Le Système de Communication par Échange d’Images (PECS)

23 août 2002

Les enfants autistes, surtout ceux qui sont très jeunes, ressentent souvent de grandes difficultés à s’exprimer verbalement. A Newark, dans l’état de Delaware aux États-Unis, plus de 80% des enfants autistes qui commencent l’école publique et sont âgés de 5 ans ou moins, n’utilisent pas la parole de façon utile (Bondy & Frost, 1994a). Pour ces enfants et les personnes qui sont fortement limitées dans leur communication verbale, une intervention sérieuse et sophistiquée est indispensable afin de permettre la mise en place d’un langage utile.

Il est rare que de tels enfants, surtout les très jeunes, puissent initier ou maintenir une interaction avec des adultes ou d’autres enfants. Une autre difficulté majeure en ce qui concerne ces enfants est leur mode de réaction en milieu social.

Nombreux sont les professionnels qui ont tenté de remédier au silence des autistes. Il est habituel d’apprendre tout d’abord à l’enfant à regarder le visage ou les yeux de l’adulte. Ensuite l’enfant est récompensé quand il réussit à émettre certains sons, puis quand il réussit à les imiter. Ultérieurement, l’enfant apprend à combiner ces sons pour en faire des mots - mots souvent choisis par les adultes. Ce processus peut demander plusieurs semaines, sinon des mois, et ce sans garantie de résultat. Pendant cette période, l’enfant ne possède généralement ni façon calme ni moyen utile pour exprimer ses besoins fondamentaux.

Certains programmes d’enseignement utilisent des systèmes alternatifs ou augmentatifs: comme par exemple le langage des signes, qui est considéré comme une méthode appropriée (Carr, 1982). Mais, en général, cette démarche nécessite l’acquisition préalable de certaines compétences, qui sont voisines de celles associées à la formation directe du langage, telles que l’orientation visuelle et l’imitation motrice. D’autres méthodes consistent à pointer ou toucher des images ou bien des symboles visuels équivalents (Reichle, York, & Sigafoos, 1991). Quelques programmes requièrent une aptitude à assortir des échantillons avant de pouvoir passer à une application pratique de l’utilisation des images en tant que moyen de communication. De part notre expérience, nous avons remarqué qu’ avec des systèmes tels que "le montrer du doigt", certains enfants ont du mal à attirer l’attention de “ l’interlocuteur ”, ou bien ils ne répondent seulement que quand cette personne leur pose des questions (par exemple: "Qu’est-ce que tu veux?").

Par ailleurs, un type de situation particulier peut se produire : comme par exemple lorsqu’un enfant désigne une image du doigt tout en étant en fait absorbé par autre chose. Ce scénario rend ainsi l’interprétation du pointé en tant que forme de communication peu fiable. Le genre de difficultés illustrées ci-dessus, et autres problèmes périphériques ne produisent que trop souvent des réponses qui manquent de spontanéité.

Le Système de Communication par Échange d’Images (PECS) a été développé par le Delaware Autistic Program pour répondre aux difficultés rencontrées pendant plusieurs années avec différents programmes conçus pour améliorer la communication (Bondy & Frost, 1994b; Frost & Bondy 1994). Le système PECS a été utilisé sur plus de 100 enfants âgés de 5 ans ou moins qui ne maîtrisaient pas de langage en commençant l’école, ainsi que sur des enfants plus âgés, des adolescents et des adultes (Bondy & Frost, 1993).

La formation PECS consiste initialement à établir ce qui attire l’enfant, c’est-à-dire ce qu’il désire. Ces objets peuvent être des boissons, des jouets, des livres ou tout autre chose que l’enfant cherche et prend dans ses main régulièrement. Puis l’on en crée une image sous forme de photo ou dessin ( en noir et blanc ou en couleur). Pour un enfant qui aime des raisins secs, par exemple, on commence avec deux entraîneurs. En même temps que l’enfant tend la main pour en obtenir, l’entraîneur aide physiquement l’enfant à prendre l’image du raisin sec et à la mettre dans la main ouverte de l’autre entraîneur - celui qui a le raisin sec. Au moment où l’image est placée dans la main de ce dernier, celui-ci dit : "oh, tu veux un raisin sec!" (ou équivalent), et donne immédiatement le raisin sec à l’enfant. On ne demande pas à l’enfant ce qu’il veut ; on ne demande pas à l’enfant de prendre l’image. L’entraîneur ne dit rien avant que l’enfant n’ait déposé l’image dans la main ouverte. Progressivement on élimine l’apport d’aide physique incitant à la prise de l’image ainsi qu’a sa remise dans la main du second entraîneur.

