L'oxygénothérapie hyperbare

Une conférence du Dr Pierre Marois, psysiatre.
Par Joanne Larose et Lucille Bargiel - L'Express, printemps 2000, vol. XVI, no. 1, pp. 29-32.

  1. Qu'est-ce que l'oxygénothérapie hyperbare ?
  2. Présentation sur l'oxygénothérapie (chambre hyperbare)
  3. Généralités
  4. Historique de la thérapie et quelques indications thérapeutiques
  5. Initiative québécoise
  6. Protocole de la recherche en cours
  7. Hypothèse sur le mode d'action du traitement
  8. Élargissement de la thérapie à d'autres clientèles
  9. Thérapie hyperbare et acides aminés
  10. Difficultés dans la mise en place de centres de traitement
  11. Une soirée appréciée

Texte d'introduction par Jean-Claude Marion

L'oxygénothérapie hyperbare a été popularisée récemment quand plusieurs parents québécois sont allés faire traiter leurs enfants atteints de paralysie cérébrale et en sont revenus avec beaucoup d'espoir.


Qu'est-ce que l'oxygénothérapie hyperbare ?

C'est un traitement qui permet d'accroître la quantité d'oxygène dans les tissus humains. L'HBOT agirait en favorisant l'oxygénation des cellules et contribuerait à une meilleure vascularisation de tissus cérébraux métaboliquement inactifs mais potentiellement viables, permettant ainsi une reprise fonctionnelle de ces neurones.

Le patient est placé dans un caisson étanche sous une forte pression atmosphérique. À mesure que l'oxygène pur est introduit dans le caisson, le sur-plus de pression permet de sursaturer les tissus en oxygène et par là de «réveiller» les cellules endormies du cerveau. Sous des conditions normales en effet, l'oxygène est uniquement véhiculé dans le corps par les globules rouges (à 98% de leur capacité). Par contre, si l'on augmente la pression, l'oxygène est dissous dans toutes les sécrétions du corps (globules blancs, fluide spinal et cérébral, etc.) et peut même être transporté dans les endroits où la circulation est faible ou bloquée. De cette façon, il peut atteindre tous les tissus endommagés et les revitaliser.

Cette technologie est utilisée en Angleterre depuis de nombreuses années mais elle existe de plus en plus dans de nombreux pays. Elle est appliquée chez de jeunes patients atteints de paralysie cérébrale. On traite également - et cela est reconnu par la médecine traditionnelle - certaines affections cardiaques ou pulmonaires ainsi que l'intoxication par oxyde de carbone, le mal de décompression, des plaies occasionnées par le diabète et des affections bactériennes comme le tétanos et la gangrène gazeuse qui résistent aux antibiotiques mais répondent à l'oxygène.

De plus, des essais aux États-Unis ont permis de découvrir que cette technologie pouvait peut-être améliorer les performances des autistes. Cela est particulièrement vrai pour les enfants dont les symptômes autistiques sont provoqués par des dommages au cerveau (sans doute la majorité des cas). On a traité quelques autistes qui ne communiquaient ni par paroles ni par contacts visuels. Aujourd'hui, certains sont capables de verbaliser et de communiquer par les yeux.

Même si l'on envisage de plus en plus d'utiliser l'oxygène hyperbare pour le traitement de l'autisme, il est encore trop tôt pour qu'on puisse déjà en dégager les bénéfices réels ni d'ailleurs prévoir d'éventuels effets secondaires ou faire d'utiles mises en garde (risque de déclenchement de crises d'épilepsie par exemple).

Nous profitons d'une conférence sur le sujet donnée par le Dr Marois pour connaître l'opinion d'un spécialiste sur cette nouvelle thérapie.

haut de la page


Présentation sur l'oxygénothérapie (chambre hyperbare)

Une conférence du Dr Pierre Marois, psysiatre.
Par Joanne Larose et Lucille Bargiel


Généralités

Dérivée des chambres de décompression utilisées depuis environ trente ans pour les plongeurs victimes d'une pression trop importante en eau profonde, la chambre hyperbare consiste en une pièce dans laquelle on augmente la pression interne jusqu'à l'équivalent de trois à quatre «atmosphères», chaque atmosphère correspondant à la pression exercée sur un organisme humain à chaque trente pieds de profondeur sous l'eau. Lorsqu'on utilise une chambre hyperbare, on augmente la pression atmosphérique comme si on était sous l'eau ainsi que la quantité d'oxygène dans l'air respiré.

