Société québécoise de l'autisme
En regard à l'autisme, l'étude des interventions médicales est importante pour différentes raisons. La connaissance des mécanismes d'action des approches efficaces pourrait en effet nous permettre de mieux comprendre la maladie et, dans un avenir indéterminé, nous suggérer de meilleures interventions.
Il est clair qu'il n'existe pas, à l'heure actuelle, de cure miracle pour traiter l'autisme. L'impression générale est que les médicaments possèdent de l'emprise sur certains symptômes mais que leurs actions, sur l'affection comme telle, sont infimes ou inexistantes. Par conséquent, un traitement médicamenteux, aussi adéquat est-il, ne devrait pas être envisagé isolément, ou considéré comme un substitut satisfaisant à des soins ou un apprentissage approprié.
De plus, un avertissement supplémentaire devrait sans doute être fait aux parents d'enfants autistes. Dans certains cas, leurs attentes en matière de traitement peuvent les rendre davantage vulnérables aux publicités optimistes faites sur certains médicaments.
Par ailleurs, à l'instar des autres traitements de l'autisme, les médicaments produisent des effets qui varient considérablement en fonction des individus; à la diversité des caractéristiques biochimiques et fonctionnelles du système nerveux correspond un très large spectre de réponses possibles aux interventions. Les généralisations sont donc à éviter. De surcroît, les autistes présentent un développement anormal qui laisse croire que leurs métabolismes le sont aussi. On devrait alors s'attendre à des effets secondaires parfois inhabituels.
Aussi, la possibilité d'effets secondaires doit toujours être prise en considération. Le corps humain, et surtout le système nerveux central, est si complexe que tout médicament (ou composé chimique actif) s'avère susceptible, potentiellement, d'entraîner certaines réactions imprévues.
Parmi les groupes de médicaments que nous passerons en revue, certains exercent une action connue sur les neurotransmetteurs apparemment les plus impliqués dans l'autisme. Les dysfonctionnements de ces systèmes justifieraient donc l'efficacité potentielle de certains médicaments, qui agiraient alors à titre correctif.
À la base, on doit savoir que le cerveau consiste en des milliards de cellules, les neurones, qui communiquent entre elles par l'intermédiaire de branchements. Ces ponts (les synapses) établissent la communication entre les neurones en utilisant des produits chimiques, les neurotransmetteurs. Parmi les neurotransmetteurs les plus cités, en rapport à l'autisme, figurent la dopamine, la noradrénaline, la sérotonine et le GABA. Il s'agit là de points ciblés par la grande majorité des médicaments utilisés afin d'atténuer certains symptômes autistiques.
Il existe au départ une interférence complexe entre ces composés chimiques et les caractéristiques psychologiques et comportementales. Les composants physiologiques interagissent d'ailleurs entre eux et se régulent réciproquement; de ce fait, ils autorisent ou inhibent les différents comportements.
En raison du très grand nombre de médicaments employés dans l'autisme, une certaine classification s'impose à des fins de présentation. Les catégories suggérées ici possèdent cependant des frontières perméables. Par ailleurs, le tour d'horizon établi ne prétend pas à l'exhaustivité.
Soulignons également que les différents groupes de médicaments sont employés pour atténuer certains symptômes ciblés, et non pas l'autisme dans son ensemble.
Les neuroleptiques qui agissent sur le système dopaminergique, tels que le Largactil et le Melleril, font parfois l'objet de controverses en raison de leur effet sédatif chez les autistes. Ils peuvent cependant diminuer les symptômes d'instabilité, d'agitation et d'agressivité.
Certains neuroleptiques atypiques comme l'halopéridol (Haldol) ont davantage été étudiés et semblent fonctionner différemment. Lorsqu'ils sont pris à faibles doses, ils accroissent la transmission dopaminergique, avec des résultats qui peuvent être bénéfiques sur l'hyperactivité, les colères, les rituels stéréotypés et les troubles d'apprentissage. À doses élevées, néanmoins, l'halopéridol entraîne également des effets sédatifs chez la personne traitée.
Il existe encore un grand nombre d'autres médicaments (par exemple, le Parlodel, ou bromocriptine) reconnus pour leur stimulation des récepteurs dopaminergiques. Bien que l'efficacité du Parlodel auprès des autistes reste à démontrer, il semble que des doses relativement élevées puissent susciter auprès de certaines des réactions positives sur les plans de la communication, des bizarreries, de la motricité et de l'attention.