Après plusieurs échanges selon ce procédé, l’enfant apprend à initier l’interaction en prenant l’image de lui-même et en la donnant à l’entraîneur qui a l’objet qu’il désire obtenir. Dans l’étape suivante, l’entraîneur s’éloigne de l’enfant, l’obligeant à faire plus d’effort pour l’atteindre. Ultérieurement, plusieurs personnes sont présentes. Dès que l’enfant a appris à utiliser une image avec plusieurs personnes, d’autres images d’objets prisés par l’enfant sont introduites. Dans ce cas, on ne présente à l’enfant qu’une image à la fois. Ces images sont collées à un panneau avec du Velcro®. Après une période de familiarisation avec le maniement de plusieurs images individuelles, l’entraîneur dispose deux images sur un panneau, et puis trois, quatre, etc. Un certain nombre de protocoles de discrimination ont été enseignés a ce niveau pour permettre d’obtenir de meilleurs résultats.

Quand un enfant a atteint ce niveau, bien que l’on aie l’impression qu’il ne fasse que peu de choses, il a en fait acquis des aptitudes très importantes : quand il a envie de quelque chose, il se déplace jusqu’au panneau, prend une image, va trouver un adulte, s’approche de lui, lui met l’image dans la main et attend de recevoir ce qu’il désire ; en fait, il a appris à aller calmement vers un adulte plutôt que d’essayer d’obtenir quelque chose tout en ignorant les autres. On ne peut pas trop souligner l’importance du fait que c’est l’enfant qui prend l’initiative de l’interaction et ce dans un contexte social approprié. Ici l’enfant ne dépend pas de l’incitation verbale des adultes pour communiquer.

Le système PECS apprend ensuite à l’enfant à créer des phrases simples, telles que, "je veux" "gâteau", en utilisant plusieurs images (une image représentant "je veux"), et un “ support ” de phrase. L’enfant doit toujours donner la phrase à l’adulte. Ensuite, on apprend à l’enfant la différence entre requêtes et remarques (différenciant ainsi choses et commentaires). Par exemple, "j’ai" ou "je vois" ou "voilà" …). Pour certains enfants, cette étape est difficile et peut demander un peu de raffinement. PECS continue en augmentant la quantité d’images par phrase et en multipliant les types d’échanges.

Tous les enfants avec qui nous avons ont travaillé au Delaware et New Jersey ont appris au moins le premier élément du PECS, c’est-à-dire l’échange d’une seule image (ou autre représentation visuelle) avec un objet désiré. Beaucoup d’enfants ont assimilé la première étape en un seul cours – d’autres en sept essais seulement. L’on a constaté que l’utilisation pendant un ou deux ans de la méthode PECS a induit un grand nombre d’enfants à se mettre a parler. De part notre expérience, les enfants qui utilisent de 30 à 100 images commencent souvent à parler tout en les échangeant. (Quelques enfants commencent a parler beaucoup plus tôt, alors que d’autres continuent à dépendre uniquement des images). Dans un groupe de 66 enfants de l’ âge de la maternelle qui a utilisé le PECS pendant plus d’un an, 44 d’entre eux ont appris à parler indépendamment et 14 se sont mis a parler, et ce de surcroît aux images ou mots écrits. Un autre groupe de 26 enfants du même âge a été suivi pendant 3 ans. Sept d’entre eux, qui avaient débuté avec le système PECS, ont été complètement intégrés parmi d’autres enfants ayant des handicaps mineurs. Il faut remarquer que le pronostic relatif au développement de la communication et de l’éducation pour les élèves est aussi fortement lié à leurs aptitudes intellectuelles.


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