Deux des textes qui suivent sont des traductions que Mme Laurence Furic a généreusement publié sur le groupe de discussion InfoTED pour répondre à des demandes d'information. Mme Furic est la mère de deux jeunes enfants dont l'un est autiste. D'origine française, elle habite actuellement aux États-Unis avec sa petite famille. Son fils suit une thérapie Lovaas.
L'A.B.A. est une approche, un programme, une méthode dite "scientifique" parce qu'élaborée selon la méthodologie scientifique, avec données et vérifications, validations et modifications selon les résultats.
L'A.B.A. (pour raison de commodité et en l'absence de sigle plus génial, j'utiliserai par la suite celui-là. En raison de la désinence féminine fort pratique, je considérerai donc que c'est du féminin = pour approche ou analyse behaviorale appliquée par exemple - reste à trouver un équivalent parlant en français pour le "b" de behavior (comportement).
A) LES PERSONNES
Il y a au départ un "consultant" (aussi appelé "analyste comportemental") qui se charge de former les parents et les intervenants à la pratique de l'A.B.A., qui établit le programme (également appelé "curriculum" en anglais, ce qui étymologiquement donne bien aussi l'idée de déroulement). Ce programme établit très exactement quels apprentissages et comment ils vont se faire. C'est lui qui procède à l'évaluation et aux réajustements du programme au fur et à mesure que l'enfant progresse.
Ensuite, il faut des intervenants : ce peut être les parents, par exemple. J'imagine que c'est ce qui se produit en France, en Suisse et en Belgique, à moins que les universités ne commencent à former des intervenants dans ce domaine (?). Ici en Amérique du Nord, il y a de plus en plus d'éducateurs spécialisés et autres jeunes gens qui se forment à l'A.B.A. mais encore bien trop peu pour satisfaire la demande grandissante...
Ce sont les intervenants qui vont effectivement passer les heures nécessaires à l'apprentissage formel de l'enfant (en général en individuel, mais les principes de l'A.B.A. semblent tout-à-fait pouvoir s'adapter à un petit groupe de formation ou même à une classe). En anglais, les intervenants sont parfois appelés "thérapeutes" (therapists) ce qui sous-entend un sens médical ou thérapeutique et des études certifiées. Or, il ne semble pas que les "thérapeutes" A.B.A. aient autre chose qu'une excellente formation (il n'y a pas de diplôme spécifique à ma connaissance). En fait, pour faire un bon intervenant A.B.A. il faut surtout être enthousiaste, avoir de l'imagination, être capable de se plier à des instructions précises, adorer les enfants, avoir de la patience et du calme et être de confiance. Ce qui semble s'adapter à beaucoup de personnes, qu'elles soient dans le domaine de l'éducation spécialisée ou autres et je vois là beaucoup d'emplois de proximité possibles pour des gens plus qualifiés que pour du simple "baby-sitting"...
Quant aux personnels scolaires, bien qu'ils ne pratiquent pas en général l'individuel, ils peuvent (idéalement devraient) être associés à la démarche : c'est aussi dans le cadre de leur activité que l'enfant apprend (ou stagne...) Il est à mon humble avis, essentiel de convaincre toutes les personnes qui "travaillent" avec l'enfant que la démarche suivie doit l'être en continu, car un enfant autiste a certainement besoin de "consistance", de repères, de message le plus univoque possible. Pour l'instant l'A.B.A. a encore mauvaise presse, je crois vraiment que c'est un problème d'image, de faux-procès, et c'est sans doute ce que j'essaye de faire en "vulgarisant" pour faire passer le message...
Dans l'école de mon fils, j'ai cessé d'utiliser le terme A.B.A. et parle toujours de son "home-program" (programme à la maison) pour le distinguer de ce qu'il fait à l'école (où soit dit en passant il n'apprend rien en termes de compétences, mais beaucoup en termes de "savoir-être" ce qui est déjà beaucoup et très précieux).
