Article de Charles Robitaille, Ph. D., Psychologue
Écrire un article qui parle de l'usage du Ritalin et des autres psychostimulants utilisés avec les jeunes hyperactifs n'est pas une tâche facile. Tellement d'opinions contradictoires ont déjà été exprimées dans différents médias qu'il est difficile de passer outre une certaine réticence populaire par rapport à l'usage de ces médicaments.
Nous voudrions, ici, faire le point sur l'utilisation des psychostimulants en nous basant sur une série de recherches. Cet article ne vise donc pas à faire la défense ou la promotion de l'utilisation de psychostimulants auprès des jeunes identifiés comme hyperactifs. Nous croyons qu'une meilleure connaissance de certains faits vous rendra plus apte à faire vous-même ce choix.
À leur arrivée à notre école, beaucoup de parents nous interrogent sur nos positions quant à l'usage de ces drogues et nous indiquent qu'ils souhaiteraient que leur jeune cesse d'en faire usage.
Dans plusieurs cas nous sommes témoins de l'efficacité de ces médicaments. D'autre part, nous devons aussi admettre qu'à l'occasion, ces médicaments sont prescrits sans suivi sérieux et surtout, sans que ce traitement ne soit intégré à un plan d'intervention pouvant réellement favoriser des changements de comportement à long terme.
Eh bien oui! La majorité des médicaments prescrits pour aider les enfants hyperactifs ou ayant des problèmes d'attention sont des psychostimulants. Si nous, adultes, prenions ces médicaments, ils auraient les mêmes effets que plusieurs cafés très forts, mais l'effet durerait beaucoup plus longtemps. Alors comment ces médicaments aident-ils les enfants à se calmer et à être plus attentifs ? La vérité, c'est qu'on ne le sait pas exactement. On sait que l'effet premier de ces drogues est de stimuler la production de deux neurotransmetteurs (dopamine et noradrénaline), des substances chimiques qui rendent possible le passage d'un message d'une cellule nerveuse à une autre. Mais pourquoi l'augmentation de la production de ces substances affecte-t-elle différemment les hyperactifs ? On ne le sait pas vraiment. Certaines hypothèses ont été avancées, mais à ce jour personne n'a pu donner une explication complète du phénomène.
Ce que l'on sait, c'est qu'un médicament comme le Ritalin a des effets positifs sur l'agitation ou l'attention chez 70% à 75% des jeunes hyperactifs à qui il est prescrit. Encore une fois faut-il que le jeune soit véritablement hyperactif ou qu'il présente de réels troubles de l'attention.
Le tableau 1 (tiré d'une étude américaine) illustre comment les effets du médicament (Ritalin) s'échelonnent à partir du moment où le jeune le prend. On constate d'abord une baisse importante au niveau de l'agitation environ une heure après la prise du médicament. À ce niveau, l'effet maximal se produit environ 90 minutes après la consommation pour diminuer grandement après 2 heures 30.
Les effets optimaux au niveau de l'attention sont plus lents à se produire. C'est seulement une heure trente après la prise du médicament que les effets se font réellement sentir. Ils durent aussi plus longtemps, soit jusqu'à environ quatre heures après la prise du médicament.
Naturellement, il s'agit là de données générales, mais pour lesquelles on peut observer beaucoup de différences individuelles. Quoi qu'il en soit, certaines stratégies quant au moment le plus approprié pour prendre la médication, par rapport à l'heure des périodes d'études et de devoirs, ou de la tenue de certaines activités, peuvent facilement être développées par chacun.
La posologie utilisée aura aussi des répercussions importantes sur l'efficacité du médicament. Une dose trop faible n'aura pas les effets recherchés alors qu'une dose trop forte pourrait engendrer des effets secondaires indésirables. À ce niveau, il est intéressant de savoir que votre médecin, bien qu'il se base sur certains critères dont la masse corporelle, procède dans bien des cas par approximations successives, pour ajuster la prescription. Il se base alors sur vos observations, ainsi qu'à l'occasion, sur celles des enseignants du jeune. Il ne faut donc pas se gêner pour discuter de cette question avec le médecin.
