Le Candida, cause possible d'autisme ?

Traduction d'un texte de Bernard Rimland paru dans Autism Research Review., 1998
Traduit par Jean-Claude Marion, Société québécoise de l'autisme

Le Candida albicans est un champignon à l'aspect de levure que l'on trouve chez presque tous les humains. Il s'installe dans l'obscurité des muqueuses humides qui tapissent la bouche, le vagin et l'appareil intestinal. Habituellement, il existe seulement en petites colonies, car le système immunitaire de l'hôte humain et la compétition que lui livrent d'autres micro-organismes situés sur et dans les muqueuses l'empêchent de grandir trop rapidement. Quand cet équilibre naturel délicat est rompu par un événement quelconque, le Candida peut se développer rapidement et agressivement en causant à l'hôte beaucoup de symptômes désagréables. Quelques-uns de ces symptômes sont largement connus et reconnus. Les infections vaginales aux levures, principalement causées par le Candida, représentent le plus commun des cas d'espèce. Le muguet, l'infection aux levures blanches de la bouche et de la langue qui est fréquente chez l'enfant, est un autre exemple bien connu d'une croissance exagérée de Candida.

Récemment, quelques médecins ont commencé à essayer de persuader leurs collègues et le public que le Candida pouvait avoir des conséquences beaucoup plus dévastatrices pour les humains que la vaginite ou le muguet. Ils citent des études japonaises qui démontrent que le Candida est capable de produire des toxines pouvant causer à long terme de sévères désorganisations au système immunitaire, et même aussi au cerveau. Ils proclament que, dans les cas extrêmes, les infections au Candida peuvent être responsables de graves désordres totalement résistants aux traitements conventionnels comme la dépression, la schizophrénie et, dans certains cas, l'autisme.

Il est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions définitives. Cependant, si je me base sur l'importance de l'information recueillie jusqu'à maintenant, il me semble hautement probable qu'une petite, mais significative proportion d'enfants pour lesquels un diagnostic d'autisme a été prononcé, serait en fait victime d'une grave infection au Candida. Je crois aussi que, si, pour ces cas, l'infection au Candida était traitée avec succès (plus simple à dire qu'à faire), les symptômes d'autisme seraient grandement améliorés.

Dans un cas typique, l'enfant semble normal et en bonne santé pendant les premiers 18 à 24 mois de sa vie. Il commence à parler et montre des niveaux d'intérêt normal vis-à-vis de sa famille et de son environnement. Des otites à répétition surviennent alors, qui sont traitées par les antibiotiques habituels. On commence ensuite à remarquer des changements inquiétants. Le développement de la parole cesse et souvent régresse au point que l'enfant ne parle plus. En l'espace de quelques semaines ou quelques mois, il devient difficile à émouvoir et perd l'intérêt pour ses parents et son environnement. Les parents concernés consultent alors divers spécialistes et, finalement, on leur donne un diagnostic d'autisme. L'histoire est familière. Nous connaissons tous des cas semblables.

En 1981, voici ce qui arriva à Duffy Mayo, 3 ans et demi, le fils de Gianna et Gus Mayo de San Francisco.

Duffy avait été un petit garçon brillant et actif, qui apprenait et parlait l'anglais et l'italien avant que la régression ne survienne. Après qu'un diagnostic d'autisme ait été prononcé par deux spécialistes, les Mayo choisirent et, c'est là leur chance, de demander de l'aide à l'allergologue Alan Levin. Levin trouva que le système immunitaire de Duffy était sévèrement affaibli. Il est intéressant de savoir que l'on avait donné à Duffy de nombreux traitements aux antibiotiques pour combattre ses otites. Levin savait que de tels antibiotiques tuaient souvent les micro-organismes qui entrent en compétition avec le Candida et qu'ils permettaient donc à celui-ci de croître dans des proportions inquiétantes.

