Les troubles du spectre autistique:
Quand la médecine traditionnelle ne suffit pas

[NDLR : Notre choix de publier sur le site cet article synthèse, qui peut sembler mettre en doute les bases scientifiques de certains traitements préconisés par le DAN !, vient du souci de donner presse à toutes les tendances d’opinion. L’article a le mérite de faire la synthèse des principaux traitements de médecine non traditionnelle (ou alternative complémentaire) et de recommander aux pédiatres auxquels il s’adresse de faire preuve d’une ouverture d’esprit. Nous croyons qu’en mettant l’accent sur les effets secondaires potentiels de ces types de traitements, en fixant les limites d’une application incontrôlée et en réclamant des études scientifiques complémentaires, ce texte ne peut que contribuer au bien-être des enfants autistes.]


Contemporary Pediatrics® Archive
October 2000

Texte original par Susan L. Hyman, MD, et Susan E. Levy, MD. Autistic spectrum disorders: When traditional medicine is not enough. Contemporary Pediatrics 2000, pages 10 à 101.

[Les vitamines et les suppléments, les diètes spéciales et autres traitements non traditionnels pour l’autisme sont de plus en plus populaires. Pour conseiller les familles adéquatement, les pédiatres se doivent de bien connaître l’efficacité et les effets secondaires de ces thérapies.]

On croit que les troubles du spectre autistique (TSA) touchent au moins un enfant sur 1000. Ainsi, de façon générale, chaque pédiatre suit le cas d’un enfant atteint, sinon davantage. Le praticiens et les familles de ces patients se voient confrontés aux questions classiques associées au syndrome de l’autisme : Qu’elle est la cause de ce désordre ? Existe-t-il des traitements et, si oui, quels sont les plus efficaces et les plus sûrs ?

Les TSA sont traditionnellement traités par des interventions précoces intensives sur le comportement, le langage et l’éducation. Plusieurs stratégies spécifiques à l’autisme sont efficaces pour améliorer le développement des habiletés et pour diminuer les comportements non désirés. Cependant, même si les améliorations peuvent être très importantes, une résorption complète des symptômes est rare. Si les praticiens utilisent parfois des médicaments pour traiter l’hyperactivité, les comportements répétitifs, les obsessions ou l’anxiété, ces traitements ne devraient pas remplacer les interventions éducationnelles et comportementales. Des thérapies alternatives et complémentaires offrent d’autres options et, afin de mieux guider les familles d’enfants autistes, les pédiatres devraient être bien informés de l’efficacité, des effets secondaires et de la disponibilité de ces différents traitements.

Ce que nous savons à propos des TSA

Le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 4th Edition (DSM-IV)1 définit les TSA comme des troubles envahissants du développement. Les symptômes des enfants atteints sont habituellement apparents vers l’âge de trois ans et on remarque principalement des altérations dans trois domaines particuliers : une altération du développement de l’intégration sociale, une altération de la communication et un répertoire restreint, répétitif et stéréotypé d’activités, d’intérêts et de comportements. Ces enfants peuvent présenter des combinaisons variées de symptômes et une grande variété d’habiletés cognitives.

Les TSA sont des désordres chroniques et mal compris. De récentes recherches suspectent une forte prédisposition génétique et une origine prénatale2. Bien qu’aucune anomalie spécifique du cerveau n’ait été associée aux TSA, différentes anomalies neuropathologiques d’origine prénatale ont déjà été rapportées2. Des données recueillies sur des animaux ainsi que l’observation des réactions à la médication ont indiqué des anomalies neurochimiques. Ces constatations fournissent une base pour des essais pharmocathérapeutiques3. Plusieurs théories non encore prouvées prétendent expliquer la cause des symptômes aussi bien que les conditions médicales qui y sont associées. Ces théories ont engendré une profusion de traitements qui s’appuient sur la médecine alternative complémentaire (MAC).

