Synthèse tirée d'une conférence du Dr R.J.Sinaiko, présentée à Orlando, É.-U. en 1998.
Par Jean-Claude Marion - L'Express, printemps 2000, vol. XVI, no. 1, pp. 26-28.
Avertissement : Bien que ce texte ait un caractère technique et soit donc plus difficile d'accès, nous croyons qu'il pourra être utile aux parents en leur faisant comprendre la signification de certains tests mis à leur disposition. Nous espérons qu'il pourra également les aider dans l'interprétation des résultats obtenus.
Les aliments sont des substances que nous ingérons. Ils nous permettent d'assurer le bon fonctionnement de nos systèmes biologiques. Les toxines, quant à elles, sont des produits d'origine naturelle ou synthétique qui interfèrent sur les mécanismes biologiques de notre corps.
La détoxication est un processus qui, tout en faisant partie de notre métabolisme normal, assure la conversion chimique de toxines en produits inoffensifs (ou la neutralisation de leur pouvoir toxique). De façon générale, le terme «détoxication» s'applique aux réactions chimiques qui, dans l'organisme, transforment une substance toxique en une substance non toxique en vue de son excrétion. Pour mieux décrire ce processus, on a suggéré le terme «synthèse protectrice». La plupart de ces réactions se font par oxydation, réduction ou conjugaison et se passent dans le foie, mais le rein et d'autres tissus peuvent aussi y participer.
À cause de sa grande complexité, le cerveau est souvent le premier organe atteint quand les toxines sont trop nombreuses par rapport à notre capacité de les inhiber ou de les traiter efficacement. L'effet de ces toxines peut être léger (perte d'attention) ou plus grave et se manifester par des comportements autistiques.
Les chercheurs ont constaté certaines particularités dans les urines d'enfants autistiques. Ils ont trouvé une plus grande concentration de protéines provenant du lait et du blé incomplètement digérés de même que différents acides organiques produits par des micro-organismes de la paroi intestinale. Ils ont également remarqué la présence de quantités anormalement basses de certains produits chimiques venant du métabolisme du corps. Parmi ces produits, qui existent naturellement chez tous les individus mais en quantités différentes, citons le MHPG (3-méthoxy-4-hydroxyphénylglycol) ou ce même produit sous sa forme sulfate ou glycuronide.
Composés phénoliques
Des produits ingérés ou synthétisés par le corps (ou encore produits par des micro-organismes de l'intestin) contiennent un noyau benzénique qui, quand un ou des groupes OH (oxygène, hydrogène) se lient à lui, devient alors composé phénolique. Ces composés ont des effets toxiques sur le cerveau, mais dans les conditions normales, certains enzymes interviennent pour empêcher leur accumulation.
Précisons que les enzymes sont des catalyseurs (accélérateurs) biologiques qui, lorsqu'ils sont liés à d'autres composés comme des vitamines ou des minéraux, activent une réaction biochimique spécifique.
L'enzyme - ou le groupe d'enzymes - qui permet au corps de se débarrasser de ces phénols nocifs est appelé le phénol sulfotransférase (PST). Il les transforme en sulfates par un procédé de sulfoconjugaison (conjugaison avec l'acide sulfurique).
Or, la Dre R.Waring (Birmingham, Angleterre) a constaté que le PST était déficitaire chez plus de la moitié des enfants autistes qu'elle avait testés. En l'absence d'activité adéquate du PST, le corps accumule des quantités anormales de composés phénoliques qui proviennent soit du régime alimentaire, soit de l'effet de certains micro-organismes dans l'intestin.
Qu'est-ce que le MHPG et pourquoi le mesure-t-on?
Le MHPG ou 3-méthoxy-4-hydroxyphénylglycol est un produit de décomposition de certains neurotransmetteurs (molécules capables de transporter l'information d'un neurone vers un autre) du groupe des catécholamines. L'un de ceux-ci, la norépinéphrine (NE), se décompose en MHPG.