Il existe deux types de chambre hyperbare ou caisson :le monoplace et le multiplace. Le monoplace permet l'installation d'une seule personne. L'oxygène est augmenté en même temps que la pression. Le multiplace est un caisson plus large dans lequel plusieurs personnes peuvent entrer. L'air ambiant contient environ 21% d'oxygène et les personnes en thérapie portent des casques contenant jusqu'à 100%d'oxygène. Il existe des caissons de toutes les formes et les prix peuvent osciller entre 30 000 $ (pour des caissons usagés) et le million de dollars.

haut de la page


Historique de la thérapie et quelques indications thérapeutiques

Le Dr Neubauer de Floride semble avoir été un pionnier de l'utilisation des caissons hyperbares pour le traitement des problèmes neurologiques et plus particulièrement pour ceux reliés à la sclérose en plaques. En Angleterre, au début des années 80, plusieurs études portant sur les personnes atteintes de cette maladie ont entraîné l'ouverture d'une centaine de centres où ont été traitées 16 000 personnes.

C'est aussi en Angleterre qu'on a tenté un traitement en chambre hyperbare pour les enfants atteints de paralysie cérébrale (ou d'autres déficits neurologiques). Mis à part les quelques études mentionnées plus haut - ou d'autres trop limitées par le nombre de sujets (Dr Paul Harch, Louisiane) - jamais on n'avait entrepris d'études systématiques pour vérifier l'effet des chambres hyperbares sur ces différentes pathologies.

Par ailleurs, le Dr Marois précise qu'à travers le monde, l'utilisation de la chambre hyperbare aurait eu des effets reconnus dans le traitement de certaines affections telles que, en Allemagne, les acouphènes (bourdonnements dans les oreilles) et en Chine, l'épilepsie chez les adultes (encore au stade de la recherche). Il fait aussi mention d'une étude menée en 1987-1988 par un médecin brésilien auprès de 230 enfants présentant une paralysie cérébrale et chez qui on a constaté une réduction de la spasticité dans 94% des cas. Malheureusement, cette étude ne peut être reconnue par la communauté scientifique en raison de problèmes déontologiques (médecin
propriétaire du centre) et de lacunes observées dans le protocole d'évaluation.

haut de la page


Initiative québécoise

Ici, au Québec, l'engouement pour les chambres hyperbares a fait suite à l'initiative d'une mère qui, après s'être documentée, a décidé d'aller en Angleterre avec ses deux enfants atteints de paralysie cérébrale pour leur permettre d'avoir accès à cette thérapie. Le Dr Marois, contacté par cette mère, a pu observer les enfants avant le traitement et a constaté des progrès notables à leur retour d'Angleterre en 1998. Comme les médias ont fait beaucoup de publicité autour de cet événement, au moins une cinquantaine de familles ont, par la suite, amené leur enfant en Angleterre pour y suivre une thérapie en chambre hyperbare.

Encouragé par ces constations, une équipe de chercheurs s'est formée, ici au Québec, en août 1998 et a décidé de mettre sur pied un groupe expérimental de 25 enfants. Entre août et décembre 1998, cette équipe a réussi à obtenir 180 000 $ pour être en mesure d'actualiser la recherche. Parmi les enfants de ce premier groupe expérimental au Québec, 10 ont reçu le traitement dans une chambre hyperbare disponible à l'Université McGill de Montréal et 15 autres à Rimouski. Chacun de ces enfants a reçu 20 traitements. Selon le Dr Marois, au cours de ce projet-pilote, les enfants ont connu une amélioration pouvant aller jusqu'à 10 à 15%de leur état sur une période de 15 jours. Pour l'ensemble du groupe, l'amélioration moyenne a été de 6% en deux semaines alors que huit mois sont nécessaires dans un traitement conventionnel.

haut de la page


Protocole de la recherche en cours

À la suite de ce projet-pilote, l'équipe de chercheurs québécois a élaboré un protocole de recherche à double insu (recherche dans laquelle personne ne sait si un enfant donné reçoit un traitement réel ou un placebo) auprès de 110 enfants divisés en deux groupes. Le protocole de recherche a été construit par les Drs Vanasse et Marois; le chercheur principal dans l'actualisation de cette recherche est le Dr Jean-Paul Collet de l'Université McGill.