Devant l'évidence que le Candida pouvait être moins bénin qu'on ne le croyait habituellement, Levin essaya un traitement au Nystatin, un médicament antifongique toxique pour le Candida, mais pas pour le corps humain. Au début, Duffy alla moins bien (une réaction habituelle causée par les toxines relâchées par les cellules mortes de Candida). Mais son état commença à s'améliorer par la suite.

Comme Duffy était sensible aux moisissures, les Mayo déménagèrent vers un climat plus sec et, puisque le Candida se développe bien sur certains aliments (spécialement les sucres et les carbohydrates raffinés), on apporta de sérieuses modifications au régime de Duffy.

Aujourd'hui, Duffy a 10 ans et demi. Il est actif et son état s'est grandement amélioré. Il lui reste seulement quelques symptômes d'autisme. Toutefois, son système immunitaire est encore faible et il demande encore des traitements.

La plupart des médecins sont sceptiques

En 1983, quand le Los Angeles Times publia, simultanément avec d'autres journaux, un long article sur Duffy, les Mayo et l'Institute for Child Behavior Research (ICBR) qui était mentionné dans l'article, reçurent des lettres et des appels téléphoniques de parents d'enfants autistiques à travers le pays. Il semble qu'il y avait beaucoup d'enfants autistiques dont les problèmes avaient commencé aussitôt après une thérapie de longue durée aux antibiotiques. Certains enfants également avaient une mère qui leur avait transmis une infection chronique aux levures. Combien de ces cas d'autisme peuvent en fait avoir été causés par le Candida, personne ne le sait...

William G.Grook, pédiatre et spécialiste en allergie bien connu de Knoxville, Tennessee, a mentionné plusieurs cas similaires dans son livre "The Yeast Connexion" et dans ses conférences. Cecil Bradley (un des médecins de Mayo) m'a dit récemment qu'il avait vu huit enfants autistiques qui répondaient favorablement aux médicaments anti-Candida et aux traitements basés sur un régime alimentaire.

L'Institute for Child Behavior Research a rassemblé des informations sur le lien possible entre l'autisme et le Candida depuis 1966, quand notre premier assistant de recherche, Dale Meyer, remarqua que le muguet était mentionné anormalement souvent dans les lettres et les questionnaires retournés par les parents.

Je suis convaincu que ce lien existe et que peut-être 5 à 10% des enfants autistiques, surtout ceux à qui l'on a donné beaucoup de traitements aux antibiotiques ou ceux nés avec le muguet ou infectés tout de suite après la naissance, s'amélioreront s'ils sont convenablement traités pour le Candida. Cependant, il n'existe pas encore de consensus parmi les médecins sur le lien entre l'autisme et le Candida.

Si l'on en juge par les contacts avec plusieurs centaines de parents dans les années passées, il y a seulement un médecin sur 20 ou 30 qui prend en considération la possibilité que le traitement contre le Candida puisse alléger les symptômes de l'autisme. On considère le lien avec le Candida comme une lubie à oublier au plus vite. Je souhaite qu'ils aient raison, mais je ne le crois pas.
Même si les parents ont la chance de trouver un médecin bien informé, la bataille est loin d'être gagnée. Il y a 30 ou 40 souches de Candida et quelques-unes sont très résistantes aux traitements.

Le Nystatin, le médicament le plus sécuritaire sur le marché, ne marche que sur les souches les plus faibles. Le Ketoconasol (Nizoral) est un médicament plus puissant, mais il a très probablement des effets secondaires. Il est dit qu'un régime approprié est au moins aussi important que les médicaments pour traiter le Candida. Il existe aussi des substances qui ne demandent pas d'ordonnance et qui sont connues pour avoir une action anti-Candida. Citons l'acidophilus, l'acide caprylique et d'autres substances facilement disponibles parmi lesquelles figurent celles déjà utilisées contre le Candida depuis des centaines d'années. Toutes ces approches ont été essayées avec des résultats divers.

Nous avons beaucoup appris sur le lien possible entre l'autisme et le Candida ces dernières années, mais il en reste encore à apprendre.


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