On sait depuis près de trente ans que l'urine des enfants autistiques contient des quantités anormalement basses de MHPG et que pour se débarrasser de ces composés, le corps doit les transformer soit en sulfate, soit en glycuronide de MHPG. En mesurant la quantité de sulfate de MPHG,de glycuronide de MPHG et le total de MHPG (somme de sulfate et de glycuronide) présents dans les urines pendant vingt-quatre heures, on peut trouver deux choses :
Quelques faits intéressants à propos de la norépinéphrine (NE) :
Stimulants, régimes et fonction du cerveau
Théoriquement, le cerveau des enfants avec un taux anormalement bas de NE souffre d'un signal noradrénergique anormalement bas également. Des interférences peuvent survenir par l'introduction de composés phénoliques étrangers. Quand ces faux neurotransmetteurs passent dans les synapses du cerveau, ils noient le vrai signal en utilisant les récepteurs (protéines spécialisées dans la détection). Si le NE manque dans les synapses du cerveau, une fausse neurotransmission intensifiera probablement les problèmes des fonctions noradrénergiques du cerveau telles que l'attention et la vivacité.
Les effets bénéfiques des stimulants viennent probablement du renforcement des signaux noradrénergiques du cerveau. Certains régimes, en éliminant les composés phénoliques, concourent à réduire ces interférences.
Taux de sulfatation (SR) comme mesure de l'activité en PST
La transformation du MHPG en sulfate ou en glycuronide favorise son éloignement du cerveau et son excrétion par les reins. Le taux entre la quantité de sulfate de MHPG et celle de glycuronide est le taux de sulfatation du MHPG. Ce taux mesure l'efficacité avec laquelle l'enzyme PST agit dans le corps. Certaines régions du cerveau semblent manquer de glycuronidation et l'activité insuffisante du PST dans ces régions pourrait permettre l'accumulation de composés phénoliques toxiques.
Prenons le premier segment d'une courbe (correspondant à une cinétique de premier ordre) liant la charge phénolique à la quantité de sulfates de MHPG trouvée dans les urines; si nous augmentons les composés phénoliques, nous constatons que ceux-ci se retrouvent proportionnellement sous forme de sulfates dans les urines. Mais si nous augmentons les composés phénoliques, il arrive un moment où nous constatons une saturation de l'enzyme PST. À ce stade, la sulfoconjugaison n'augmente plus en fonction des besoins. La glycuronidation prend le pas sur la sulfoconjugaison et le taux de sulfatation diminue.
Il y a deux techniques pour mesurer l'activité du PST dans le corps.
1. Le test au Tylénol
Développé par la Dre Rosemary Waring, ce test mesure dans les urines le taux de sulfate d'acétaminophène par rapport au glycuronide de cette même molécule (SR). Ce test demande que l'on administre - quelquefois difficilement - une dose exacte de Tylénol (acétaminophène utilisé comme sonde de composé phénolique) et exige une collecte d'urine dans un temps déterminé.
2. Le test urinaire du MHPG sur une durée de vingt-quatre heures
Ce test mesure le taux de sulfatation du MHPG (SR MHPG). Il donne le total du MHPG contenu dans l'urine collectée pendant vingt-quatre heures et les quantités du même produit sous forme de sulfates et de glycuronides (test disponible auprès de SmithKline Beecham Clinical Laboratories). Son avantage tient à ce qu'il ne nécessite pas l'ingurgitation de substance particulière. Et puisqu'il mesure la totalité de MHPG pendant vingt-quatre heures, il peut donner une évaluation quantitative de la consommation de norépinéphrine (NE) - ce qui, indirectement, peut donner des informations sur la force de la neurotransmission noradrénergique (une basse consommation de NE équivaut à une faible neurotransmission noradrénergique).
En général, les deux tests donnent des résultats comparables. Cependant comme le test au tylenol augmente artificiellement la charge phénolique totale (par la composition chimique du Tylénol), il y a risque de sous-estimation de l'activité du PST dans certaines circonstances puisque le PST est artificiellement saturé.
Dans un prochain article, nous nous proposons d'analyser les différentes possibilités de résultats des tests MHPG et d'en montrer la signification sur la réponse des enfants souffrant de troubles (Feingola) de spectre autistique à certains régimes et médicaments antifongiques.
Ce site a été réalisé en collaboration avec Communautique