Parmi les médicaments fréquemment administrés pour traiter le symptôme d'hyperactivité, on se doit de mentionner ici le Ritalin. Ce dernier soulève cependant de nombreuses interrogations en regard de ses effets secondaires. Par ailleurs, ses modes d'action réels sur le système dopaminergique sont actuellement remis en question par des chercheurs.
Selon plusieurs spécialistes, 35 à 40 % des autistes présenteraient des niveaux élevés de sérotonine. Cette théorie a conduit les scientifiques à se concentrer sur ce système comme tel.
On retrouve la sérotonine dans un grand nombre de voies métaboliques à l'intérieur du système nerveux central. En ce qui concerne le traitement de l'autisme, un de ses principaux intérêts réside dans le rôle qu'elle joue dans les comportements agressifs; la bonne transmission sérotoninergique exercerait effectivement un contrôle en la matière.
Parmi les noms les plus cités, la fenfluramine (ou Ponderal) apparaît régulièrement. Bien qu'elle soit connue pour son efficacité à réduire le niveau de sérotonine, de nouvelles études seront toutefois nécessaires pour confirmer ses résultats qui, jusqu'à présent, ne sont pas probants. Il semble en effet que le Ponderal entraîne une extrême variabilité des réponses individuelles. Les doses optimales semblent également relatives à la sensibilité personnelle du sujet.
D'autre part, lorsque des résultats ont été obtenus par la fenfluramine, ils ont consisté principalement en une réduction des comportements agressifs et répétitifs, ainsi qu'en une amélioration du langage et de la sociabilité. Du côté des réactions indésirables, la documentation dénote un effet anorexigène temporaire et, parfois, des étourdissements, des nausées, etc. Comme il s'agit d'une amphétamine, il est également plausible qu'elle puisse avoir des effets nocifs à plus ou moins longue échéance.
Par son influence sur le système sérotoninergique, la clomipramine (Anafranil) possède, quant à elle, des propriétés anti-dépressives. Elle peut aussi réduire les obsessions et les stéréotypies de façon significative. Cependant, une certaine prudence s'impose à son égard en raison de ses nombreux effets secondaires.
À divers degrés, beaucoup d'antidépresseurs agissent aussi sur les niveaux de sérotonine. L'efficacité de ce groupe de médicaments est toutefois très variable. L'imipramine (Tofranil), par exemple, est d'une grande utilité pour certains individus, mais n'engendre que des effets négatifs (dépression et mauvaise humeur) chez d'autres. La plupart du temps, l'imipramine pourrait sans doute être avantageusement remplacée par le nefazodone, qui occasionne moins d'effets secondaires.
D'autres antidépresseurs tels que la fluoxetine (Prozac) et la fluvoxamine (Floxyfral) produisent des réponses d'une grande disparité selon les individus et les doses employées : dans certains cas, ils réduisent efficacement les symptômes d'agressivité et de dépression, mais chez d'autres personnes, ils semblent les exacerber. Notons au passage que le phénomène d'amplification est plus susceptible de se produire chez les enfants, car le système sérotoninergique se modifie considérablement en fonction de l'âge.
L'utilisation des "anti-opiacés" comme le Naltrexone paraît utile dans un grand nombre de situations. Il semble que cette substance puisse donner suite à des effets positifs sur la sociabilité, l'intérêt pour l'environnement, les troubles de l'attention ainsi que les comportements automutilatoires. Les résultats d'une étude conduite récemment suggèrent d'ailleurs que le Naltrexone, accompagné d'une approche éducative adéquate, réduirait substantiellement ce type de comportement agressif.
À l'image de beaucoup d'autres composés chimiques, l'efficacité du Naltrexone varie avec la concentration employée. L'étude de l'efficacité du produit dans le contrôle des automutilations a permis de découvrir à quel point la dose utilisée est critique : dans le cas du Naltrexone, des quantités plus élevées s'avèrent moins efficaces que des doses plus basses précisément calculées, car celles-ci tempèrent les fluctuations de la concentration du médicament dans l'organisme.
Les Benzodiazépines, famille à laquelle appartient notamment le Valium, agissent principalement par stimulation de systèmes (de type GABA). Ces derniers ont normalement tendance à inhiber les transmissions faites par les autres systèmes.