Je parlais plus haut des effets secondaires. Quels sont-ils ? Bien que plusieurs études indiquent que la majorité des jeunes n'en présentent pas, mon expérience m'a appris qu'ils sont tout de même assez fréquents. L'effet secondaire le plus souvent rencontré est une perte d'appétit. Des maux de tête et de coeur ainsi que de l'insomnie sont aussi assez répandus. Dans plusieurs cas, les effets secondaires cessent après quatre ou cinq semaines de traitement. Il faudra aussi être très attentif à l'apparition de tics. Dans la majorité des cas, si ces effets secondaires persistent, il faudra envisager une diminution de la dose donnée ou l'essai d'un autre médicament du même type, voire l'arrêt complet de la médication.
Certains reportages ont mis en évidence les cas de jeunes devenus complètement amorphes suite à l'usage de ce médicament. Je n'ai cependant jamais vu d'études sérieuses faisant état de ce phénomène. Si de tels cas m'étaient présentés, je m'interrogerais d'abord sur la nécessité d'ajustement de la posologie, mais aussi sur la pertinence de continuer ce traitement. Il faut se rappeler que près de 30% des jeunes hyperactifs ne réagissent pas positivement à ce médicament.
Très peu d'effets à long terme sont documentés. Une légère perte de croissance a été rapportée dans des cas d'usage prolongé du traitement (7 à 8 ans d'usage sans interruption). Plusieurs recherches récentes indiquent qu'il n'y aurait pas de différence entre les jeunes hyperactifs (à l'adolescence ou à l'âge adulte) médicamentés ou non, en ce qui concerne la toxicomanie, l'alcoolisme, les accidents d'automobiles ou les mésadaptations sociales.
Malgré toutes ces belles données scientifiques, une certaine prudence s'impose quand il est question de soumettre un jeune à un traitement pharmacologique régulier. Ainsi, bien que le médicament nous semble assez efficace et sécuritaire, on ne devrait y faire appel qu'après avoir tenté sans succès plusieurs autres types d'intervention. Ainsi, la médication devrait être parmi les derniers moyens envisagés. De plus, son usage devrait de plus toujours se faire à l'intérieur d'un plan d'intervention incluant différents moyens visant à favoriser une prise en charge par le jeune de sa situation. La médication peut faire diminuer certains comportements, mais il faudra aider le jeune à développer des conduites plus appropriées afin de pouvoir un jour envisager le retrait du médicament.
Dans cette optique, la tendance actuelle est de prescrire la médication pour un usage de sept jours par semaine et de prévoir des arrêts prolongés aux vacances d'hiver et d'été. Il s'agit bien d'une tendance et plusieurs continuent à prendre ce médicament cinq jours par semaine. Quelle que soit la routine de consommation, il semble opportun de remettre en question tous les six mois la posologie et l'utilisation même du médicament.
Si vous jugez que votre jeune n'a plus besoin de sa médication, la pire chose à faire est de cesser de lui en donner sans en informer l'école ou son médecin. Une autre très mauvaise approche serait de tenter de couper la posologie de moitié en ne donnant au jeune que sa dose du matin. (Comme nous l'avons vu plus haut, une telle pratique a pour conséquence que le jeune aurait l'effet complet du médicament le matin et aucun effet l'après-midi). Alors que faire ? Consultez le professeur et le psychologue de votre école, et, avec l'accord de votre médecin, tentez de diminuer la dose en diminuant la posologie pour les deux prises de médicament. (Par exemple, une demi-dose le matin et une demi-dose le midi).
À l'école St-François, nous ne sommes ni en faveur ni en désaccord avec l'usage de médication. Nous constatons simplement que, pour certains élèves, il s'agit là d'un moyen pour éviter des catastrophes ou des échecs qui pourraient avoir des conséquences graves sur le cheminement scolaire et personnel de certains jeunes.
Nous croyons aussi fortement que l'usage de ces médicaments ne peut suffire à lui seul à régler les problèmes rencontrés par certains jeunes. Nous tentons donc de tout mettre en place pour les aider à développer les habiletés qui leur permettront, un jour, de se passer de cette médication.
Pour certains, c'est assez rapide, alors que pour d'autres, il faut être plus patient, mais il est certain que l'implication des parents est primordiale.
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