Afin d’évaluer l’efficacité d’une thérapie particulière, l’approche classique consiste à appliquer des critères spécifiques à des rapports de recherches (Tableau 1)4. Cette méthode a été utilisée dans l’étude de nombreux traitements que nous aborderons plus bas. L’utilisation d’un placebo s’avère souvent nécessaire pour valider l’efficacité d’un traitement puisque la durée et la perception de son action peuvent en affecter les résultats. Par ailleurs, plusieurs interventions simultanées risquent de confondre l’impact des différents traitements.

Les parents intéressés par une thérapie MAC peuvent obtenir de l’informations des autres parents, des médias et sur Internet. Si la validité scientifique de telles données pourrait être remise en cause, les familles à la recherche d’options de traitement ne font souvent pas de distinction entre les anecdotes, ou l’expérience personnelle, et les preuves scientifiques En optant pour une thérapie alternative, les parents doivent établir et maintenir un dialogue avec les médecins afin que ceux-ci puissent évaluer l’efficacité du traitement et en contrôler les effets secondaires potentiels (Tableau 2). Les pédiatres pourront en apprendre davantage sur les troubles du spectre autistique et les options de traitement en consultant le Tableau 3.

Ce qui est d’actualité et ce qui ne l’est pas

La popularité de certaines thérapies MAC augmente rapidement. On remarque d’ailleurs que ce qui n’était au départ qu’une MAC devient parfois une thérapie conventionnelle. Par exemple, la technique de renforcement des comportements désirés et d’ignorance des comportements non désirés est aujourd’hui à la base des interventions éducationnelles chez les enfants autistes. Ces techniques d’analyse behaviorale appliquée (ABA) sont utilisées pour accroître les niveaux de développement cognitif et du langage chez les très jeunes enfants autistes. Dans une étude controversée menée par Lovaas et ses collègues, 19 enfants autistes de moins de 3 ans ont participé à un programme individualisé à domicile de 40 heures par semaine. Un suivi entre l’âge de 7 et 11 ans a démontré que 9 de ces enfants avaient rejoint les classes scolaires régulières et avaient des habiletés cognitives normales pour leur âge5.

Bien que des experts aient exprimé des inquiétudes sur le fait que les sujets de l’étude en question n’aient pas été choisis au hasard, d’autres recherches apportent une preuve sérieuse de l’efficacité de l’approche comportementale chez les jeunes enfants autistes. En effet, le rapport Guideline Technical Report : Autism/Pervasive Developmental Disorders, une revue de la littérature portant sur cette preuve, recommande les interventions basées sur le comportement 6. Les coûts de telles interventions individuelles (un éducateur pour un enfant) peuvent se situer entre 20 000$ et 70 000$ par année.

Les traitements MAC actuellement populaires peuvent être catégorisés en plusieurs groupes : les vitamines et suppléments, les diètes, les utilisations alternatives d’agents biologiques, la thérapie immunitaire et les thérapies non pharmacologiques.

Les vitamines et suppléments

Les vitamines et suppléments sont le type de médecine alternative complémentaire le plus communément utilisé pour le traitement des TSA. Les défenseurs de ce genre de thérapie suggèrent que les vitamines rehaussent les actions des neurotransmetteurs en augmentant la disponibilité du substrat ou des cofacteurs. 

La vitamine C (acide ascorbique)

Une étude a examiné la vitamine C parce qu’il existe des preuves scientifiques de son effet sur l’inhibition de l’action centrale de la dopamine que l’on peut retrouver à des concentrations anormalement élevées chez les individus atteints de TSA7. Même si l’étude ne s’appuie que sur un échantillon de petite taille, les données générées, analysées selon des instruments de mesure fiables, suggèrent qu’une thérapie à fortes doses de vitamine C peut diminuer les comportements stéréotypés. Cette intervention potentiellement prometteuse nécessitera cependant le renouvellement de l’étude avec un plus grand échantillon.