Le traitement consiste en une quarantaine de sessions d'une durée d'une heure et demie environ pour les deux groupes de 55 enfants (l'un soumis à une augmentation de pression, l'autre pas). Si, à la fin du traitement, on constate que les effets ont été positifs, une poursuite du traitement est envisagée pour une vingtaine d'autres sessions après un arrêt de quelques mois.

Chacun des enfants qui participe à la recherche a été soumis à une batterie de tests avant, au milieu et à la fin du traitement ainsi que trois mois plus tard. Faite sous différents angles, l'évaluation touche plusieurs aspects du développement de l'enfant : la physiothérapie (fonctionnement moteur global, motricité fine, spasticité); l'ergothérapie (ex. l'utilisation des membres supérieurs); l'orthophonie (motricité orale fine reliée aux fonctions du langage) et la neuropsychologie (particulièrement les fonctions cognitives, l'attention/concentration et la perception).

Certaines précautions prises dans cette re-cherche n'ont jamais été mentionnées dans d'autres recherches ailleurs dans le monde. Citons, par exemple, l'examen des oreilles de l'enfant pour y surveiller les effets de l'augmentation de pression avant et après chaque session et leur correction éventuelle par myringotomie (insertion de tubes minuscules dans l'oreille pour permettre un écoulement du liquide accumulé).

Pour entreprendre cette recherche auprès de 110 enfants, il fallait 2 500 000$. Le Ministère de la Santé et des Services sociaux a versé 1 400 000$; des levées de fonds ont permis de trouver le reste. En plus de solliciter l'argent requis par cette étude, les promoteurs ont dû surmonter de nombreux obstacles, entre autres celui de convaincre plusieurs comités d'éthique. Il leur fallait
s'assurer que les 55 enfants recevant un placebo auraient accès à un traitement réel si la recherche s'avérait concluante : ils ont obtenu l'assurance que les coûts en seraient défrayés par le ministère. De plus, si les effets se maintiennent pendant trois mois après le traitement, on semble s'entendre pour que les traitements soient éventuellement rendus disponibles pour les enfants ayant une paralysie cérébrale.

Cinq centres québécois ont participé à cette étude :huit enfants sont traités à l'hôpital Sacré-Coeur de Montréal, huit autres à l'Université McGill, quatre à l'Hôtel-Dieu de Lévis et 26 à l'Institut maritime de Rimouski.

Enfin, un centre privé mis sur pied à Longueuil est actuellement en mesure de traiter 65 enfants par jour. Cette clinique compte trois chambres multiplaces de 12 pieds de longueur, divisées en une salle de soin de 8 pieds, pouvant accueillir quatre enfants et deux adultes (un inhalothérapeute et un parent) et un sas de décompression mesurant quatre pieds. Le premier groupe a terminé son traitement à la fin novembre 1999 et le deuxième le 14 janvier 2000.

On devrait bientôt connaître les résultats préliminaires de cette recherche (qui est une première mondiale pour sa rigueur scientifique) et valider peut-être le traitement par oxygénation en chambre hyperbare pour les enfants atteints de paralysie cérébrale.

Le Dr Marois ne peut rien dire des résultats de la recherche en cours. Cependant, depuis un an, il a pu observer au moins 200 enfants traités. Selon son jugement clinique, les effets du traitement semblent évidents, non seulement sur la motricité et la spasticité, mais aussi sur le langage et l'éveil. Par la suite, ces effets se maintiennent pour ce qui est des acquis fonctionnels (comme apprendre à s'asseoir, à marcher ou commencer à parler). En ce qui concerne la spasticité et le tonus, les effets semblent diminuer avec le temps.

haut de la page


Hypothèse sur le mode d'action du traitement

Pour le chercheur - mais c'est une hypothèse - lorsqu'un enfant présente une lésion cérébrale, certaines cellules de son cerveau sont détruites. Autour d'une cellule ou d'un groupe de cellules détruites, il y aurait une zone où les cellules demeurent endormies ou inactives. Quand il y a surplus d'oxygène, celui-ci circule dans le sang qui irrigue le cerveau et cette irrigation cervicale en oxygène aurait un effet régénérateur ou réparateur sur ces cellules. Cet apport en oxygène pourrait régénérer des vaisseaux sanguins qui transportent l'oxygène nécessaire au bon fonctionnement du cerveau.

