sociale : Explorer le spectre de la « considération du point de vue d’autrui » et l’enseignement du vocabulaire axé sur la pensée sociale »

Le 3 novembre dernier, près de 500 personnes ont assisté à la conférence offerte par Mme Michelle Garcia Winner au Collège Montmorency de Laval. Cet événement était organisé par de nombreux partenaires , dont la Fédération québécoise de l’autisme.

L’orthophoniste américaine, spécialisée dans l’accompagnement des personnes ayant des déficits sociocognitifs, c'est-à-dire avec un diagnostic d’autisme, de syndrome d’Asperger ou de troubles d’apprentissage non-verbaux est à l’origine du concept de « Social Thinking », la pensée sociale. C’est en 1995 qu’elle commence à enseigner ce qu’est la pensée sociale à des étudiants du secondaire, brillants mais en grande détresse sociale, qui souhaitaient d’abord comprendre ce mécanisme avant de s’outiller pour le développer. À partir de 1998, elle se spécialise dans cet enseignement et créée sa clinique privée. Michelle Garcia Winner est également l’auteure de nombreux ouvrages dont l’objectif est d’outiller les parents et les intervenants travaillant avec ces personnes.

LA PENSÉE SOCIALE

Selon elle, la pensée sociale est la capacité de l’individu à comprendre ses propres pensées, ses émotions et ses intentions, ainsi que celles des autres qui lui permet d’interpréter de façon adéquate une information. L’individu fait ensuite appel à ses habiletés sociales pour y répondre, c’est à dire à sa capacité d’adapter son comportement en fonction de la situation et de sa connaissance des personnes impliquées dans la situation. C’est cette association de la pensée sociale et des habiletés sociales qui permet à l’individu de réagir de façon appropriée et de répondre aux autres afin qu’ils comprennent ses intentions et ses émotions.

Cette compréhension sociale est innée chez les individus neurotypiques qui montrent les premiers signes de cette acquisition dès leur 12 premiers mois. Grâce à cet apprentissage instinctif, ils sont capables de développer ce qui est communément nommé « la théorie de l’esprit », c'est-à-dire la conscience de ses propres pensées et de celles des autres ainsi que de leurs impacts sur les comportements (ce que Mme Garcia Winner résume par un « je sais- je sais que je sais – je sais que tu sais – je sais que tu sais que je sais »). En situation sociale, ce processus serait plus difficile chez les personnes TED.

QUATRE PROFILS D’INDIVIDUS AUX DIFFICULTÉS DE COMMUNICATION SOCIALE

À partir de ses observations, Mme Garcia Winner a établi une échelle de communication sociale en fonction de la capacité des individus, à utiliser ce qu’elle nomme un « radar social ». Il s’agit en fait de leur capacité à percevoir et à interpréter les règles sociales implicites et de réagir en conséquence.

Cette échelle de communication sociale distingue quatre profils d’individus. En séance de travail collective, Michelle Garcia Winner s’assure de toujours former des groupes de personnes au profil similaire, ce qu’elle juge essentiel pour un meilleur enseignement de la pensée sociale.
Ces quatre profils de communication sociale sont les suivants (traduction libre) :

  • Le « Significantly Challenged Social Communicator » – SCSC (communicateur social présentant des problèmes significatifs) : il présente des problèmes d’apprentissage importants de cognition et de langage. Habituellement, la pensée sociale n’est pas efficace pour les personnes de ce groupe. Toutefois, si on utilise des méthodes plus fonctionnelles, il peut y avoir des améliorations. 
  • L’ « Emerging Social Communicator » – ESC (communicateur social émergent) : il fera des progrès importants avec du soutien et un enseignement continu. De plus, la maturité sera au rendez-vous. Il peut habituellement vivre une « autonomie supervisée » donc faire beaucoup de choses par lui-même. Toutefois, en ce qui a trait à la pensée critique, il aura besoin d’une personne pour l’aider. 
  • Le « Subtly Nuanced Communicator » – SNSC (communicateur subtilement nuancé) : Son incapacité est souvent invisible. Cette catégorie de personnes pourra probablement vivre de façon autonome. Toutefois, comme son incapacité ne se voit pas, et que souvent, il ne reçoit que peu de soutien, il est possible qu’il ne bénéficie jamais de l’aide dont il aurait eu besoin. 
  • Le « Resistant Social Communicator » – RSC (communicateur social réfractaire) : la plupart d’entre eux ont des problèmes sociaux importants mais avec du soutien, ils seront en mesure de comprendre leurs difficultés sociales et pourront ainsi mieux accepter de se conformer et de respecter le point de vue des autres. Ils peuvent également présenter des problèmes de santé mentale importants mais pourront franchir les étapes normales de la vie adulte s’ils ont de l’aide.

LA PENSÉE SOCIALE : UN ENSEIGNEMENT

L’orthophoniste a ensuite détaillé les 4 étapes qui composent son programme d’enseignement de la pensée sociale, soit apprendre à :

  • faire partie d’un groupe, c'est-à-dire mettre sur pied un groupe dans lequel la personne TED pourra prendre conscience de soi, des autres, des pensées respectives et des impacts des interactions 
  • développer un vocabulaire de la pensée sociale, c’est à dire porter attention aux autres, faire appel à sa mémoire sociale, utiliser le regard pour communiquer… 
  • travailler sur ses émotions, les identifier et contrôler ses expressions émotionnelles 
  • se munir des outils permettant l’acquisition du langage social, entre autres conserver dans sa tête les « dossiers » des gens que l’on côtoie, poser des questions à ces personnes, ajouter une pensée à une discussion…
Pour conclure, Michelle Garcia Winner a insisté sur l’importance d’évaluer chaque cas de manière individuelle. Dans son approche, il n’existe aucun test standardisé qui puisse être efficace.

 


Pour aller plus loin : http://www.socialthinking.com/

 

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