La vitamine B6 et le magnésium

Certains observateurs préconisent un supplément de vitamine B6 (pyridoxine) en raison du rôle de celle-ci dans la formation de plusieurs neurotransmetteurs (sérotonine, dopamine, acide amino butyrique gamma, norépinéphrine et épinéphrine). Les défenseurs de ce traitement suggèrent que l’on combine le magnésium à l’administration de vitamine B6 afin d’augmenter la réponse clinique. Les résultats des études sur l’efficacité de ce traitement sont variés. Une étude à double insu, contrôlée par un placebo et utilisant des instruments de mesure des résultats standards en psychiatrie, n’a pu identifier de modifications sensibles du comportements entre les groupes8. Un rapport sur le bilan de 12 études indique une amélioration en quelques semaines chez environ la moitié des sujets, selon une variété d’indices comportementaux. La majorité de ceux ayant présenté des améliorations du comportement ont rechuté à l’intérieur d’une période variant entre une à six semaines suivant l’interruption de la thérapie9. Ce rapport a par ailleurs démontré que la plupart de ces études n’avaient pas utilisé de groupes de contrôle, que les données rapportées dans les résultats n’étaient pas objectives et que les sujets impliqués n’avaient pas été choisis au hasard. Il n’a pu démontrer de preuve suffisamment objective pour recommander le traitement à la vitamine B6 et au magnésium6.

Il est possible qu’un traitement à doses élevées de pyridoxine (200 à 500 mg/jour) puisse causer une neuropathie sensorielle périphérique, caractérisée par un déclin des habiletés motrices fines ou par une augmentation du battement des mains ou d’autres mouvements répétitifs. Les partisans de l’utilisation de suppléments B6 notent cependant qu’aucun effet secondaire n’a été rapporté chez les enfants atteints d’un trouble du spectre autistique. Des études à long terme devront cependant être effectuées.

La vitamine B6 est souvent administrée dans une préparation à fortes doses d'une marque déposée. Les familles pourraient ne pas remarquer que plusieurs suppléments peuvent contenir les mêmes ingrédients, ou réaliser que les vitamines peuvent être toxiques à fortes doses ; la toxicité potentielle du magnésium devrait ici être prise en note. On a déjà rapporté une surdose fatale de magnésium chez un enfant atteint de paralysie cérébrale et de crises d’épilepsie10. Les familles doivent respecter les doses recommandées et être conscientes des effets secondaires potentiels des suppléments vitaminiques. Une préparation mégavitaminée de marque déposée coûte environ 10 $ par mois.

La diméthylglycine (DMG)

La diméthylglycine (DMG) est un supplément nutritionnel qui peut avoir des effets excitants sur le centre neuroactif. Ces effets sont similaires à ceux de la glycine, un neurotransmetteur stimulant11. Dans une étude à double insu contrôlée par un placebo, une famille a rapporté que leur enfant était irritable11. Aucune amélioration d’ensemble n’a été notée durant le traitement. Les auteurs reconnaissent cependant que la taille de leur échantillon était petite, que la dose administrée était faible et que les instruments de mesure de résultats ont pu ne pas être sensibles aux changements. De plus, les investigateurs n’ont pas utilisé d’instrument de mesures de résultats standardisés ou de contrôle des facteurs contradictoires. Mise à part l’irritabilité et l’augmentation de l’activité, aucun autre effet secondaire n’a été rapporté pour ce mélange.

La vitamine A

On a déjà émis l’hypothèse que l’administration d’une forte dose de vitamine A pourrait, comme l’huile de foie de morue, améliorer la fonction immunitaire de l’organisme. Ce traitement est paraît-il présentement à l’étude mais aucune donnée n’est actuellement disponible. Une hypervitaminose A peut causer l’anorexie, la peau sèche, une toxicité au foie et une hépatosplénomégalie et augmenter la pression intracrânienne, l’irritabilité et la carotènemie. Une consommation excessive de vitamines A pendant la grossesse peut provoquer des anomalies foetales à la naissance.

Le Tableau 4 résume les études existantes sur les thérapies aux vitamines et aux suppléments dans le traitement des troubles du spectre autistiques.

Êtes-vous ce que vous mangez ?

Le rôle des diètes restrictives dans le traitement des troubles du spectre autistique n’est pas tout à fait clair.

