Le programme de Lovaas à Montréal

Avis: Cet article réfère aux premières tentatives d'implantation du programme Lovaas à Montréal entre les années 1997 et 2000. 

Un résumé du programme

Article de Sylvie Donais et Nathalie Poirier, Ph.D

Les études du psychologue-chercheur lvar Lovaas ont débuté au tout début des années soixante. Les trois premières années de sa carrière furent investies à mettre à terme plusieurs études exploratoires à court terme. À cette époque, les études de Lovaas portaient sur l'effet du langage et sur le développement moteur des enfants ayant des difficultés langagières (Lovaas, 1964). C'est donc de cette façon qu'il fut mis en contact avec une clientèle d'enfants autistiques.

Le programme offert est structuré et intensif, soit d'environ 40 heures par semaine. Le traitement s'échelonne sur plus de deux ans. Lors de la première année, le but du traitement consiste à : (a) réduire l'automutilation et les comportements agressifs, (b) apprendre à l'enfant comment faire des demandes verbales élémentaires, (c) enseigner l'imitation et répondre à des consignes simples, (d) établir des jeux appropriés avec les jouets et (e) promouvoir l'extension du traitement dans la famille.

Durant la deuxième année le traitement met l'emphase sur l'enseignement du langage expressif et abstrait. Le traitement s'étend ensuite dans la communauté de l'enfant en vue de l'intégrer dans un groupe préscolaire.

Dans la troisième année, on enseigne à l'enfant l'expression émotive et les tâches pré-académiques comme la lecture, l'écriture, les mathématiques et l'apprentissage par observation en vue de l'intégrer dans une classe ordinaire de première année.

Le traitement se base sur les techniques de modification du comportement telles l'indication, l'incitation, l'estampage, le façonnement, les renforcements, l'extinction, les punitions, la généralisation et le maintien des comportements adéquats.

Les résultats du programme indiquent des résultats favorables. Neuf (47%) enfants appartenant au groupe expérimental sont parvenus à un fonctionnement normal dans une classe ordinaire; ils ne présentent aucun déficit intellectuel ou comportemental et leur langage est considéré comme fonctionnel. Huit (42%) enfants du même groupe ont été acceptés dans une classe de première année pour enfants ayant des problèmes d'aphasie. Ces huit enfants ont obtenu en moyenne un score d'intelligence de 70. Seulement deux (10%) enfants furent placés dans une classe pour enfants autistiques et ayant un retard intellectuel profond (Lovaas, 1987).

Cinq ans plus tard, une relance est effectuée et les résultats se maintiennent (McEachin, Smith et Lovaas, 1993).

À Montréal

Le programme de Lovaas est offert depuis plus de quatre ans au Centre de consultation psychologique et éducationnelle, situé dans la région de Montréal, avec la collaboration d'étudiants de l'Université du Québec à Montréal.

La clientèle

Certains enfants ayant profité du programme répondent au diagnostic d'autisme et sont âgés entre 2 et 4 ans lors de la mise en place du programme. Toutefois, des parents et des intervenants commencent à appliquer ce traitement auprès d'enfants ayant un diagnostic d'audimutité sévère, de trouble envahissant du développement non spécifié et même des enfants ayant un retard intellectuel avec quelques comportements autistiques.

Les résultats

Jusqu'ici, à Montréal, des 4 enfants qui suivent le traitement intensif, aucun ne se retrouve dans le groupe d'enfants qui ont récupéré totalement pour être intégrés dans une classe ordinaire de première année. Toutefois, les enfants ont acquis des habiletés qui les prédisposent à l'apprentissage, mais à différents niveaux. Certains ont fait des progrès plus significatifs que d'autres. lls ont appris à rester assis, sans bouger de tous côtés, sans s'autostimuler, sans toucher ou lancer les objets sur la table. Ils comprennent davantage les consignes, aiment lorsqu'on les touche ou les chatouille, apprennent à jouer avec les jouets, à imiter les gestes ou les verbalisations de l'adulte ou des enfants. Ils initient des demandes en pointant des images ou en disant un mot ou une approximation verbale de ce mot. Les enfants sont davantage attentifs à nos demandes; ils se font comprendre et sont plus sensibles à ce qui se passe dans leur environnement. Un des points notables est l'amélioration de leur capacité à tolérer la frustration. Par le fait même, l'agressivité, les crises et les pleurs en sont réduits.

Les modalités du programme

L'âge de l'enfant et l'intensité de 40 heures par semaine sont deux variables nécessaires pour obtenir des résultats similaires à ceux obtenus par Lovaas. Lorsque l'enfant est plus vieux ou que l'intensité est moindre, il est difficile de s'attendre à ce que l'enfant récupère totalement. Plusieurs études sur le développement du cerveau et sur la stimulation précoce démontrent que plus l'enfant est stimulé jeune, plus il a de chances de progresser au niveau de ses apprentissages.

