La vitamine B6 et le magnésium dans le traitement de l'autisme

Article de Bernard Rimland, Ph. D. – Paru dans Autism Research Review International (ARRI), vol. 1, no 4, p. 3, 1987
Traduction révisée le 2 novembre 2011 par Marie-Claude Laforest

Chacune des 18 études qui, à ma connaissance, a permis d'évaluer la vitamine B6 en tant que traitement destiné aux enfants autistes a fourni des résultats positifs. Il s'agit d'une performance plutôt remarquable, puisque les nombreux médicaments ayant fait l'objet d'une évaluation dans le traitement de l'autisme ont produit des résultats très contradictoires. En fait, lorsque près de la moitié des études d'évaluation d'un médicament révèlent des résultats positifs, on le considère comme une réussite et on préconise son emploi auprès des patients autistes. Cependant, très peu de praticiens recourent à la vitamine B6 ou recommandent son emploi dans le traitement de l'autisme, malgré que la recherche sur le sujet engendre des résultats remarquablement constants, et malgré que cette vitamine soit infiniment plus sûre que tout autre médicament administré aux enfants autistes. 

La recherche sur l'emploi de la vitamine B6 auprès des enfants autistes a débuté au cours des années 1960. En 1966, deux neurologues britanniques, A. F. Heeley et G. E. Roberts, ont constaté une excrétion anormale de métabolites urinaires chez 11 enfants autistes sur 19, après l'administration de doses massives de tryptophane à titre d'essai. Par contre, le fait d'administrer un seul comprimé de 30 mg de vitamine B6 à ces enfants a normalisé leur urine; toutefois, aucune étude du comportement n'a eu lieu. En 1968, le chercheur allemand V. E. Bonisch a révélé une amélioration considérable du comportement de 12 enfants autistes sur 16, après l'administration de doses élevées de vitamine B6 (de 100 mg à 600 mg par jour). Trois des sujets de Bonisch ont parlé pour la première fois, après avoir reçu de la vitamine B6 dans le cadre de cet essai clinique ouvert. 

À la suite de la parution de mon ouvrage intitulé Infantile Autism (« L'autisme infantile »), en 1964, des centaines de lettres de parents d'enfants autistes ont commencé à me parvenir de partout aux États-Unis. Un certain nombre de parents avaient essayé d'administrer le « traitement mégavitaminique », idée nouvelle à cette époque, à leur enfant autiste. En fait, la plupart avaient entrepris d'administrer, à titre expérimental, différentes vitamines à leur enfant autiste après avoir lu des ouvrages populaires sur la nutrition. Au début, je suis demeuré passablement sceptique face aux améliorations remarquables dont certains parents me faisaient part. Toutefois, mon intérêt s'est éveillé à mesure que les preuves s'accumulaient. Un questionnaire envoyé aux 1 000 parents qui figuraient alors à ma liste d'adresses m'a révélé que 57 d'entre eux avaient tenté d'administrer des doses importantes de vitamines à leur enfant autiste. D'ailleurs, bon nombre de ces expériences avaient engendré des résultats positifs. Par la suite, j'ai entrepris une étude de grande envergure sur l'administration, à plus de 200 enfants autistes, de mégadoses de vitamines B6 et C, de niacinamide et d'acide pantothénique en association avec un comprimé multivitaminique spécialement conçu pour ce projet. Les enfants, qui étaient originaires de toutes les régions du Canada et des États-Unis, habitaient avec leurs parents. Chacun d'eux a fait l'objet d'un suivi par son médecin de famille. (Plus de 600 parents s'étaient portés volontaires pour cette étude, mais la plupart d'entre eux n'avaient pas réussi à vaincre le scepticisme de leur médecin.) 

À la fin de cet essai de quatre mois, il est devenu évident qu'entre les quatre vitamines sur lesquelles notre recherche avait porté, la vitamine B6 se révélait la plus importante. Dans certains cas, elle avait engendré des améliorations remarquables. En effet, lorsqu'on leur a administré de la vitamine B6, entre 30 % et 40 % des enfants ont accompli des progrès significatifs. Quelques enfants ont subi des effets secondaires mineurs (irritabilité, sensibilité aux sons et énurésie). Néanmoins, ces effets se sont résorbés rapidement lorsqu'on leur a donné des suppléments de magnésium, qui a d'ailleurs permis de confirmer des bienfaits complémentaires. 

Deux ans plus tard, j'ai amorcé, en compagnie de deux collègues, une seconde étude expérimentale sur l'administration d'un traitement mégavitaminique à des enfants autistes en me concentrant sur la vitamine B6 et le magnésium, cette fois ci. Dans le cadre de cette étude, mes chercheurs associés étaient Enoch Callaway, professeur au centre médical de l'Université de la Californie à San Francisco, et Pierre Dreyfus, professeur au centre médical de l'Université de la Californie à Davis. Réalisé auprès de 16 enfants autistes, cet essai croisé à double insu et contrôlé contre placebo a produit, encore une fois, des résultats statistiquement significatifs. Chez la plupart des enfants, la dose de vitamine B6 se chiffrait entre 300 mg et 500 mg par jour. Afin de préserver ces enfants des déficiences en éléments nutritifs occasionnées par la vitamine B6, nous leur avons administré plusieurs centaines de milligrammes de magnésium par jour, ainsi qu'un comprimé de multivitamines B. (Comme l'ont signalé récemment Schaumburg et ses collègues, les engourdissements et les bourdonnements causés temporairement par des mégadoses de vitamine B6 résulteraient, selon toute probabilité, de déficiences en d'autres nutriments occasionnées par l'absorption d'énormes quantités de cette vitamine seulement – ce qui constitue une bêtise.)
Ces deux études ont révélé la portée remarquablement étendue des bienfaits de la vitamine B6 chez les enfants autistes. En effet, on a constaté une amélioration du contact visuel, une réduction des comportements d'autostimulation, un accroissement de l'intérêt pour le monde environnant, une diminution des accès de colère, ainsi que la progression de la parole. Bien qu'ils n'aient pas accédé à une guérison complète, ces enfants sont devenus plus normaux, en général. 