Le sucre, les agents de conservation et l’aspartame

En raison d’un manque de preuves, nous ne pouvons relier directement les causes de l’hyperactivité à la consommation de sucre, d’aspartame ou d’agents de conservation15. Le rôle des colorants alimentaires demeure également nébuleux. Aucune étude n’a jusqu’à maintenant démontré que ces éléments diététiques contribuent à l’hyperactivité souvent associée au TSA.

Le lait et le blé

Les familles qui souhaitent traiter leur enfant atteint de TSA avec des interventions diététiques optent habituellement pour un régime sans caséine et sans gluten. Cette approche repose sur l’hypothèse que les enfants autistes ont les intestins poreux ce qui, croit-on, amène une trop grande absorption de peptides ayant les propriétés d’opioïdes endogènes. Les partisans de cette théorie pensent que ce phénomène pourrait être causé par une variante de maladie coeliaque, par l’effet secondaire d’une croissance excessive de levures, par une anomalie immunologique primaire ou par une entérocolite, séquelle de l’immunisation.

Plusieurs cas spécifiques rapportés sur Internet et dans les médias écrits mentionnent l’efficacité de régimes dans le traitement des troubles du spectre autistique. Les partisans de cette approche notent qu’environ un tiers d’enfants autistes perdent la faculté du langage et celle d’interagir socialement dans leur seconde année de vie, une période qui coïncide avec l’introduction de lait de vache et des aliments solides. Cependant, ces événements peuvent être davantage des coïncidences que des causes. L’élimination du lait et/ou du blé peut résulter en une diminution de selles molles. Si ce changement peut réduire l’irritabilité, il ne suppose pas nécessairement une amélioration des symptômes autistiques. Tant que des études appropriées n’auront pas été effectuées, les conclusions voulant que les régimes améliorent la condition autistique ne demeureront que des spéculations.

Quelques familles d’enfants autistes rapportent des symptômes gastro-intestinaux qui, en plus des selles molles, comprennent la sélectivité de la nourriture et l’intolérance comportementale à une variété d’aliments. Plusieurs chercheurs affirment que l’augmentation des niveaux de peptides urinaires chez les enfants autistes serait reliée à la présence de composés de type opioïde, comme ceux retrouvés dans les produits laitiers et ceux contenant du gluten. Ces niveaux de peptides pourraient diminuer avec la diète16 17. D’autres chercheurs, qui ont utilisé une méthode différente, n’ont cependant trouvé aucune augmentation du taux de peptides urinaires18. Cette série d’observations demandera à être corroborée par des études ultérieures.

Au cours de telles études, l’interprétation des données dépend des critères utilisés lors du choix des sujets. Il importe également de bien contrôler les autres régimes suivis ainsi que les autres suppléments et médicaments absorbés par les sujets. Les instruments de mesure des résultats doivent par ailleurs être soigneusement sélectionnés. En Norvège, l’étude d’une série de cas cliniques a comparé des enfants diagnostiqués autistes ou avec d’autres troubles psychiatriques, tous traités avec une diète, avec d’autres enfants atteints de troubles similaires qui ne peuvent suivre ces régimes. Au cours de cette étude, les chercheurs ont utilisé des échelles subjectives de cotation comportementale et des mesures objectives afin de déterminer la réponse de chaque enfant à un régime particulier pendant une période d’un an. Les variables confondues sont notamment un groupe de sujets hétérogène et mal défini, les effets dans le temps de la maturation personnelle et des interventions éducatives et les traitements médicaux en cours chez ces personnes. Les auteurs de l’étude rapportent cependant certains effets positifs de ces régimes.

Très peu d’enfants atteints de TSA ont été identifiés comme porteurs d’anticorps anti-endomysiales ou anti-réticulaires, ou encore, après biopsie, comme atteints de la maladie coeliaque. Puisque la signification clinique des anomalies dans les peptides urinaires attribuables aux métabolites de la caséine et du gluten est inconnue, les tests urinaires de routine ne sont pas recommandés. On a découvert lors d’une colonoscopie qu’un sous-ensemble d’enfants souffrant d’autisme et de diarrhée étaient également atteints d’une hyperplasie iléonodulaire19. Le lien entre cette découverte et l’hypothèse sous-jacente au régime sans gluten et sans caséine demeure nébuleux.