Dans le cas de l'autisme, parce qu'il existe déjà un ralentissement dans ces transmissions, le Valium et les composés du même ordre risquent de renforcer cette tendance au lieu de la corriger.
Ainsi, bien que de telles substances soient connues pour réduire efficacement l'anxiété, on se doit de n'y recourir qu'avec une extrême prudence.
Traditionnellement employés dans le traitement des maladies cardiaques, ces médicaments (Inderal, Lopressor, etc.) sont quelquefois utilisés dans le traitement de l'autisme, principalement comme antistress et réducteurs des comportements agressifs. À la lueur des connaissances actuelles, leurs résultats semblent acceptables et induiraient même des progrès sur le plan de la concentration.
Les amphétamines entrant dans cette catégorie (telle la Dexédrine, par exemple) sont employées pour contrôler l'hyperactivité et les troubles d'attention.
Toutefois, à des fins de traitement, des précautions doivent absolument être prises en raison des effets secondaires relatifs aux bêtabloquants. Parmi ces phénomènes indésirables, on retrouve des nausées, des diarrhées, de la fièvre, des difficultés respiratoires, de la fatigue, etc.
Le lithium, utilisé au départ pour traiter la schizophrénie, engendre des résultats intéressants chez certains autistes. Bien qu'il soit souvent sans effets, on lui attribue des vertus potentielles en ce qui a trait aux comportements agressifs, à l'hyperactivité et aux attitudes stéréotypées. De même, dans certains cas, il pourrait adoucir et stabiliser l'humeur.
D'autre part, les doses doivent être étudiées soigneusement car les effets du lithium varient apparemment beaucoup d'un individu à l'autre. Plusieurs spécialistes ne le recommandent aux autistes qu'à l'occasion d'épisodes aigus d'agitation, et d'autres le préconiseront surtout pour atténuer leurs troubles de comportements à l'adolescence.
Le Risperdal, neuroleptique, agit à la fois sur les systèmes sérotoninergiques et dopaminergiques.
Utilisé auprès des autistes, ce produit relativement récent peut réduire les comportements répétitifs ou automutilatoires, l'irritabilité et la dépression. En fonction des connaissances actuelles, le Risperdal paraît aussi plus sûr que les neuroleptiques traditionnels comme l'halopéridol. Il existe tout de même certains effets secondaires reliés à son usage ; en général, ces derniers s'avèrent néanmoins modérés et se manifestent, notamment, par de l'agitation et une transpiration excessive.
Par ailleurs, à quelques reprises, des phénomènes plus graves ont été reliés au Risperdal : on relate entre autres l'émergence d'anomalies cardiaques et de problèmes au foie.
Parce que plusieurs autistes subissent des crises d'épilepsie, les anticonvulsifs (Frisium, Dilantin, etc.) font couramment partie de leur médication.
Parmi ce type de médicament, le Tegretol attire l'attention en raison de ses effets parallèles. Outre ses propriétés anticonvulsives, il semble en effet qu'il adoucisse et stabilise l'humeur.
Bien qu'il existe certaines réactions indésirables (troubles gastro-intestinaux, somnolence, réactions cutanées, etc.) reliées à la prise de Tegretol, ils surviennent souvent au début du traitement et s'expliqueraient généralement par des doses trop élevées. Toutefois, des réactions plus graves sont possibles, ce qui rend la surveillance clinique plus que souhaitable.
Ainsi qu'on a pu le constater, différents types de médicaments sont employés pour atténuer quelques-uns des symptômes propres à l'autisme. Il existe par contre beaucoup d'autres formes de traitements, telles que, par exemple, les antifongiques employés lorsque l'on soupçonne l'existence d'une infection au candida chez la personne autiste.
À l'heure actuelle, les traitements hormonaux attirent également l'attention : dans cette catégorie, mentionnons au passage la mélatonine et, surtout, la sécrétine. Pour leur part, la vitamine B6 et la diméthylglycine, des substances d'origine naturelle, paraissent aussi jouer un rôle déterminant auprès d'un pourcentage notable d'autistes; dans plusieurs cas, ces substances peuvent même remplacer avantageusement certains composés médicaux.
En somme, quelle que soit leur discipline, les spécialistes de l'autisme doivent se préparer à varier leurs approches à la lumière des réponses de chacun : l'affection concernée est fort probablement reliée à un amalgame de causes potentielles, bien plus qu'à une seule.
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