Août 1999
Société québécoise de l'autisme
Le programme de Lovaas (soit le UCLA Young Autism Model of Service Delivery) est un programme de stimulation précoce, conçu en fonction des enfants autistes. Il s'agit d'un programme structuré et intensif, basé sur des théories comportementales et découlant de l'observation directe de jeunes élèves.
Au début des années soixante, Ivar Lovaas, un psychologue-chercheur, a entrepris plusieurs études exploratoires analysant les effets du langage sur le développement moteur des enfants. C'est en poursuivant ces recherches qu'il a été amené à côtoyer des jeunes en proie à des troubles envahissants du développement, ainsi que des enfants autistes. Dans le but d'accroître leurs facultés d'apprentissage, il expérimente alors auprès d'eux des méthodes inspirées de l'analyse comportementale de Skinner (1959).
Devant le constat d'améliorations perceptibles, Lovaas poursuit ses recherches avec une approche expérimentale et son traitement s'érige rapidement autour de l'application des principes du conditionnement opérant (utilisation de renforcements et de punitions). De 1965 à 1972, il se concentre principalement sur l'identification de variables inhérentes à un traitement efficace de l'autisme.
Graduellement, plusieurs projets le conduisent vers l'adoption de principes de base qui parachèvent sa méthode au milieu des années 80.
Idéalement, les enfants admis au programme doivent être âgés de moins de quatre ans, afin d'optimiser les chances de progression. En effet, plusieurs études portant sur le développement du cerveau et sur la stimulation précoce mènent au constat suivant : plus l'enfant est stimulé jeune, plus il a de chances de progresser dans ses apprentissages.
Le programme comme tel est structuré et intensif : il s'échelonne sur plus de trois ans, douze mois par année, à raison de 40 heures par semaine. Selon Lovaas ce facteur d'intensité, tout comme l'âge de l'élève, sont primordiaux lorsqu'on vise une récupération complète. Toutefois, pour améliorer ou modifier un comportement ciblé, le programme peut très bien ne s'appliquer que quelques heures par semaine ou pendant des vacances scolaires.
Pendant les premières années, le traitement s'effectue au domicile de l'enfant. Les parents sont intimement liés à cette démarche et sont supervisés par un psychologue clinicien. Des éducateurs, ayant reçu une formation de six mois et connaissant d'emblée les objectifs du programme, aideront normalement la famille à soutenir l'intensité des exercices de stimulation. Par ailleurs, les expériences montréalaises et la recherche démontrent que les parents peuvent très bien appliquer ce traitement eux-mêmes et ne recourir à l'aide de professionnels qu'au besoin.
Lorsque des parents se montrent enclins à appliquer le traitement de Lovaas auprès de leur enfant, on peut leur recommander une période d'essai de trois mois. Un test, le Early Learning Measure, est administré avant et après un trimestre de traitement. Cet instrument évaluera la pertinence de la méthode pour l'enfant en calculant ses possibilités de progression. En fonction de ces résultats, les parents choisiront alors de poursuivre le traitement ou de s'orienter vers un autre type de service. Par ailleurs, trois mois suffisent normalement pour constater des progrès, ce qui permet aux parents de considérer le rapport "coût/bénéfice" du traitement, c'est-à-dire l'équation entre le temps, l'argent et l'énergie investis en fonction des résultats présents et éventuels.
À la suite du processus d'évaluation, on définit un plan d'intervention en fonction des forces et des faiblesses de l'enfant, et on le réajuste au besoin.
En général, lors de la première année, le but du traitement consiste à réduire l'automutilation et les comportements agressifs. L'enfant doit aussi apprendre à formuler des demandes verbales élémentaires et à répondre à des consignes simples. Un autre but important est de promouvoir l'extension du traitement dans la famille.
Durant la deuxième année, on préconise davantage l'enseignement du langage expressif et abstrait. Le traitement s'étend ensuite dans la communauté de l'enfant en vue d'intégrer ce dernier dans un groupe préscolaire.
La troisième année intensifiera l'apprentissage par l'enseignement de l'expression émotive et de tâches académiques comme la lecture, l'écriture, les mathématiques et l'apprentissage par observation à des fins d'insertion dans une classe ordinaire de première année.
Le traitement se compose des procédés propres à la modification du comportement. Ils consistent en l'indication, l'incitation, l'estompage, le façonnement, les renforcements, l'extinction, les punitions, la généralisation et le maintien des comportements adéquats.
Les techniques d'intervention consistent ainsi en différentes réactions du thérapeute. Par exemple, ce dernier renforcera les comportements appropriés par une combinaison de stimuli alimentaires et sociaux, conçue pour attirer l'attention de l'enfant sur son entourage. Graduellement, par l'action d'estompage, seuls les renforcements à caractère humain finiront par être utilisés. Cette substitution accorde aux stimuli sociaux le pouvoir de contrôler les comportements de l'enfant. Dans un autre ordre d'idées, le recours à de tels renforcements favorise la généralisation des apprentissages; au quotidien, l'enfant est en effet plus susceptible de recevoir des signes d'approbation sociale plutôt qu'un renforcement tangible.
Parmi l'éventail de réactions possibles de l'intervenant, on retrouve aussi l'indifférence et la punition. Pour sa part, cette dernière allie une réprimande verbale et une manifestation conséquente (par exemple, dire «non» fermement et isoler l'enfant, ou lui donner une tape sur les cuisses). L'indifférence sera par ailleurs utilisée à l'occasion face à des comportements d'automutilation, et entraînerait apparemment leur diminution.
Notons que les résultats de ces méthodes varient selon les cas. De plus, plusieurs facteurs physiques et environnementaux peuvent amoindrir les chances de progression de l'enfant. Cependant, dans des conditions adéquates, des recherches ont prouvé que certains autistes pouvaient, par le biais de l'approche Lovaas, parvenir à fonctionner dans des classes normales et ce, sans présenter de retard notable face à leurs camarades.
Actuellement, le programme se développe à plusieurs endroits, dont au New Jersey, en Californie et à Oslo, en Norvège. Plus près de nous, une équipe montréalaise utilise les principes de base du programme Lovaas. Cette équipe favorise les enfants autistes d'âge scolaire mais travaille également avec la clientèle adolescente et adulte.
Il est bon de savoir qu'au début, le programme représente un facteur de stress important pour l'enfant. Il est probable qu'il réagisse par des pleurs et des crises fréquentes. Par la suite, les interventions amènent une structure quotidienne; il sait quelles sont les activités de sa journée et accepte plus facilement les demandes.
En second lieu, il faut rappeler que le traitement exige la présence de thérapeutes au domicile familial, ce qui peut demander une période d'adaptation. Par la suite, cette façon de procéder permet toutefois aux parents de sortir, de travailler ou de prendre davantage de temps pour eux.
Le traitement demande également à la famille d'accepter des interventions éducatives structurées et d'être à l'aise avec l'idée que l'enfant doit apprendre à répondre à des demandes au début, afin de pouvoir éventuellement tirer parti de son environnement.
Un autre facteur à considérer réside dans les coûts du traitement. Il est nécessaire pour les parents d'évaluer avec justesse les ressources dont ils disposent déjà et les dépenses éventuelles.
Finalement, on peut conclure ce tour d'horizon en rappelant les facteurs de progression désignés par les recherches de Lovaas et les expériences subséquentes :
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