Le fondement scientifique d’une diète sans lait et sans blé comme traitement des troubles du spectre autistique est actuellement peu solide. Les enfants traités de cette façon demandent bien sûr une surveillance médicale attentive. La consommation de calcium et de protéines de même que les niveaux de fer demandent aussi à être surveillés de très près. L’enfant qui suit une diète restrictive s’expose à des risques élevés de rachitisme et des suppléments de calcium et de vitamine D s’imposent alors. Un pédiatre-nutritionniste certifié peut aider l’enfant à combler ses besoins nutritifs, même si celui-ci suit une diète restreinte en gluten et en caséine. Les aliments sans gluten et sans caséine sont disponibles dans les magasins d’aliments naturels. Ils peuvent être commandés par la poste. Leur coût est cependant plus élevé que celui de la nourriture qui compose les régimes conventionnels. Bien que les études sur le lien entre les régimes et le comportements soient difficiles à conduite, des recherches approfondies dans ce domaine seront nécessaires.

Usage alternatif d’agents biologiques

Les agents biologiques utilisés pour traiter les enfants avec le TSA incluent notamment les traitements contre la probable prolifération de levures, la sécrétine et la famotidine.

La thérapie anti-levures

Cette thérapie repose sur l’hypothèse que les enfants atteints de TSA souffrent d’une prolifération de levures dans leurs intestins en raison soit d’une immunodéficience ou d’un usage antécédent excessif d’antibiotiques. Ceux qui préconisent les thérapies anti-levures croient que ces facteurs de risques peuvent causer le syndrome de l’intestin poreux décrit plus haut, ou que les levures elles-mêmes peuvent être des toxines. Ces affirmations ont comme point de départ la description du cas de deux garçons qui avaient un taux d’acide organique anormal dans l’urine, et qui avaient perdu la faculté du langage. Les deux garçons présentaient des traits autistiques ainsi que des faiblesses physiques et une cétonémie20. Les auteurs de ce rapport concluent que les composés retrouvés dans leurs urines devaient être d’origine fongique.

Selon la thérapie choisie, le traitement de la prolifération de levures par des suppléments diététiques ou par une médication pourrait impliquer plusieurs types d’effets secondaires (Tableau 5). Certains observateurs interprètent la diarrhée qui suit l’administration d’une médication antifongique comme une réaction à la mort massive des levures. Il n’existe pas d’études révisées par des comités de pairs pour contrôler ce type de traitement.

Les partisans des thérapies anti-levures soutiennent qu’un contrôle des taux d’acides organiques dans l’urine ainsi que des cultures bactériologiques sur des échantillons de selles sont nécessaires afin de bien documenter l’éradication d’une prolifération excessive de Candida. Cependant, en raison d’un manque de données, la signification clinique du niveau de ces composantes, qu’il y ait traitement antifongique ou non, n’est pas claire. La mesure du niveau d’acides organiques dans l’urine est également appropriée lors de la première évaluation étiologique d’un enfant présentant un trouble du développement ou du comportement. Aucune croissance excessive de Candida ou de bactéries intestinales pathologiques n’ont été identifiée chez un groupe d’enfants atteints de TSA et ayant subi une endoscopie. Chez douze de ces patients, un niveau anormal d’acides organiques dans l’urine suggérait une prolifération fongique excessive21.

La sécrétine

Hormone pancréatique agissant sur la digestion, la sécrétine fut proposée récemment comme un « médicament » possible contre l’autisme. Un rapport présenté en octobre 1998 décrivait un enfant de trois ans dont les symptômes gastro-intestinaux et les problèmes de langage et de comportement se sont améliorés après avoir reçu de la sécrétine porcine lors d’une endoscopie gastro-intestinale. La couverture médiatique qui a suivi cette annonce a déclenché une frénésie de demandes pour ce traitement encore non éprouvé. À l’époque, la seule information publiée sur le sujet était ce rapport de cas de trois enfants22. Le cerveau contient des récepteurs de sécrétine et des injections de doses élevées de cette hormone peut avoir une action centrale. Cependant, les études rigoureuses qui ont suivi la vague initiale d’enthousiasme pour la sécrétine n’ont pas confirmé qu’elle puisse améliorer grandement les symptômes de l’autisme. Deux tests à double insu, contrôlés par un placebo, n’ont pas démontré d’effets thérapeutiques de l’hormone. D’autres études sont en cours23 24.

