Les troubles auto-immunitaires en quelques mots...

Fédération québécoise de l'autisme

  1. Explications préalables
    1. Distinction entre les phénomènes d'immunité et d'auto-immunité
    2. Structures de base et principales classes d'anticorps
    3. Autisme et troubles auto-immunitaires
  2. Revue de quelques travaux importants 
  3. Conclusion

L'implication des troubles auto-immunitaires dans l'autisme constitue l'un des secteurs les plus dynamiques de la recherche sur ce handicap.

Les lignes qui suivent s'emploieront, dans un premier temps, à définir et expliquer certains concepts intrinsèques à la question. En second lieu, nous examinerons les liens établis entre l'autisme et les troubles auto-immunitaires, de même que les résultats de quelques recherches qui les étayent.


1. Explications préalables

1.1 Distinction entre les phénomènes d'immunité et d'auto-immunité

Pour définir ce que sont les troubles auto-immunitaires, il faut d'abord connaître, au moins sommairement, le fonctionnement du système immunitaire.

Quand l'organisme entre en contact avec des substances étrangères d'origine bactérienne ou virale, il répond habituellement en activant ses cellules immunocompétentes (lymphocytes B) lesquelles produisent des anticorps (immunoglobulines) qui ont pour mission de le protéger en éliminant les intrus; cependant, si cette protection comporte des failles, ou qu'elle est inexistante, des maladies immunitaires se développeront au sein de l'organisme.

Dans le cas des troubles auto-immunitaires, le problème est quelque peu différent : en addition aux anticorps "normaux" du système, ce dernier réagit anormalement par la production d'auto-anticorps. Cette apparition induit alors les problèmes que l'on dit auto-immunitaires : en d'autres termes, c'est une situation où les défenses d'une personne se retournent contre ses propres cellules.

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1.2 Structures de base et principales classes d'anticorps

La section suivante propose quelques explications pouvant éventuellement faciliter la lecture d'articles portant sur l'auto-immunité en relation avec l'autisme.

À la base, un anticorps comprend quatre chaînes d'acides aminés (deux légères et deux lourdes). Chaque chaîne possède une région variable (V) qui diffère d'un anticorps à l'autre et une région constante (C), essentiellement identique chez différents anticorps de la même classe.

Il existe 5 principales classes d'anticorps désignées par les abréviations IgM, IgA, IgD, IgG, IgE, selon la structure des régions C de leurs chaînes lourdes. Les immunoglobulines de chaque classe assument des rôles biologiques légèrement différents dans la réaction immunitaire et ne se trouvent pas au même endroit dans l'organisme. Voici un aperçu de leurs rôles individuels :

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1.3 Autisme et troubles auto-immunitaires

De manière vraisemblable, une des causes de l'autisme résulte potentiellement d'une faille du système immunitaire et en particulier de l'auto-immunité. On croit notamment qu'une réponse de cet ordre déclenchée par un virus (celui de la rubéole, par exemple) ou par certaines agressions environnementales peut jouer un rôle dans l'apparition du handicap.

Plusieurs observations le laissent croire. D'une part, des tests immunologiques faits sur des autistes ont mis en relief certains éléments également constatés chez des patients frappés de maladies auto-immunitaires connues (diabète, scléroses, etc.) : à l'image de l'autisme, par exemple, ces maladies témoignent d'une prédisposition génétique, frappent plus souvent les garçons que les filles, répondent aussi à un possible déclenchement viral, etc.

D'autre part, des analyses faites sur des autistes semblent indiquer la présence d'auto-anticorps dirigés contre certains récepteurs de la sérotonine et surtout contre la myéline. Cette dernière, une substance blanchâtre lipoprotéinique, recouvre et protège les axones des cellules nerveuses; elle les isole électriquement les uns des autres, et augmente également la vitesse de transmission des influx nerveux. Par exemple, des axones myélinisés conduisent les influx nerveux en moyenne 150 fois plus vite que des axones amyélinisés...