Les besoins en vitamine B6 varient énormément d'une personne à l'autre. En fait, les enfants chez qui on a constaté une amélioration lors d'un traitement par la vitamine B6 avaient besoin d'un supplément de cette vitamine. Dans de nombreux cas, l'autisme constitue donc un syndrome de dépendance à la vitamine B6. 

Après avoir achevé sa participation à notre étude, le professeur Callaway a fait un séjour en France, où il a persuadé le professeur Gilbert Lelord et ses collègues d'entreprendre d'autres recherches sur l'emploi de la vitamine B6 en association avec le magnésium auprès d'enfants autistes. Même s'ils se montraient sceptiques face à l'influence d'une substance aussi inoffensive qu'une vitamine sur un trouble aussi profond que l'autisme, les chercheurs français sont devenus partisans de cette démarche après avoir entrepris, à contrecœur, leur première expérience auprès de 44 enfants hospitalisés. Depuis lors, ils ont publié six études d'évaluation sur l'emploi de la vitamine B6, avec ou sans supplément de magnésium, auprès d'enfants et d'adultes autistes. Leurs études portaient habituellement sur l'emploi d'un gramme de vitamine B6 et d'un demi gramme de magnésium par jour, au plus.
Non seulement Lelord et ses collègues ont ils mesuré le comportement d'enfants autistes, mais également leur excrétion d'acide homovanillique (AHV) et d'autres métabolites urinaires. De plus, ces chercheurs ont mené plusieurs études au cours desquelles ils ont analysé les effets de la vitamine B6 et (ou) du magnésium sur l'activité électrique cérébrale de ces sujets. Toutes ces études ont produit des résultats positifs. 

Récemment, Lelord et ses collègues ont compilé les résultats de leur recherche auprès de 91 sujets : ainsi, 14 % d'entre eux ont réalisé des progrès marqués, 33 % de ces sujets ont vu leur état s'améliorer, 42 % d'entre eux n'ont fait aucun progrès et 11 % de ces sujets ont vu leur état s'aggraver. Les chercheurs ont fait remarquer que « dans le cadre de toutes nos études... nous n'avons constaté aucun effet secondaire... ». Vraisemblablement, aucun effet secondaire physique n'a été observé. 

Plusieurs études accomplies récemment par deux groupes de chercheurs américains, soit Thomas Gualtieri et ses collègues, de l'Université de la Caroline du Nord, ainsi que George Ellman et ses collègues, de l'Hôpital d'État de Sonoma en Californie, ont également révélé des résultats positifs chez des sujets autistes. 

Bien qu'aucun patient n'ait guéri grâce au traitement par la vitamine B6 et le magnésium, il existe de nombreux exemples de progrès remarquables. Dans un cas particulier, un patient autiste âgé de 18 ans était sur le point de se faire expulser du troisième hôpital psychiatrique de sa ville. Des quantités massives de médicaments n'avaient même aucun effet sur lui; de plus, on l'estimait trop violent et belliqueux pour le garder en milieu hospitalier. En dernier recours, sa psychiatre a essayé la démarche thérapeutique reposant sur la vitamine B6 en association avec le magnésium. Le jeune homme s'est alors calmé très rapidement. Lors d'une réunion, la psychiatre a fait le compte rendu d'une visite récente à la famille du patient. Elle y avait retrouvé le jeune homme, qui s'était transformé depuis en personne autiste aimable et facile à vivre, et avait chanté pour elle en s'accompagnant à la guitare. 

Autre exemple : une mère en panique m'a téléphoné pour me demander des renseignements sur les ateliers supervisés de sa ville. En fait, on était sur le point de renvoyer son fils de 25 ans pour comportement intraitable. Je ne connaissais aucun autre établissement où placer son fils. Toutefois, j'ai suggéré à cette mère d'essayer Super Nu-Thera, supplément renfermant de la vitamine B6, du magnésium et d'autres nutriments. En quelques semaines à peine, elle m'a rappelé pour m'annoncer, sur un ton animé, que son fils se débrouillait très bien désormais. De plus, son salaire à la pièce avait augmenté de façon spectaculaire, pour passer du minimum de 1,50 $ à 25,00 $ par semaine. 

En raison de la constance des résultats, qui démontrent l'innocuité et l'efficacité de la vitamine B6 et du magnésium dans le traitement des personnes autistes, et en raison de l'inévitabilité des effets secondaires à court et (ou) à long terme causés par l'emploi des médicaments, il me paraît assurément recommandé d'essayer cette démarche sûre et rationnelle avant de recourir à la médication.


Ce site a été réalisé en collaboration avec Communautique