24 février 1999
Il y a 25 ans, le Dr Baker a reçu en consultation un jeune, menacé d’être expulsé de son école pour son comportement agressif, hyperactif et brise-tout. Il faisait partie d’un groupe d’élèves ayant des problèmes de développement et de comportement, la plupart d’ordre autistique. Une évaluation des sensibilités de cet enfant aux aliments et à l’inhalation (absorption par les voies respiratoires), et le traitement conséquent, ont sensiblement amélioré sa participation à l’école et aux activités familiales. Les allergies alimentaires dont il souffrait ne se manifestaient pas par les symptômes considérés habituellement comme allergiques (congestion nasalet, eczéma, asthme, démangeaison), mais plutôt dans son comportement.
Les enfants autistes sont très sensibles. Chez eux, les cinq sens, le toucher, le goûter, l’ouïe, l’odorat et la vue, ne sont pas seulement caractérisés par des difficultés d’organisation mais aussi par une sensibilité accrue, voire souvent douloureuse. Pour le Dr Baker, la plupart des enfants qui ont des problèmes de comportement ou de développement, y compris ceux présentant des problèmes importants d’attention, ont une grande sensibilité aux aliments et à l’inhalation.
Il ne faut cependant pas se méprendre sur cette dernière remarque. M. Baker n’affirme pas que l’autisme est causé par une allergie. Il écrit plutôt que les enfants autistes, aussi bien que ceux qui éprouvent des problèmes d’attention importants, ont un système immunitaire plus sensible à l’environnement. Cette relation entre l’autisme et la réaction à l’environnement, il l’établit en comparant le fonctionnement du système nerveux central et celui du système immunitaire.
Malgré les différences entre les cellules composant ces deux systèmes, ces derniers ont une unité fonctionnelle. Les cellules ont la même origine neurologique dans l’embryon. Elles constituent les seules cellules de notre corps qui soient permanentes et indivisibles de la naissance à la vieillesse. Et les deux systèmes jouent un rôle de perception de l’environnement : le système nerveux central travaille à bâtir notre expérience cognitive du monde alors que le système immunitaire, à l’échelle microscopique et moléculaire, enregistre si la présence des cellules, molécules et autres germes et toxines est amicale ou non pour l’organisme.
Ainsi, de la même façon que le système nerveux central développe notre mémoire des événements quotidiens, le système immunitaire perçoit les différents événements internes vécus par notre corps (ex. : un vaccin) et contribue à élaborer une mémoire intérieure. On utilise généralement les termes de "reconnaissance" (recognition) pour définir ces activités de perception et de mémorisation, et de "sensibilisation" (sensitization), pour tout dérangement dans ce procédé.
Vu dans cette perspective, il n’est pas surprenant, selon le Dr Baker, qu’un enfant qui connaît des problèmes de relation avec le monde exprime cette difficulté sur les deux plans de la connaissance et du système immunitaire. Ce ne sont que deux aspects d’un même désordre sous-jacent.
Pour aider un enfant autiste à appréhender le monde, nous essayons de construire un certain ordre chez lui, par exemple, à l’aide d’exercices répétitifs. Sur le plan immunitaire, la démarche est la même. Nous cherchons à construire un certain ordre en évitant les aliments ou l’inhalation qui causent des réactions d’intolérance ou en le désensibilisant à ces aliments.
Les enfants autistes sont sensibles. De la même façon que nous essayons de développer des stimuli moins douloureux chez eux, il faut présenter à leur système immunitaire des stimuli moins dommageables. Dans les deux cas, les tentatives par essai et erreur sont fastidieuses, mais elles en valent le coup.
Bien que beaucoup de parents aient depuis longtemps décelé une relation entre l’autisme et l’alimentation, ce n’est que depuis peu qu’un nombre croissant de recherches montrent qu’effectivement certaines substances affectent le développement du cerveau et provoquent des comportements autistiques. Il ne s’agit pas ici d’allergies, mais du fait que plusieurs jeunes autistes sont incapables de dégrader certaines protéines.
