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Témoignages - Des enfants comme les autres

1 avril 2010 - Nous pensons, avec raison, que ce n’est pas toujours facile d’être parent d’un enfant TED. Nous entendons souvent parler d’expériences difficiles. Mais les personnes TED ont aussi leurs forces, leur humour, leurs qualités. Certes, les parents affrontent maintes difficultés et sont inquiets pour l’avenir. Malgré cela, la vie leur réserve aussi de belles victoires et de grandes joies! Parce qu’un enfant TED reste d’abord et avant tout un enfant.

Voici quelques anecdotes croustillantes qui le démontrent!

MON PETIT FRÈRE ET LA LAVEUSE À LINGE

Un jour, mon petit frère jouait avec ses toutous. Quand mon petit frère joue avec ses toutous, il les lance partout. À un moment donné, il lança ses toutous dans la laveuse à linge vide. Alors, pour aller les chercher, il entra dans la laveuse à linge. Soudain, ma mère descendit au sous-sol et elle vit mon petit frère dans la laveuse. Elle lui cria «sors de là tout de suite» et elle le prit dans ses bras pour le sortir de la laveuse avec ses toutous.

Sarah, 8 ans

L’AVENTURE DE BRAD

C’est un magnifique vendredi après-midi du début de l’été. Il fait un temps radieux. Sa mère étire un peu son aprèsmidi à l’extérieur, derrière la maison, et pour cause : il est grand temps de planter les fleurs dans les jardinières. Elle y met beaucoup d’attention, comme dans tout ce qu’elle entreprend. Brad, pour sa part, dans la vingtaine avancée, observe sa mère depuis pas mal de temps et commence à montrer des signes d’impatience devant la faim qui le tenaille, surtout que pour le souper du vendredi, c’est une tradition, on fait toujours des frites et il adore les frites… Mais voilà, trop occupée à terminer son oeuvre, maman n’éprouve pas le même besoin et Brad échappe à son attention…

Une demi-heure passe, elle entre enfin dans la maison et se rend compte… que Brad a des frites dans son assiette et qu’il se régale copieusement. Elle a le coeur qui palpite d’énervement. Comment a-t-il fait? Trouver les pommes de terre, les peler, les couper, sortir la friteuse, la faire chauffer, attendre le bon temps de cuisson, sortir les frites, débrancher la friteuse, pour atteindre finalement le but ultime : des bonnes frites du vendredi soir dans son assiette! Et surtout, comment n’est-il pas arrivé d’accident? En soi, pour un jeune adulte « normal », y arriver n’a rien d’exceptionnel. Mais voilà, Brad est différent : il est autiste et malentendant. Rien n’aurait pu laisser croire que cette expérience était à sa portée. Mais il savait le faire, il l’avait appris! Comment? En observant ses parents. Pour nous,
parents, une fois l’émotion passée, toute une leçon que notre Brad nous a donnée. Combien souvent sous-estimonsnous la capacité d’apprendre des autistes? Combien de fois sommes-nous portés à les considérer comme totalement dépendants? Combien de fois pensons-nous qu’ils ne réalisent pas ce qui se passe autour d’eux?

Brad avait bien appris sa leçon de « frites 101 », mais surtout il nous en a appris toute une : oui, en apparence souvent dans sa bulle, différent, tellement différent, mais aussi tellement capable d’apprendre!

Des parents très fiers!

PRINCESSE POUDRERIE

C'était un jour de printemps, d'été, d'automne ou peut-être même d'hiver et Sofia passait la journée chez ses grandsparents, Nonno et Nonna. Sofia préfère souvent la compagnie de ses songes et de ses danses solitaires au son de nos conversations cacophoniques et insensées. Elle était donc montée à l'étage où d'ordinaire, elle se sent davantage à son aise. Là, elle y retrouve quartiers paisibles, oreillers, édredons et bijoux, tous ces endroits et ces menus objets qui l'enchantent, ces douceurs qu'elle adore frôler, prendre entre ses petits doigts et agiter devant ses yeux, qui la font sourire, s'esclaffer, chanter et qui éveillent sa petite âme d'enfant quelquefois dormante. Sofia était montée dans son éden.

Puisqu'elle le fait si souvent, Nonno et Nonna ne s'en étaient pas formalisés plus qu'à l'habitude. Montant de temps à autre, ils la guettaient d’un oeil distant et bienveillant et la laissaient s'amuser. Forts de leur assurance habituelle, ils l'avaient peut-être laissée un peu trop longtemps à ses jeux... Nonna jugeant que le silence était trop plat, décida de monter à l'improviste, voir la belle Sofia...

Horreur et enchantement, consternation et surprise, découragement et nonchalance, rires et larmes se livraient tous une lutte acharnée dans le coeur et l'esprit de Nonna. Nonno alerté était arrivé en trombe et subissait le même sort. Blanc, blanc et encore blanc! Bourrasques et nuages blancs, blancs, blancs! Sofia s'était emparée et entichée de la bouteille de talc et pour chaque pression que ses petits doigts donnaient à la bouteille, une onde de talc et un éclat de rire jaillissaient. Les rafales incessantes soufflaient du talc partout. Sofia était couverte de talc, le parquet, la vanité aussi et, en suspension dans l'air, des milliards de particules de talc valsaient. Sofia incapable de présumer de l'ampleur de son dégât et complètement envoûtée par les vents blancs riait aux éclats: de l'insouciance, de l'innocence, une princesse au zénith de l'émerveillement, du talc, de la poudrerie, Princesse Poudrerie!

Nonna, incapable de faire quelque remontrance à sa princesse, pestait et riait aux larmes. Comment se fâcher devant ce spectacle? Princesse Poudrerie qui faisait d'une bouteille de talc une tempête, pourquoi diable faire une tempête dans un verre d'eau!

Sabrina, maman de Sofia 8 ans

COUCOU

J’ai joué à « coucou » pour la première fois avec Thomas, mon fils autiste, quand il avait cinq ans. C’était une journée particulièrement difficile, où Thomas m’en avait fait voir de toutes les couleurs, alors maman était au bout de sa patience et broyait du noir.

Il était enfin calme, installé sur mon lit et il se reposait. Je suis allée m’asseoir près de lui, pour profiter du calme et, honnêtement, pour le surveiller un peu et prévenir une autre catastrophe. Il s’est assis devant moi, soudainement plein d’énergie et moi, je pestais intérieurement en me demandant qu’est-ce qui m’avait bien pris de le déranger de la sorte! J’aurais pu le surveiller à distance et souffler un peu !

Il a pris mes mains et les a mis sur mon visage en disant le mot « caché ». Comme Thomas ne parle presque pas, j’ai mis un peu de temps à comprendre ce qu’il voulait. Quand j’ai enfin allumé, j’ai caché mes yeux sous mes mains, puis j’ai dit « Bou! » en les ouvrant. J’ai eu un cadeau merveilleux : un grand éclat de rire et des yeux ordinairement insaisissables bien fixés sur les miens. Il m’a répété « caché » pour que je recommence le jeu, ce que j’ai fait avec une joie indescriptible. Nous avons dû jouer comme ça pendant au moins trente minutes. Trente glorieuses minutes de bonheur intense ! Mes yeux à moi se mouillaient sans cesse, mais j’étais complètement connectée à mon petit garçon.

Les difficultés de la journée se sont évaporées, comme par magie. Ce petit jeu banal, une si grande source de bonheur que les parents vivent habituellement avec leurs bébés, s’est transformé en miracle pour moi et mon petit bonhomme de cinq ans. Merci Thomas!

Hélène Quigley

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