Il est important d'impliquer le plus de gens qui seront en contact avec l'enfant en leur expliquant ce que l'on fait et comment on le fait, pour qu'ils ne reçoivent pas de message contradictoire, mais aussi parce que cela permet de créer des occasions multiples de généraliser les acquis. Cela ne servirait à rien que l'enfant ait appris à dire "au revoir" si ailleurs que dans le lieu d'apprentissage on attendait de lui qu'il dise "Ciao!".
Entre tout ce petit monde là, il faut bien entendu une solide coordination. Responsabilité des parents avec le consultant. Tout cela demande de bien s'entendre, d'avoir une bonne écoute, d'être franc ouvert et critique, il faut pouvoir se rencontrer et surtout travailler en équipe.
B) LA PROGRAMMATION
C'est une des caractéristiques de l'A.B.A. il me semble que celle qui consiste à prévoir si précisément toutes les données de l'apprentissage envisage : quasiment tout est prévu : ce que l'on va enseigner exactement, comment cela va être décomposé dans le temps, comment cela va être évalué et éventuellement corrigé, et comment cela va être appliqué dans les différents environnements de l'enfant. C'est en fait grâce à cette méticulosité et précision, grâce à cette discipline et attention aux détails, qu'il y a eu des enfants - comme le raconte Catherine Maurice - qui sont devenus "indiscernables" de leurs pairs en seulement quelques années de travail.
La programmation se concentre sur les exercices dits "par essais distincts" (discrete trial ou DT) que l'enfant pratique en individuel avec un thérapeute pour apprendre à parler, à jouer et à se comporter avec les autres. Ces exercices sont entièrement conçus pour chaque enfant. Il y a un corpus commun de programmes que tous les enfants devront faire, mais chaque objet utilisé pour enseigner, sera parfaitement étudie en fonction de chaque enfant, en fonction de ses goûts, de ses envies, de ses habitudes, de ses centres d'intérêt.
La cadence des exercices a son importance. Il ne s'agit pas d'aller à tout prix à toute vitesse dans les différents programmes, ce qui pourrait avoir comme effet des résultats fragiles, ou une acquisition de compétences inutilisables dans la vie de tous les jours... Un bon consultant prévoira la fréquence pour introduire de nouveaux points, le temps qu'ils soient acquis (connaissance), maîtrisés, revus (maintien de la compétence), et lorsqu'il est pertinent de ne pas introduire de nouveauté, de façon à permettre la pratique pendant une ou deux semaines, des points maîtrises.
On dit qu'une compétence doit être "généralisée", c'est-à-dire qu'elle doit pouvoir s'exercer aussi bien à la maison, qu'à l'école et dans divers cadres, avec différentes personnes, que ce soit les thérapeutes, les parents ou les pairs. Le but étant bien entendu que l'enfant puisse acquérir une compétence qu'il utilisera indépendamment de tout soutien dans n'importe quelle situation donnée.
C) LA PRATIQUE
En général, on ne connaît de l'A.B.A. que la pratique du "discrete trial" (essais distincts) alors qu'il ne s'agit que de l'une des applications de "l'analyse fonctionnelle du comportement", cette composante théorique qui est "appliquée" au problème d'aider un élève handicapé à atteindre le maximum de son potentiel. Au départ, c'est dans ces sessions individuelles que l'on voit se passer le plus de choses, mais c'est partout et ailleurs que l'on peut continuer à aider l'enfant à apprendre. Le consultant doit nous apprendre comment renforcer des comportements adaptés : l'idée de base étant de séparer les comportements appartenant à l'autisme de ceux souhaités. Le renforcement consiste à surprendre nos enfants quand ils sont bons et non pas à les reprendre quand ils sont mauvais...
La pratique vaut tout autant dans le cadre scolaire, même si l'élève n'y fait pas d'exercices par essais distincts au sens strict. C'est là qu'il convient d'obtenir un assistant formé, qui fait partie du programme à la maison. C'est une composante essentielle du programme A.B.A.