Des chercheurs en Angleterre, en Norvège et en Floride ont trouvé des peptides (un composant des protéines) à propriétés opiacées dans l’urine d’un très fort pourcentage d’enfants autistes. Les opiacés sont des drogues, comme la morphine, donc ils affectent le fonctionnement du cerveau. Les deux protéines qui sont au banc des accusés sont le gluten (une protéine du blé, de l’avoine, du seigle et de l’orge) et la caséine (une protéine du lait). Les opiacés en question créant une forte dépendance, il en résulte que les enfants ne veulent pas d’autres aliments que ceux qui en contiennent. Il faut donc les supprimer de leur régime alimentaire et les remplacer par des substituts. Évidemment, cela peut paraître difficile, voire impossible, étant donné que les enfants ne veulent manger rien d’autre, mais il y a moyen d’y arriver. Au début, les parents craignent que leur enfant ne meure de faim, mais ils se rendent compte qu’assez rapidement il accepte d’autres aliments et qu’il est même ouvert à une bonne variété de produits.
Mais le lait n’est-il pas indispensable à la santé des enfants? En Amérique, grâce d’ailleurs aux campagnes efficaces des associations de producteurs laitiers, on y croit dur comme fer, et on croit aussi qu’il faut leur en donner les quantités les plus grandes possible. Et pourtant, des tas d’enfants très bien portants n’en boivent jamais. On dit du lait de vache que c’est l’aliment le plus surestimé et même qu’il ne serait bon que pour les petits veaux! Plus encore, on a découvert que le lait de vache contenait une hormone qui bloque l’absorption du calcium chez les humains. Alors attention! Quand on parle de supprimer le lait, cela veut dire tous les produits qui en contiennent, le beurre, le fromage, le fromage à la crème, la crème sure, etc. Et cela veut dire aussi tous les produits qui contiennent de la caséine et du petit-lait. Lisez bien les étiquettes, car le pain et le thon en conserve en contiennent souvent. Même le fromage de soja contient généralement de la caséinate. Il faut donc être très vigilant.
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il existe de très bons substituts pour le lait, entre autres le riz enrichi, le lait de soja ou de pomme de terre, ainsi que des suppléments de calcium sous forme de gaufrettes ou de sirops. Même au supermarché on en trouve, par exemple, le lait de riz, mais il faut faire attention à certaines marques qui peuvent contenir du gluten, cette autre protéine dangereuse. Quant au lait de soja, certains enfants ne le tolèrent pas parce qu’ils sont allergiques au soja. Mais avec des conseils éclairés de votre médecin ou d’un nutritionniste, vous trouverez ce qui vous convient.
Étant donné que la caséine et le gluten sont tous les deux des protéines extrêmement nocives pour certains enfants, des poisons véritables, il faut les supprimer toutes les deux en même temps de leur alimentation, le plus rapidement possible. Bien sûr, c’est une difficulté de plus pour les parents, mais le problème est tellement grave et tellement courant chez les enfants autistes d’une part, et les résultats tellement probants d’autre part, que cela devrait suffire à convaincre les plus hésitants. Chez les enfants à qui le régime sans lait et sans gluten réussit, c’est qu’on a réduit le stress sur le système immunitaire en supprimant des allergènes qui causaient des problèmes de comportement et de développement. Ce n’est pas que le système immunitaire soit déficient, c’est plutôt qu’il fonctionne mal. De là des antécédents communs aux autistes en ce qui concerne les otites à répétition, la diarrhée, la constipation, etc. Par ailleurs, voyant bon nombre de parents affirmer que leur enfant autiste est celui qui se porte le mieux de toute la famille, on avance l’hypothèse que son système immunitaire réagit tellement fort que cela se répercute sur son système nerveux. Cela pourrait expliquer pourquoi on trouve de l’antimyéline dans l’organisme de certains enfants souffrant de problèmes immunitaires, entre autres d’allergies multiples, et pourquoi ils ne répondent pas bien à une intervention alimentaire.
