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Soutien aux élèves en difficulté et aux enseignants - Précisément une affaire de ressources

Pierre St-Germain - Président de la Fédération autonome de l'enseignement

15 février 2011 - Trois auteurs (Jean Bélanger, François Bowen et Nadia Desbiens), membres du Collectif sur l'appropriation de pratiques pédagogiques et éducatives en milieu scolaire, ont publié dans cette page la semaine dernière (Le Devoir) une critique assez dure de notre campagne publicitaire sur les élèves handicapés et en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) et remis en question les revendications des enseignantes et enseignants que nous représentons.

Ils affirment que «ces publicités s'appuient clairement sur une ancienne pensée selon laquelle l'ajout d'argent et de ressources dans un système public d'éducation est directement associé à une augmentation de la qualité de l'éducation». Ils dénoncent cette campagne qui selon eux «manque de nuance et de science, sans compter qu'elle constitue même une incitation au gaspillage de fonds publics» et que les solutions passent par la formation des profs. Je tiens à préciser ici que le contenu des messages publicitaires provient de faits réels, de récits de professeurs relatant le vécu de leur classe.

Méconnaissance du monde scolaire?

La lecture de leur texte nous apprend beaucoup de choses. D'abord, un parti pris pour l'inclusion. Or cette inclusion de tous les élèves dans la classe ordinaire vers laquelle tend le système depuis une dizaine d'années est en train de faire imploser l'école publique. Ils y exposent ainsi leur méconnaissance de ce que vivent quotidiennement des milliers d'enseignantes et enseignants et de ce qui se passe dans une classe. Une lecture plus approfondie de nos revendications leur aurait appris que nous ne sommes pas contre l'intégration, mais que celle-ci doit être mieux soutenue et à l'occasion remise en question dans l'intérêt de l'élève concerné et des autres élèves.

On décode aussi dans leurs propos une forme de paternalisme, pour ne pas dire de mépris, à l'endroit des enseignants des commissions scolaires. Ces chercheurs semblent savoir mieux que les profs eux-mêmes ce qui est bon pour eux. Et bien sûr, ils vont leur tracer le chemin du haut de leur tour d'ivoire. S'il faut en croire les auteurs du collectif, les profs doivent mettre en oeuvre des interventions novatrices et améliorer leurs pratiques. De quelles pratiques parle-t-on? Bien sûr de celles qu'eux-mêmes véhiculent et qui servent de base à, disons-le, un lucratif marché basé sur la formation continue. Ces formations novatrices seraient bien sûr données par eux et leurs collègues qui possèdent la vérité puisque lorsqu'ils parlent de «science», c'est bien entendu à la leur qu'ils font référence.

Je ne peux ici m'empêcher de dénoncer le discours trop largement répandu selon lequel le salut du système scolaire passe nécessairement par la formation des enseignants. À tous les maux, certains ne voient comme solution que de former tous ces profs qui ne comprennent rien pour leur demander ensuite de combler les lacunes du système. Je dénonce également toute une caste de gens qui profitent de ce courant de la formation continue pour, en fait, s'assurer eux-mêmes de ressources pour financer leurs projets de recherche et leurs activités. Les enseignants en ont ras le bol de se faire servir cette médecine par tous ceux qui, du haut de leur chaire, prétendent savoir mieux que les praticiens eux-mêmes comment fonctionne une classe et comment faire la classe.

Pas une question d'argent?

À les écouter, combler la pénurie de ressources en éducation ne mènera à rien. Rien ne sert de combler les criants besoins de services professionnels ou de soutien. Pire, pour eux, il s'agirait là d'une vision passéiste. Serait-ce une vision de l'esprit que tous ces élèves qui attendent deux ou trois ans pour obtenir de l'aide ou des miettes de services? Qu'en pensent tous les parents qui doivent débourser des milliers de dollars au privé pour avoir des services en orthophonie ou en psychologie, services que devrait offrir le réseau d'éducation? Pour ces auteurs, il faudrait plutôt former les profs à faire ce travail à la place de professionnels dûment qualifiés.

Pourquoi et comment peut-on croire qu'un prof peut se substituer à un psychologue ou à un orthophoniste? Pourquoi un médecin de famille renvoie-t-il ses patients à un spécialiste, formé et qualifié pour faire certaines interventions, sinon pour qu'il soit mieux soigné? Pourquoi en serait-il autrement en éducation? Serait-ce que certains y trouvent eux-mêmes un certain intérêt puisqu'ils seront ceux qui offriront ces formations? [...]

Si d'autres voies doivent être privilégiées, nous pensons qu'elles doivent prioritairement être dirigées vers la prévention et l'intervention précoce pour recenser les difficultés et les besoins des enfants afin de les aider le plus rapidement possible et d'éviter que les difficultés ne s'aggravent. Les investissements en éducation doivent aussi être évalués en rapport du coût social énorme que provoque le décrochage scolaire, faute d'un investissement adéquat dans ce qui devrait être la plus belle richesse d'une société. Et ceci a un coût.

Quoi qu'on en dise et quoi qu'ils en pensent, le système public d'éducation a impérativement besoin d'un ajout de ressources. Il y a des limites à laisser des milliers d'enfants sans services. Il y a des limites à ce que les enseignants peuvent faire et à ce qu'on peut leur demander.

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