Août 1999
Société québécoise de l'autisme
À la lueur d'études récentes, il semble de plus en plus probable que beaucoup d'autistes soient sensibles à des aliments précis. La documentation sur le sujet mentionne d'ailleurs certains progrès physiques et comportementaux observés chez des enfants soumis à des diètes d'élimination.
Avant d'approfondir la question, il est d'abord utile d'expliciter la notion d'allergie. Celle-ci consiste en une réaction excessive du système immunitaire face à une substance étrangère, dite allergène. Lorsqu'il entre en contact avec un tel produit, le corps riposte normalement en produisant un anticorps visant à détruire l'intrus. D'autre part, à cause des particularités de leur système immunitaire, certaines personnes sont plus sensibles que d'autres à de telles réactions : selon une théorie récente, certains autistes appartiendraient d'ailleurs à cette catégorie.
À la base, la sensibilité à la nourriture s'apparente à l'allergie, ce qui explique qu'on la désigne souvent comme telle. En effet, l'intolérance alimentaire se définit elle aussi par une réaction du système immunitaire face à une substance précise. De plus, les deux manifestations peuvent engendrer bon nombre de problèmes physiques et comportementaux sur lesquels nous reviendrons plus loin.
Diverses études ont établi un lien entre l'aggravation générale de l'état autistique et certaines intolérances alimentaires. Parmi les principaux coupables figurent la caséine, une protéine du lait et du fromage, ainsi que le gluten, un composant des grains de blé, d'orge, de seigle... Ces substances attirent particulièrement l'attention des chercheurs, bien que l'on soupçonne également l'existence d'intolérances aux sucres, aux additifs alimentaires, etc.
Un des points de départ du processus réside sans doute dans un mauvais fonctionnement du système enzymatique de l'intestin. Le système digestif, incapable de métaboliser certaines protéines (et plus particulièrement la caséine et le gluten), préserverait vraisemblablement un nombre élevé de substances non dissoutes, dont certains peptides. Une théorie actuelle soutient que ceux-ci posséderaient des propriétés opiacées (de la même famille chimique que la morphine) et que l'apparition de cette activité opioïde dans l'organisme désorganiserait de nombreuses fonctions du système nerveux central telles que la perception, les émotions, les comportements et l'humeur.
En d'autres termes, quand ces peptides non décomposés quitteraient le système digestif en nombre important, parvenant éventuellement au cerveau, ils pourraient par le fait même y provoquer des dommages considérables; cela peut inclure entre autres l'apparition de plusieurs symptômes propres à l'autisme. Notons à ce titre qu'aux États-Unis, en Angleterre et en Norvège, des chercheurs ont trouvé des peptides à propriétés opiacées dans l'urine d'un pourcentage élevé d'autistes.
D'autre part, on soupçonne ces mêmes substances d'entraîner un phénomène de dépendance : cette hypothèse se voit d'ailleurs renforcée par le fait que certains enfants abusent précisément des aliments qui semblent les intoxiquer.
Parmi les symptômes que l'on associerait aux allergies alimentaires figurent les maux de tête, d'estomac, les nausées, les plaintes et les pleurs excessifs, les problèmes de sommeil, l'hyperactivité, l'agressivité, la sensibilité aux bruits, la fatigue, la dépression, les problèmes intestinaux, les infections aux oreilles, etc.
Sur le plan physique, on remarquerait parfois des cernes roses ou noirs autour des yeux, une rougeur des joues ou des oreilles, une augmentation du rythme cardiaque, des halètements, du liquide dans les oreilles (conséquence des otites) ainsi qu'une soif et une transpiration excessives. Signalons par ailleurs que les comportements et les symptômes physiques ici mentionnés peuvent néanmoins être dus à d'autres causes.
En ce qui a trait, de façon plus globale, à la source exacte du désordre métabolique et de ses conséquences, plusieurs explications émergent. Un facteur potentiellement lié serait le syndrome de l'intestin poreux : lorsque les parois de l'intestin sont anormalement perméables, elles peuvent laisser passer une quantité accrue de peptides. Ceux-ci traverseraient alors dans le flux sanguin, et seraient acheminés vers le système nerveux où ils provoqueraient, à divers degrés, les symptômes décrits précédemment.
Pour expliquer la porosité anormale de l'intestin, on parle notamment d'une possible infestation au Candida, et, à un niveau plus général, de causes virales, de facteurs environnementaux, génétiques, etc. Il est d'ailleurs possible que tous ces facteurs soient reliés et qu'ils agissent en conjonction. Aussi se trouve-t-on peut-être devant un cercle vicieux : l'affaiblissement du système immunitaire causé par l'abondance des peptides, elle-même due à la porosité intestinale, provoquerait justement l'aggravation de cette perméabilité, et ainsi de suite.
Quels qu'il soient, les liens présumés entre ces différents éléments demeurent encore l'objet de multiples études en cours.
Il y a plusieurs façons de déterminer si une personne est sensible à une substance alimentaire précise. La méthode la plus simple consiste à éliminer complètement de son régime l'aliment suspecté : on devrait alors constater une amélioration physique et comportementale à mesure que le produit disparaîtra du système.
Une autre façon de tester la sensibilité à la nourriture est de retirer totalement l'aliment du régime de la personne pendant un certain temps, pour ensuite le lui donner quand elle a l'estomac vide. Dans la plupart des cas, une réaction d'intolérance, si elle survient, se produira dans les heures qui suivront; elle peut cependant apparaître immédiatement après l'ingestion de l'allergène ou ne se manifester qu'après un délai de quelques jours.
Une manière additionnelle de tester l'intolérance à la nourriture est de faire tous les quatre jours une rotation des aliments suspectés. Si une sensibilité existe, on devrait ainsi s'attendre à une réaction tous les quatrièmes jours. D'autre part, pour identifier les substances allergènes, on peut également recourir à certains tests tels que les cutiréactions, les analyses sanguines, les rayons X et l'endoscopie nasale.
De façon générale, il importe de comprendre que les allergies et les sensibilités alimentaires peuvent affecter la santé, mais que ces problèmes peut être traités par des diètes particulières. Certains parents d'autistes publient d'ailleurs des recettes sans caséine et sans gluten à l'intention des familles concernées. Précisons toutefois qu'une approche diététique devrait toujours être entreprise avec le soutien d'un médecin, d'un pédiatre ou d'un nutritionniste.
Par ailleurs, bien que l'élimination de ces aliments puisse sans doute atténuer les comportements difficiles et favoriser l'apprentissage, il faut aussi rappeler que le régime sans gluten ou caséine n'est pas une cure en soi.
Il existe beaucoup de traitements, tels que le recours aux antihistaminiques, qui peuvent amoindrir les symptômes associés aux allergies; dans certains cas, donner une dose extrêmement faible d'un allergène peut même désensibiliser une personne à cette substance. Néanmoins, la meilleure manière de supprimer la sensibilité à certains aliments consiste encore à les éliminer du régime de la personne.
Afin de combler les carences vitaminiques qu'une telle diète peut engendrer, on recommande aux parents d'administrer des suppléments alimentaires et vitaminiques aux enfants; leur système immunitaire peut sans doute bénéficier de la prise de suppléments nutritifs, et ces derniers contribueront sensiblement à atténuer les symptômes allergiques.
Comme on le constate, de multiples options existent déjà pour traiter la sensibilité alimentaire, et ce domaine de recherche profite ces jours-ci d'une certaine effervescence. Il incombe donc aux parents de choisir, parmi les recours possibles, ceux qui s'appliquent le mieux aux besoins de leur enfant.
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