Les effets positifs du traitement semblent n'avoir aucun lien avec l'âge de la personne : on a pu observer des changements douze à quinze ans après le début d'une lésion.

Par ailleurs, il semble y avoir peu de causes d'exclusion. Dans le cadre de la recherche, on a exclu les enfants présentant de l'épilepsie, mais cela ne signifie pas que ces enfants ne puissent pas recevoir un tel traitement. Des crises d'épilepsie peuvent parfois être provoquées par le traitement hyperbare, mais on n'en a observé aucune au cours des deux recherches récentes. Parmi les autres causes d'exclusion, le Dr Marois mentionne l'asthme (risque de pneumothorax), le cancer (même si des études démontrent que certaines formes de cancer peuvent être traitées) et le fait de porter des valves (dans le cas d'hydrocéphalie).

Le nombre de traitements requis varie selon les personnes. Certains enfants ne sembleront pas tirer profit de 40 traitements alors que chez d'autres, on constatera des résultats après 20 traitements. On a vu des enfants réagir après aussi peu que quatre traitements. Cependant, en moyenne, on envisage de 80 à 100 traitements.

haut de la page


Élargissement de la thérapie à d'autres clientèles

À la question d'un parent sur la possibilité d'élargir le traitement à d'autres clientèles, le Dr Marois répond qu'il voit mal comment on pourrait ne pas offrir le traitement à des enfants présentant, par exemple, une déficience intellectuelle ou de l'autisme. Étant donné les coûts du traitement (125 $/heure, sans compter tout le travail d'évaluation), il se demande cependant si le ministère accepterait de payer le traitement. Cela impliquerait alors des milliers d'enfants et bien sûr, de coûts encore plus importants. Il mentionne toutefois qu'aux États-Unis, des études sont en cours sur des enfants autistes et on constate que la thérapie provoque une réduction de l'hyperactivité ou même de l'agressivité.

haut de la page


Thérapie hyperbare et acides aminés

À la question de savoir si, au Québec, la thérapie pourrait être combinée avec un traitement aux acides aminés comme cela se fait dans certaines cliniques d'Angleterre, le chercheur répond qu'il est très difficile d'obtenir des informations sérieuses sur ce traitement. Selon lui, certains enfants ont connu des graves complications à la suite de ce traitement. On ne l'envisage donc pas pour l'instant car d'autres investigations sont nécessaires.

haut de la page


Difficultés dans la mise en place de centres de traitement

Au Québec, personne ne peut ouvrir un centre de traitement en chambre hyperbare s'il n'est pas médecin. Or, les médecins qui le font actuellement sont susceptibles de perdre leur permis puisqu'il ne s'agit pas d'une pratique reconnue par le Collège des médecins. Ce paradoxe explique pourquoi la mise en place de centres est un peu plus complexe au Québec qu'ailleurs au Canada et que dans la plupart des pays du monde.

haut de la page


Une soirée appréciée

Les parents présents étaient heureux de pouvoir rencontrer un médecin sensible à leurs préoccupations .La rapidité et l'enthousiasme qui ont présidé à la mise en place du projet-pilote, à son financement, à l'ouverture d'un centre à Longueuil et à l'élaboration d'un protocole expérimental sérieux leur donnent espoir que leurs enfants puissent un jour profiter de ce traitement. Sans doute faudra-t-il se rappeler que des pressions seront nécessaires auprès des autorités concernées quand viendra le temps de faire valoir ce traitement pour des enfants autistes. D'ici-là, le Dr Marois a déjà accepté l'invitation de revenir présenter les résultats de la recherche lors d'une prochaine soirée d'information.



* Conférence présentée à l'Association de parents de l'enfance en difficulté de la Rive-Sud de Montréal (APEDRSM) le 24 novembre 1999.

Un compte rendu rédigé par Joanne Larose, conseillère aux programmes pour la clientèle autiste aux centres Butters-Savoy et Horizon et Lucille Bargiel, chargée de dossiers à l'APEDRSM, résumé par J.-C. Marion.

haut de la page


Ce site a été réalisé en collaboration avec Communautique