Malheureusement on est loin d'obtenir cela pour l'instant , ce qui ne rend pas les choses simples entre parents et école, et c'est dommage parce que l'assistant rend le travail du maître d'école bien plus facile et que les bénéfices pour tous sont énormes. L'erreur contre laquelle , depuis décembre,je passe mon temps à me battre, consiste à placer un enfant autiste à l'école sans soutien coordonné avec le programme à domicile sous le couvert d'une "philosophie", prétendant qu'il a besoin d'être parmi les autres pour apprendre à se comporter en société : si l'enfant pouvait apprendre comme ca, il ne serait pas autiste.
A) + B) + C) mis ensemble devraient donner quelque chose dans le genre :
Je me suis largement servie d'un texte de Richard Saffran, à qui je rends encore une fois hommage pour la clarté de ses réponses que l'on peut lire dans le texte original à l'adresse suivante :
http://members.tripod.com/~çRSaffran/faq.html
J'espère que cette petite explication de ce qu'est un programme A.B.A. aura servi de début de réponse à la question posée.
Je ne suis pas une théoricienne (c'est pour ca que je préfère traduire ce que les autres ont écrit!) mais pour les passionnés, je crois qu'on peut renvoyer aux sources théoriques des champs de la psychologie, sociologie et de l'éducation qui abreuvent les praticiens de l'A.B.A. :
Pour la partie appliquée des sciences du comportement : voir les théories de l'apprentissage - les recherches de John Watson et B.F. Skinner (gentiment appelée par les moteurs de traduction automatique "l'éplucheuse" - j'ai trouve ça trop drôle pour ne pas l'inclure un jour dans mes messages! c'est fait, je ne le ferai plus, promis). Les principes de ces théories ont été revus par des psychologues (N. Azrin et R. Foxx) pour être appliqués aux populations de personnes à besoins spéciaux (handicaps de développement ou cérébraux).
Pratiquer l'A.B.A. c'est tout de même aussi pratiquer une certaine philosophie, opérer un certain choix : entre appliquer ce à quoi j'ai été habituée, par culture, éducation ou croyance, ou bien faire le choix conscient fondé sur comment l'enfant apprend le mieux et s'épanouit pour devenir un adulte autonome. Si l'autisme de mon fils le conduit à des comportements qu'il subit, il est de mon rôle d'éducateur de l'aider à maîtriser ces comportements et à intégrer d'autres stratégies qui lui permettront de trouver sa place et de faire ses propres choix.
Laurence
Maman de Joseph 3,6 ans autiste et de Jacob 22 mois
Question de Barb.
Réponse de Michelle
En janvier de cette année, nous avons commencé un programme de 40 heures hebdomadaires d'A.B.A pour mon fils de 13 ans. Les raisons pour lesquelles nous n'avions pas commencé plus tôt sont à peu près les mêmes que les autres. Lorsque mon fils était très jeune, l'ABA avait une réputation épouvantable. Quand la tendance à commencé à tourner, nous étions accaparés par les problèmes de comportements qui s'étaient déjà installés, les problèmes médicaux, un autre enfant et un divorce. De plus, c'était un petit peu plus difficile de trouver des traitements pour un enfant "plus âgé" et de trouver le soutien nécessaire à la mise en place d'un programme. Après cinq mois de réunions et de planification, nous avons finalement pu mettre en place son programme et commencer en janvier.
Mon fils, Jamey, est non-verbal avec de nombreux comportements auto-stimulatoires graves (par exemple, il se retient de respirer, il rumine). Avant la thérapie ABA, Jamey utilisait environ 5 à 10 symboles picturaux, pouvait signer "je veux", "encore" et était capable de pointer les objets et la nourriture convoités. Nous avons pris au début , enseignant à Jamey l'imitation de mouvements, le langage réceptif, la comparaison 3 par 3, l'imitation d'actions avec des objets.
