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La sécrétine: un dossier à suivre

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Société québécoise de l'autisme

De tout temps, les parents d'autistes ont voulu essayer de nouvelles thérapies et ce, bien légitimement, dans l'espoir d'améliorer l'état de leur enfant à défaut de les guérir.

Plus que toute autre méthode, la sécrétine a suscité cet espoir au sein des familles, ainsi qu'un certain engouement des médias pour la question. Parallèlement, au fil des découvertes sont aussi apparues certaines divergences sur les effets réels de cette substance et ses risques potentiels.

Pour tenter d'y voir plus clair, on s'emploiera, dans les lignes qui suivent, à résumer l'état actuel des connaissances en la matière. 


1. La découverte de la sécrétine comme traitement de l'autisme

Composée de 27 acides aminés, la sécrétine est une hormone peptidique produite par la muqueuse du duodénum. Une de ses fonctions consiste à provoquer, au sein du pancréas, la sécrétion de bicarbonate : ce dernier, en neutralisant l'acidité des aliments en provenance de l'estomac, facilite ensuite la digestion.
Connue depuis plus d'une vingtaine d'années, la sécrétine est couramment employée pour tester le bon fonctionnement pancréatique. Cet usage requiert en général une seule injection de la substance, souvent prélevée à cette fin de l'intestin du porc.

En regard au traitement de l'autisme, l'intérêt pour la sécrétine a débuté en 1996, à l'Université du Maryland. À la demande d'une mère, le Dr Horvath avait alors injecté la substance à un jeune autiste victime de diarrhées chroniques. Quelques semaines plus tard, Victoria Beck et son mari surprirent le spécialiste avec les progrès de leur fils Parker : ce dernier s'était mis à parler et ne fuyait plus les regards comme autrefois...

Au cours de l'année suivante, cette nouvelle fit l'objet d'investigations de la part du Dan (Defeat Autism Now), et se mit à circuler sur l'autoroute électronique. Elle suscita du coup un intérêt inégalé chez les parents d'autistes et, en conséquence, nombre de familles voulurent essayer le traitement auprès de leur enfant.

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2. La prise de sécrétine et les résultats

En général, l'administration de la sécrétine se fait par doses intraveineuses, par voie orale ou transdermique. Il n'existe pas encore de consensus sur le mode le plus approprié; pour sa part, le Dr Richard Goldstein, de l'Alpha Center de Riverside, suggère que l'injection intraveineuse est préférable aux autres modes d'administration en raison de la rapidité d'absorption de la sécrétine par le sang, qui restreindrait les risques de production d'anticorps dirigés contre la sécrétine. Plusieurs spécialistes (tels que le Dr Rimland) préconisent cependant une diffusion plus graduelle de la sécrétine et le recours à certaines mesures préventives (voir à ce sujet les recommandations de l'ARRI, décembre 1999).

En raison des échantillons quelquefois restreints de certaines études, du mode de sélection des sujets ou des dosages utilisés, la plupart des rapports de recherche - quel que soit le sens dans lequel ils abondent - présentent des résultats qui nécessitent d'autres investigations. À l'heure actuelle, on présume toutefois que la sécrétine pourrait agir comme neurotransmetteur et que ses effets, lorsqu'il y en a, se manifestent pendant les trois premières semaines de traitement (et plus spécifiquement chez des enfants présentant des troubles digestifs et dont les niveaux enzymatiques, mesurés dans les selles, sont faibles).

Jusqu'ici, la base de données du Dr Rimland suggère qu'une réponse positive à la sécrétine aurait été observée dans une proportion significative de cas. Les fonctions gastro-intestinales, la qualité du sommeil, le langage et l'apprentissage de la propreté figureraient parmi les domaines de progression remarqués; certains autistes auraient aussi pris goût à des aliments qu'ils rejetaient autrefois, etc.

D'après la même banque de données, on estime actuellement que 30 % des autistes ne réagiraient pas au traitement à la sécrétine. Dans de rares cas, on a aussi observé des contre-indications, notamment en rapport à la présence d'épilepsie (deux cas de crises auraient été rapportés à la suite d'injections). Bien qu'il soit hasardeux d'imputer ces symptômes aux seules injections de sécrétine comme telles, plusieurs signes incitent à la vigilance, notamment en regard aux conditions d'administration. Celle-ci doit être effectuée dans un milieu hospitalier capable de faire face à toute éventualité, et la présence d'anticorps dirigés contre la sécrétine doit par ailleurs être préalablement vérifiée.

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3. La cystéine, une contribution active ?

Parmi les controverses qui entourent déjà la sécrétine, l'hydrochloride de cystéine, une substance retrouvée dans les préparations de sécrétine, n'est pas sans soulever sa part d'interrogations.

En effet, on sait que la cystéine peut atteindre le cerveau en quantités suffisantes pour influencer le système nerveux central et périphérique. Certains scientifiques estiment donc que quelques-uns des changements attribués à la sécrétine seraient plutôt imputables à la cystéine et à ses produits dérivés. Cette théorie se fonde également sur des effets régulateurs reconnus de la cystéine sur le système immunitaire.

Pourtant, la cystéine n'a pas que des conséquences positives sur l'organisme. Des études ont prouvé que les excès de cette substance sont toxiques pour les cellules neuronales humaines. Plusieurs effets secondaires tels que des rougeurs, des nausées, des vomissements, voire des risques de choc anaphylactique, ont été rapportés en réaction à des doses massives administrées en laboratoire.

Bien qu'aucun effet secondaire de cet ordre ne puisse être attribuable aux préparations de sécrétine comme telles, de façon vraisemblable, on peut s'attendre à ce qu'un produit complexe comme la sécrétine comporte également certains effets secondaires. Aussi son usage devrait-il être fait en toute prudence et dans un contexte d'administration sûr.

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4. Conclusion : un dossier à suivre

À l'heure actuelle, on observe que la sécrétine fait l'objet d'un débat que n'apaise sans doute pas sa couverture médiatique. Les effets de cette hormone sur un certain pourcentage d'autistes semblent de plus en plus indéniables; néanmoins, les éloges du produit côtoient encore régulièrement les mises en garde, et certaines interrogations subsistent en rapport au dosage et au meilleur mode d'administration. Ces conditions, une fois déterminées, s'accompagnent peut-être également de risques dont on doit tenir compte (en regard aux enfants montrant une activité épileptique latente, par exemple).

La sûreté de la substance administrée constitue aussi un autre facteur très important; dans certains cas, il semble que des produits de composition douteuse aient été retrouvés sur le marché et ce, malgré l'existence de sécrétine de qualité produite par des compagnies étrangères, auxquelles s'ajoutera éventuellement la firme américaine Repligen (Cette dernière a d'ailleurs racheté les droits de la sécrétine).

En résumé, il est donc pertinent de surveiller attentivement les prochains développements commerciaux et scientifiques (notamment ceux de l'été 2000) en espérant qu'ils pourront enfin donner lieu à un consensus et à l'adoption de standards quant à l'utilisation de la sécrétine dans l'autisme...

Veuillez prendre note que les textes suivants peuvent présenter différentes positions sur la question.

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