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2. Revue de quelques travaux importants

Au cours des dernières années, des auto-anticorps cérébraux dirigés, notamment, contre la protéine de base de la myéline ont été trouvés chez des enfants autistes. Une étude bien connue du Dr Singh et Coll. (1993) avait, par exemple, mis en évidence que chez 33 enfants autistes de10 ans et moins, comparés à un groupe contrôle d'enfants du même âge, les anticorps sériques de la protéine de base de la myéline (PBM) étaient retrouvés chez 19 enfants sur 33 (58 %) contre seulement 7 chez les 50 enfants du groupe contrôle. Au sein de ce dernier figuraient 18 enfants en bonne santé, 20 avec un regard mental d'origine inconnue et 12 autres atteints du syndrome de Down.

Les résultats indiquaient donc que les enfants autistes risquaient 8.3 fois plus de comporter des anticorps dirigés contre la protéine de base de la myéline par rapport aux enfants du groupe contrôle. Au sein de ce dernier, aucun des 12 enfants ayant un syndrome de Down ne montrait une réaction positive aux anticorps PBM; dans le cas des enfants avec retard mental, la proportion n'était que de 3 sur 20. Les auteurs ont alors conclu que, chez les autistes, le retard mental fréquemment signalé (dans 60 % des cas) n'était sans doute pas relié à la production des anticorps dirigés contre la PBM.

En 1998, le Dr Singh et ses collègues ont cette fois-ci examiné les associations entre sérologie virale et auto-anticorps, entre autres par l'analyse simultanée des anticorps du virus de la rougeole (IgG -rougeole), des anticorps de l'herpès virus-6 humain et des anti-PBM. Les résultats suggérèrent qu'un grand nombre d'autistes ayant une sérologie virale positive avaient également des auto-anticorps cérébraux : 90 % ayant des anticorps IgG anti-rougeoleux positifs dans leur sérum avaient aussi des anticorps anti-PBM et d'autres lien ont aussi pu être établis.

L'étude de Singh et de ses collègues fut ainsi la première à rapporter l'existence d'une association entre sérologie virale et auto-anticorps cérébraux dans l'autisme. Les auteurs pensent que leurs résultats renforcent la thèse qu'un virus induisant une réponse auto-immune puisse être un déclencheur de l'autisme.

L'observation de la fréquence des troubles auto-immunitaires dans la population autistique et dans leur famille fournit également matière à réflexion. En ce sens, les résultats d'une étude publiés en 1999 dans le Journal of Child Neurology suggèrent que la récurrence des troubles auto-immunitaires est plus élevée dans les familles d'autistes que dans le reste de la population. Dans le cadre de cette recherche, 107 familles (dont 61 incluant un enfant autiste) ont été soumises à un sondage supervisé par le Dr Ann Comi et ses collègues. L'analyse consécutive a révélé que 46 % des familles d'autistes comptaient au moins deux membres souffrant de désordres auto-immunitaires. Lorsque le nombre d'affections augmentait de 1 à 3, le risque d'autisme connaissait lui aussi un accroissement, avec un ratio qui passait alors de 1.9 à 5.5.

De plus, parmi les mères et les parents du 1er degré des enfants autistes, le Dr Comi et ses collègues ont également détecté davantage de troubles auto-immunitaires (16 et 21 %) par rapport au groupe contrôle (2 et 4 %), avec des ratios respectifs de 8,8 et de 6.

À la lumière de ces résultats, l'étude conclut donc à l'existence probable d'un nombre supérieur d'affections auto-immunitaires au sein des familles d'autistes. Il est également à souligner que dans l'échantillonnage observé, les troubles auto-immunitaires les plus fréquents étaient le diabète de type 1, l'arthrite rhumatoïde, l'hypothyroïdie et le lupus érythémateux disséminé. Dans le groupe des familles d'autistes, 46 % rapportaient par ailleurs une maladie rhumatismale au sein de leur parenté alors que ce pourcentage n'était que de 26 % dans le groupe contrôle.

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3. Conclusion

La relation entre l'autisme et les maladies auto-immunes suppose que l'auto-immunité peut être un facteur crucial dans l'étiologie de l'autisme, ce que suggèrent les conclusions de différentes recherches.

Dans la mesure où comprendre les affections auto-immunitaires nous permettrait éventuellement de mettre en lumière certaines perturbations neurologiques, on peut s'attendre à ce que chaque pas fait en ce sens nous en apprenne un peu plus sur les causes de l'autisme...

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