Nous étions au départ inquiets de ce qu'il se plie à la consigne et de savoir s'il pourrait s'adapter à la structure mais, à notre grande surprise, il a adoré. Cinq mois plus tard, il aime toujours. Son estime de soi s'est épanouie. En ce moment, nous travaillons sur environ 12 programmes avec lui. À cause de ses comportements, il y a de plus ou moins bons jours, mais dans à peu près 90 % du temps, il est vraiment à ce qu'il fait. Dans l'ensemble, il utilise ses yeux bien mieux, il écoute et répond aux consignes, il a amélioré sa communication, il entre plus en relation et il est heureux.
À l'heure actuelle, nous avons un mélange de programme scolaire et à domicile. La partie à l'école est difficile, parce que le personnel n'est pas très enthousiaste et continue à avoir tendance à essayer de faire du "main sur main" avec lui. J'ai aussi remarque que leur style de renforcement positif n'est pas aussi sincère et enthousiaste que celui qui a cours à la maison (ils ont accès aux mêmes choses et mêmes instructions que nous avons à la maison, simplement ils ne les utilisent pas de la même façon). Pendant les vacances de printemps, quand Jamey est resté à la maison pendant deux semaines, il a véritablement fait des bonds dans ses programmes. J'ai hâte de l'avoir à la maison pendant tout l'été pour voir quels types de progrès il va faire.
Pour moi, cela a été passionnant de le voir apprendre. J'adore le voir sourire et s'applaudir lorsqu'il vient de faire quelque chose dont il est fier. Je suis stupéfiée de le voir faire des puzzles - chose que nous avons essayé pendant des années, mais il n'arrivait tout simplement pas à piger le truc. Jamey a plus appris depuis janvier qu'il n'a jamais appris. Il y a une cassette de la convention à propos d'ABA et "Enfants plus âgés" (John McEachin & Ron Leaf). Elle m'a été utile pour comprendre combien la souplesse et les renforcements sont importants lorsqu'on travaille avec des enfants plus âgés. J'ai emprunté cette cassette à la bibliothèque Access Library : 417-836-6394. C'est une excellente ressource dans laquelle on peut puiser. Ils ont une liste de ressources d'environ 100 pages consacrées à l'autisme.
Bonne chance
Michelle
Traduction d'une discussion sur un forum anglophone
Voici la part de conversation de l'enfant :
"Je ne sais pas. Oui. Oui. Je ne sais pas. Oui."
Y a-t-il apprentissage en cours ? (A propos, j'ai observé des gens avoir des "conversations" de ce type, puis commenter "Il parle tellement plus!").
Voici comment une personne formée peut faire de la circonstance une occasion de s'entraîner à la conversation:
Professeur :Bonjour Alex, es-tu content que Noël arrive ?
A :(pas de réponse)
Professeur :es-tu content que Noël arrive ? Dis, Ouais, j'ai hâte d'ouvrir mes...
A :Ouais, j'ai hâte d'ouvrir mes cadeaux!
Professeur :(sourire) Moi aussi! Qu'est-ce que tu as demandé ?
A :J'ai demandé des cadeaux.
Professeur :Qu'est-ce que tu as demandé comme cadeau ? Dis, pour Noël, j'ai demandé...
A :J'ai demandé un vélo. Pour Noël.
Professeur :Super! (petite chatouille) es-tu content que Noël arrive ?
A :Ouais, je veux un vélo.
Professeur :(chatouille plus forte) Un vélo! C'est génial! J'ai mon sapin tout décoré de guirlandes. J'ai mis plein de guirlandes sur MON sapin.
(Pointe le sapin d'A)
A :J'ai mis des coeurs sur mon sapin.
Professeur :Alex, c'est super! (grosse, grosse chatouille)
A :Ahhhhh ! Arrête !
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