La théorie immunogénétique

Article de Claude Jolicoeur, M.D. pédopsychiatre, Montréal
1997-99

Approche assez nouvelle pour ceux qui n'étudient pas les facteurs génétiques régulièrement, et qui pourrait expliquer un grand nombre de particularités dans la formation du tempérament propre de chaque individu. La création de la vie tient en quelque sorte du miracle, si l'on s'imagine un peu la complexité des combinaisons génétiques devant se produire entre deux lignées. Il tient presque de l'impossible que la plupart des gens soient en aussi bonne santé, en équilibre aussi stable avec eux-mêmes.

Avec la génétique, il faut concevoir un avant-naissance, pour mieux comprendre les facteurs psychologiques, qui naturellement se greffent sur l'organisation neuronale du cerveau. Les conditions de formation de l'embryon varient d'une mère à l'autre, surtout en fonction de sa capacité à tolérer le foetus, dans sa partie étrangère, paternelle. L'on connaît bien les problèmes de rejet avec les facteur sanguins RH et ABO où les anticorps augmentent avec le nombre de grossesses et aggravent les risques de complications. Mais, plus globalement, il existe toujours un certain degré de rejet dans chaque grossesse, en fonction même des lois de la génétique, qui veulent que père et mère aient des systèmes immunitaires différents et qu'ils doivent se concilier dans la création d'un nouvel être. Il y a donc formation d'anticorps maternels antifoetaux.

Les symptômes d'infertilité, où les manifestations de nausées et vomissements des débuts de grossesses, parfois les hémorragies utérines, les prématurités foetales, ne seraient souvent que des indices de ces luttes immunitaires. Les recherches ont pu vérifier que les anticorps maternels augmentaient avec chaque grossesse, davantage en présence d'un foetus mâle qui se différencie sous l'induction du chromosome Y. Car, fait surprenant et constant dans toutes les sociétés, il y a généralement 4 à 5 fois plus de maladies chez le garçon que la fille, sauf pour les formes auto-immunes. Malgré tout, l'observation clinique constate que plus la fratrie s'agrandit, plus les tempéraments de chacun se stabilisent, surtout ceux des garçons. Car la nature fabrique aussi des anticorps bloquants, capables de neutraliser l'agression immunitaire pendant la gestation et l'allaitement. Tout devient question d'adaptation, d'évolution. Quand cet immuno-suppression ne survient pas, il y aura davantage risques de souffrance maternelle et foetale, avec des conséquences négatives sur la maturation cognitive et affective de l'enfant. Il semble bien que des lignées maternelles porteront cette vulnérabilité, se transmettant d'une génération à l'autre, de mère en fille comme un facteur génétique franc et direct, donnant la fausse apparence de transmission père-fils, trop communément admise.

Ainsi, le sort de l'être humain se joue bien avant sa naissance, s'inscrit dans une individualité tout à fait nouvelle et exceptionnelle, qu'il s'agisse de talents ou de vulnérabilités.

Et si encore l'on y ajoute des facteurs d'agression de milieu, tels la malnutrition, le diabète de grossesse ignoré ou mal géré, le tabagisme, l'alcoolisme, la drogue, la médication toxique, l'accouchement improvisé, etc., l'on expose le foetus à des stress supplémentaires et les conséquences ne manquent pas de s'additionner.


Quelques références

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Specific. diversity in the immunogenetic relationship between mother and fetus, par W.D. Billington, Exp Clin Immunogenet 1993- 10(2)-73-84.


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