Mis à part les essais cliniques, des milliers d’enfants atteints de TSA ont reçu des injections intraveineuses, endoscopiques ou transdermiques de sécrétine. Les mesures des résultats sont habituellement des estimations des changements faites par les parents selon des normes établis par des questionnaires non standards. Les généralisations sur l’efficacité d’un tel traitement peuvent être difficiles à établir en raison de l’absence d’un dosage standard et de l’hétérogénéité des sujets. En l’absence d’un groupe contrôle ou d’une évaluation à double insu, l’effet potentiel d’un placebo peut également être sous-estimé. Des pratiques sécuritaires doivent tenir compte de la réponse immunologique obtenue suite aux multiples administrations d’une protéine étrangère. Des essais avec de la sécrétine synthétique humaine, qui devrait amener une stimulation immunologique plus faible que les produits porcins, ont déjà été effectués. On ne sait pas si la sécrétine introduite de façon sublinguale ou transcutanée est absorbée systématiquement ou si elle atteint des concentrations qui pourraient être significatives cliniquement. En raison du nombre de demandes pour une thérapie à la sécrétine, celle-ci est devenue une des interventions pharmacologiques les plus envisagées pour les enfants atteints d’un trouble du spectre autistique. Bien que 75 unités internationales de sécrétine se vendent autour de 240 $, plusieurs familles déboursent plusieurs fois ce prix pour des infusions intraveineuses.

La famotidine (Pepcid)

La famotidine, un antagoniste du récepteur de l’histamine-2, largement utilisé en clinique pour les symptômes de reflux gastro-oesophagiques et de brûlures d’estomac, a été envisagée comme traitement potentiel pour quelques-uns des symptômes de la schizophrénie. Puisque les récepteurs de l’histamine-2 du cerveau sont apparentés aux comportements exploratoires et à l’activité chez les animaux, l’hypothèse voulant que la famotidine puisse améliorer certains symptômes de l’autisme a été soulevée25. Le traitement des symptômes gastro-intestinaux chez les enfants, avec 1mg/kg/j, a été bien toléré. Les effets secondaires les plus communs de ce médicament, vendu sans ordonnance, sont les maux de tête, les étourdissements, la constipation et la diarrhée. Ici encore, nous n’avons pu trouver d’études révisées par des comités de pairs qui confirment l’efficacité de la famotidine dans le traitement des troubles du spectre autistique.

Les sels alcalins

Les sels alcalins et antiacides sont de plus en plus utilisés pour modifier le pH de l’estomac afin de stimuler la sécrétion naturelle de sécrétine et des autres peptides gastro-intestinaux. La littérature médicale n’a pas de données sur la innocuité ou l’efficacité d’une telle intervention chez les enfants atteints de TSA.

Les thérapies immunologiques

Bien que les enfants présentant un TSA ne souffrent généralement pas d’un dysfonctionnement immunitaire clinique, les chercheurs ont mesurés plusieurs paramètres immunitaires différents comme indices d’une étiologie infectieuse ou auto-immune possible. Les anomalies rapportées étaient notamment un faible taux d’immunoglobuline A ou d’immunoglobuline G, des niveaux anormaux de lymphocytes T et B et une diminution du nombre de cellules tueuses naturelles et d’anticorps à la protéine myéline de base. En se basant sur ces constatations, les observateurs ont proposé une thérapie à l’immunoglobuline intraveineuse (IGIV) et trois séries de cas, présentant des résultats variés, ont été publiées (Tableau 6)26 27 28. À ce jour, la IGIV est considérée comme une thérapie à l’essai pour les enfants autistes puisqu’elle présente certains effets secondaires potentiellement sérieux comme les défaillances rénales, certaines infections rares et des complications neurologiques aiguës.