Quant à la cause exacte de tous ces problèmes et à l’apparente progression des cas d’autisme, les chercheurs ne peuvent pas encore se prononcer. Il semble en fait y avoir non pas une seule cause, mais plusieurs, soit une prédisposition génétique ou la toxicité de l’environnement, combinée à un événement déclencheur qui stresse le système immunitaire, par exemple un vaccin ou un virus. Souvent, aussi, l’administration prolongée d’antibiotiques semble avoir contribué à créer un désordre de l’organisme.
Pour en revenir au gluten, disons que sa suppression du régime alimentaire de l’enfant est peut-être plus délicate que la suppression des produits lactés. Elle demande un peu plus d’efforts de la part des parents et aussi plus d’information. Dans quoi trouve-t-on du gluten? Dans le blé, l’avoine, le seigle, l’orge, la semoule, le malt, l’amidon, entre autres, et aussi dans la plupart des aliments préparés, même quand on ne le mentionne pas, dans les frites, les morceaux de poulet enrobés de chapelure, etc. On trouve beaucoup d’information, cependant, sur l’intolérance au gluten à cause d’une maladie qui lui est reliée, la maladie coeliaque.
Il peut arriver qu’après avoir supprimé le lait et le gluten, on s’aperçoive qu’un enfant fait encore des allergies alimentaires, par exemple avec les pommes, le soja, le maïs, les tomates, les bananes, ou qu’il a des symptômes d’autres allergies, comme la fièvre des foins, l’asthme ou l’eczéma. L’enfant sera irritable, aura les joues et les oreilles rouges, parfois la diarrhée ou les fesses irritées. Dans de tels cas, c’est parce qu’une autre partie du système immunitaire est sollicitée. Chose certaine, quand d’autres allergies apparaissent après la suppression du gluten, c’est parce qu’elles étaient masquées par l’intolérance au gluten.
Beaucoup d’enfants autistes voient leur état s’améliorer avec la vitamine B6 et le magnésium, et, de façon générale, les suppléments vitaminiques sont recommandés quand un enfant souffre d’intolérances alimentaires, pour compenser les éléments qu’il ne trouve pas dans son assiette. De quoi a-t-on besoin en fait pour avoir une alimentation équilibrée ? D’eau, de protéines, d’hydrates de carbone, de gras, de vitamines et de minéraux. On voit des enfants qui n’ont mangé, pendant une année entière, que du poulet, des pommes de terre, du riz, de l’huile de canola, des jus enrichis de calcium et un supplément liquide de multivitamines et de minéraux, avoir une formule sanguine impeccable du point de vue nutritionnel.
Enfin, il y a aussi certaines levures pathogènes que l’on soupçonne de dérégler le système immunitaire, en particulier le Candida. Nous en sommes tous porteurs en quantités infimes, mais il semble que, face à un système immunitaire qui fonctionne mal, ce champignon se mette à proliférer dans l’intestin et à causer des problèmes en série, dont la fatigue, des maux de tête, des rages de sucre et des troubles du comportement. Des études sont menées actuellement sur des enfants autistes à ce sujet. Il semble en tout cas qu’un traitement par le nystatin diminue les symptômes de l’autisme et il en existe d’autres, par les probiotiques, par exemple, des "bonnes" bactéries qui sont éliminées par les antibiotiques. La bactérie que l’on trouve dans le yogourt en est une et elle est efficace contre le Candida.
Ouvrages suggérés : "Raising Your Child Without Milk", par Jane Zukin; "Don’t Drink Your Milk", par Frank Oski ; "Is This Your Child", par Doris Rapp; "Solving the Puzzle of Your Hard to Raise Child", par William Crook.
On peut aussi obtenir de l’information par Internet au sujet du traitement biologique de l’autisme sur le site "Autism and Diet" et sur le régime sans gluten sur le site "Celiac Disease".
Le Dr Baker a été directeur de l’Institut Gerell sur le développement humain de New Haven et poursuit des recherches dans le domaine des allergies. Il est actuellement consultant de recherche aux lmmuno Laboratories de Fort Lauderdale.
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