La caséine du lait pourrait jouer un rôle dans les troubles mentaux

New York, 1er avril 1999 (Reuter Health) Traduit par Jean-Claude Marion, Société québécoise de l’autisme

D’après des chercheurs américains, les maladies mentales telles que l’autisme et la schizophrénie pourraient être liées, lors de la digestion, à une dégradation impropre de la caséine, une protéine trouvée dans le lait et les produits laitiers.
Les résultats de cette étude suggèrent qu’un mauvais fonctionnement d’un enzyme de l’intestin en soit la cause. Ce mauvais fonctionnement serait responsable de la production de niveaux élevés de composés protéiniques plus petits, appelés exorphines, qui s’infiltreraient dans le cerveau et produiraient des hallucinations et d’autres dérangements.

Nous avons maintenant des preuves que ces protéines se retrouvent non seulement dans le sang mais aussi dans les parties du cerveau liées aux symptômes de l’autisme et de la schizophrénie, explique l’étude dirigée par le Dr J. Cade, de l’Université de Floride à Gainsville.

Les résultats sont rapportés dans deux articles publiés dans le numéro de mars du journal Autism.

Dans leur première étude, l’équipe de chercheurs rapporte que les cerveaux des rats inoculés avec un produit de décomposition lié à la caséine, le béta-Casomorphine-7 (Béta-CM-7), montraient la présence de la protéine dans les centres neurologiques associés précédemment à l’autisme et à la schizophrénie. Les aires affectées comprenaient celles qui influençaient la vision, l’audition et la communication.

Dans un rapport de l’Université de Floride, le Dr Cade affirme que ces découvertes "pourraient expliquer plusieurs symptômes constatés dans l’autisme et la schizophrénie comme les hallucinations. Si une partie du cerveau transmet un faux signal à cause du béta-CM-7, cela pourrait avoir comme conséquence que la personne voit quelque chose qui en réalité n’existe pas et qu’une hallucination, soit visuelle soit auditive, puisse survenir".

Chez les humains en santé, la décomposition de la caséine donne seulement une production minimale de béta-CM-7 et d’autres exorphines. Le Dr Cade spécule que ce processus de dégradation puisse être affaibli chez les individus qui souffrent d’autisme ou de schizophrénie. En effet, les résultats préliminaires des études de l’équipe sur des enfants autistes et schizophrènes montrent que ceux-ci ont jusqu’à 100 fois le niveau normal des protéines du lait dans le sang et l’urine. Les chercheurs ont aussi trouvé que chez 80 % des enfants, les symptômes de l’autisme et de la schizophrénie, s’estompent ou disparaissent après qu’on eût changé leur régime en un régime sans lait.

Le lien entre l’autisme, la schizophrénie et les protéines du lait est confirmé par les résultats d’un deuxième rapport publié dans le journal.

Dans cette étude, le Dr Cade et son coauteur, le Dr Zhongjie Sun, ont découvert que l’administration intraveineuse de béta-CM-7 produisait des changements "remarquables" du comportement chez les rats.

Selon les auteurs, ces modifications du comportement s’étendaient de l’agitation "avec claquement des dents et respiration rapide" (une minute environ après l’administration), à l’inactivité couplée, avec un besoin de s’éloigner des autres animaux (dans les 7 minutes après l’injection).

À la suite de cette injection de béta-CM-7, les rats avaient aussi oublié le bruit d’une sonnette située à proximité et à laquelle ils réagissaient auparavant.

Le Dr Cade dit que "...Cela nous semblait intéressant puisque beaucoup de mères d’enfants autistiques confiaient qu’il leur semblait que leurs enfants étaient complètement sourds, qu’elles leur parlaient et qu’ils donnaient I’impression de ne pas les entendre".

Le spécialiste, cependant, tient à prévenir les excès d’optimisme et prévient que d’autres recherches seront nécessaires pour confirmer ces résultats.

Commentant ces études, le Dr Benneth Leventhal, de l’École de médecine de I’Université de Chicago, faisait remarquer que "la schizophrénie et I’autisme étaient des "troubles distinctement différents", avec des origines complexes. Il est certainement possible que ces irrégularités génétiques (digestives) puissent conduire aux effets sur le métabolisme que le Dr Cade mentionne, bien qu’il n’y ait pas encore de support substantiel pour cela maintenant", explique-t-il dans un communiqué.


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