Les thérapies non biologiques

La thérapie d’intégration auditive est un des nombreux traitements non biologiques appliqués aux enfants atteints de troubles du spectre autistique. L’hyperacousie, ou la sensibilité excessive aux sons, est un symptôme commun de l’autisme. Le but de la thérapie d’intégration auditive est de réduire la sensibilité aux sons par l’écoute systématiques avec des écouteurs de musiques modifiées. Les adeptes de cette thérapies rapportent des améliorations générales du comportements, bien que le mécanisme physiologique ne soit pas clair. Une étude bien conçue utilisant une procédure auditive simulée chez le groupe contrôle n’a pu démontrer les effets de la thérapie, ni à court terme, ni dans l’année suivant le traitement29. Dans une déclaration politique faite en 1998, l’American Academy of Pediatrics s’accorde avec le Clinical Practice Guidelines de l’État de New-York, qui affirme que la littérature actuelle ne contient aucune preuve scientifique crédible pouvant justifier la recommandation de ce traitement30. Dans certaines régions, les coûts de la thérapie d’intégration auditive sont défrayés par le secteur public. Les coûts d’un traitement privé peuvent s’élever jusqu’à 1500 $ pour une session standard de deux semaines de thérapie.

Certaines interventions ont été abandonnées à mesure que des données convaincantes étaient collectées. La communication facilitée, introduite en 1989 pour assister la communication chez les individus présentant des habiletés verbales limitées, est une de celles-ci. Contrairement aux stratégies visant à améliorer la communication où le patient a un accès indépendant à des moyens appropriés, la communication facilitée requiert la présence d’une autre personne, le « facilitateur », afin de guider les mains du patient sur un clavier pour qu’il réponde par écrit à ses questions. Des études démontrent cependant que le « facilitateur » influence fréquemment ce qui est tapé.

Garder l'esprit ouvert

Les familles qui prennent part activement au traitement de leur enfant autiste se tournent souvent vers la médecine alternative complémentaire (MAC) ou vers de nouveaux types d’utilisation des agents pharmaceutiques. Pour être évaluées de façon critique, les recherches entreprises requièrent un échantillon adéquat et une population homogène diagnostiquée de façon appropriée. De telles études demandent par ailleurs l’utilisation de dosages standardisés, de groupes contrôle afin de confronter les facteurs confondants, d’instruments valides de mesure des résultats et finalement de placebos. Ces critères s’appliquent à la fois aux interventions médicales traditionnelles et aux traitements par MAC. Il peut être difficile de généraliser aux pratiques cliniques les études et les séries de cas que nous avons vus ici. Les produits nutritionnels ne sont pas régulés pour leur pureté ou pour leur concentration d’ingrédients actifs par la Food and Drug Administration américaine. Les contenus des produits peuvent donc varier de façon importante. On ne peut néanmoins ignorer les rapports subjectifs des parents qui notent des améliorations chez leurs enfants suite à des traitements divers. L’intervention elle-même peut fonctionner comme l’amélioration rapportée peut résulter de l’effet placebo, d’événements confondants ou coïncidents, de la maturation ou d’autres facteurs. Les thérapies par la médecine alternative complémentaire continueront de gagner en popularité tant que la cause et des traitements spécifiques aux troubles du spectre autistique n’auront pas été identifiés. En attendant, les pédiatres devraient continuer à travailler en étroite collaboration avec les familles, garder l’esprit ouvert face aux nouveaux traitements et bien examiner leur sûreté et leur efficacité. 


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Le Dr Susan Hyman est assistant-professeur de pédiatrie à l’École de Médecine de l’Université de Rochester, Rochester, État de New York.

Le Dr Susan Levy est professeur-associé de pédiatrie à la Children’s Seashore House of the Children’s Hospital of Philadelphia, Université de Pennsylvanie, Philadelphie, Pennsylvanie.


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