Les critères d'efficacité du traitement auprès de mon enfant

Pour les parents intéressés à appliquer le traitement de Lovaas auprès de leur enfant, il est recommandé d'effectuer un trois mois d'essai. Un test a été développé par Lovaas (Early Learning Measure) et est administré avant et après trois mois de traitement. Cet instrument permet de prédire, avec un très haut taux de précision, les chances que l'enfant profite du traitement. Les parents peuvent choisir, suite aux résultats du test, de poursuivre le traitement, de diriger leur enfant vers un autre type de service. Bien entendu, au cours des trois mois, les parents peuvent constater les progrès de l'enfant. Cette évaluation est nécessaire pour permettre aux parents de considérer le rapport "coût/bénéfice" de ce traitement, c'est-à-dire l'investissement que le parent devra faire pour améliorer les apprentissages de leur enfant, autant sur le plan des ressources financières, qu'à l'énergie et au temps qui devront être consacrés.

Les variables à considérer avant de choisir ce traitement

Pour l'enfant: Le programme procure au début un stress important pour l'enfant. Il est probable qu'il réagisse par des pleurs et des crises fréquentes. Par la suite, les interventions amènent une structure quotidienne; il sait quelles sont les activités de sa journée et accepte plus facilement les demandes.

Le programme augmente ses habiletés de communication, réduit les crises, améliore sa capacité d'attention aux demandes et lui permet de mieux se faire comprendre.

Pour la famille: Le traitement exige des thérapeutes à votre domicile de 8h ou 9h le matin jusqu'à 17h et parfois le week-end, ce qui au début change vos habitudes. Cependant, par la suite, cette façon de procéder vous libère et vous permet de sortir, de travailler et de vous occuper davantage de vous. Il est important de considérer que vous venez de recevoir le diagnostic et devez aussi prendre le temps de vous l'approprier afin de réorganiser votre vie.

Le traitement demande aux parents d'accepter des interventions éducatives structurées et d'être à l'aise avec l'idée que votre enfant doit apprendre à répondre à des demandes au début pour qu'il apprenne à observer son environnement par la suite.

Les coûts du traitement sont importants. Il est nécessaire de vérifier les ressources qui vous entourent et ce, de façon réaliste.

Les thérapeutes: Ceux-ci doivent posséder une formation universitaire rigoureuse sur la modification du comportement. Il peut toutefois être difficile de trouver de tels thérapeutes. Dans ce cas, il est proposé de travailler avec un thérapeute qualifié qui vous entraîne à l'application du programme. Les parents peuvent devenir d'excellents thérapeutes et superviseurs du traitement de leur enfant. Plusieurs recherches l'ont démontré (Harris, 1986) et des parents au Québec nous en ont fait la preuve. Lorsque vous maîtrisez bien les principes du traitement, vous pouvez recruter des étudiants et les entraîner. Les qualités essentielles d'un bon thérapeute sont la confiance en soi, le dynamisme, aimer les enfants, savoir être ferme et structuré et être capable de travailler en collaboration avec les parents.

Les recommandations

Les recherches de Lovaas et nos expériences semblent indiquer que les enfants progressent lorsque :

Conclusion

Plus la stimulation débute tôt, plus votre enfant a des chances d'apprendre, et plus il sera autonome et fier de lui et vous aussi. Il est important de penser à long terme, lorsque votre enfant aura 10, 15 ou 20 ans. Les problèmes de communication et de comportements demeurent et peuvent même s'aggraver avec l'âge. Le traitement de Lovaas est structuré et exigeant mais les enfants semblent apprécier les routines, les apprentissages et les contacts avec les thérapeutes et leurs parents. Ils apprennent et sont fiers d'eux, car il est plus facile pour eux d'entrer en relation avec les autres et leur environnement. Il peut paraître exigeant pour l'enfant de se stimuler tous les jours à 2 ans. Toutefois, le jeune enfant sans difficulté apprend et demande à apprendre toutes les heures d'éveil, lorsqu'il joue et lorsqu'il observe constamment son environnement et interagit avec lui.

Les expériences montréalaises et la recherche démontrent que les parents peuvent très bien appliquer ce traitement eux-mêmes avec l'aide de professionnels au besoin.

Le programme démontre de meilleurs résultats s'il est effectué de façon intensive. Toutefois, le programme peut très bien ne s'appliquer que quelques heures par semaine ou lors des vacances scolaires afin de modifier ou améliorer certains comportements.

Nous sommes toujours en contact avec le Dr. Lovaas afin de reproduire ses études pour vérifier s'il est possible d'obtenir ses résultats, ici, à Montréal. D'ici 5 ans, nous espérons obtenir des subventions qui nous permettront de savoir quel type d'enfant autistique peut bénéficier de ce traitement.


Références pertinentes

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