Généralités et philosophie de la méthode
Les personnes souffrant de troubles envahissants du développement éprouvent souvent des difficultés à décoder les perceptions et les règles sociales qui régissent les échanges dans leur entourage. La méthode dite des « scénarios sociaux » ou « histoires sociales » prend en compte les particularités de cet ordre et tend à les amoindrir. Créée par Carol Gray en 1991 pour aider les personnes autistes à comprendre les règles d’un jeu, la méthode a évolué et s’est développée à la lumière de l’expérience clinique de la thérapeute. Elle permet aux personnes autistes de mieux « lire » et interpréter les différentes règles et situations sociales.
Les scénarios sociaux sont de courtes histoires écrites dans un style et un format spécifiques. Chaque scénario décrit de manière très concrète une situation précise avec les caractéristiques propres à la personne et à son milieu. Ils aident à fournir la compréhension sociale de cette situation et suscitent l’apprentissage d’un comportement ou de réponses verbales conformes aux attentes sociales. En rendant l’information accessible et facile à comprendre, les scénarios sociaux visent donc à munir la personne autiste de l’information et des repères dont elle a besoin au quotidien, et ce, à la maison, à l’école ou dans sa communauté.
Diverses raisons peuvent motiver l’écriture d’un scénario : l’observation de situations difficiles, d’un comportement inadéquat, de signes indiquant une « lecture erronée » d’un événement précis, etc. Dans cette lignée, le scénario peut donc par exemple traduire un but (parfois fixé par la personne autiste) en étapes compréhensibles, viser l’acquisition d’une nouvelle habitude ou l’adapter à des changements éventuels. La modification d’un comportement quelconque et une meilleure gestion des émotions (peur, colère, stress) figurent également parmi les nombreux objectifs possibles.
De façon plus systématique, les objectifs de la méthode sont de :
Création des scénarios
À la base, chaque histoire commence avec de l’information détaillée qui explique où une situation se produit, les acteurs en cause, quel en est le commencement et la fin, ce qui se passe et pourquoi. Ce type d’information peut être recueilli par le biais d’entrevues dans l’entourage de la personne autiste, avec ou sans elle, de même qu’à la suite d’observations minutieuses. On doit également prendre en considération les modifications possibles de la situation que l’on souhaite dépeindre. Pour préparer la personne à la possibilité d’un changement inattendu par exemple, il est préférable et plus juste d’écrire que «le cours d’éducation physique a habituellement lieu le mardi à 10h30», que de simplement affirmer qu’il a lieu le mardi à 10h30. Les mots «toujours» et «jamais» sont également à éviter pour des raisons similaires. On utilisera plutôt les termes «parfois», «quelquefois», etc.
Compte tenu du fait que la plupart des scénarios sociaux sont écrits pour une personne autiste dans une situation précise, on comprendra que le format, le style et le niveau de lecture de chaque histoire varient considérablement. Un scénario écrit pour un enfant d’âge préscolaire pourrait consister en un texte très simple avec peu de mots, de gros caractères et des illustrations sommaires. À l’inverse, un scénario social conçu pour un adolescent Asperger pourrait inclure une description complexe de la situation, de l’information sur les pensées des autres personnes, leurs motivations potentielles, etc.
Au départ, le modèle des scénarios comme tel est généralement facile à adopter. On conseille l’emploi de phrases courtes et simples, le plus souvent écrites à la première personne de l’indicatif présent, comme si l’enfant autiste décrivait l’événement pendant qu’il se produit. Différents types de phrases, sur lesquels nous reviendrons plus loin, peuvent d’autre part être utilisés.
Bien qu’elles soient couramment employées comme support, les illustrations ne sont pas indispensables. Lorsqu’on y a recours, il est important de bien les choisir pour éviter qu’elles ne définissent trop étroitement la situation ou qu’elles distraient la personne autiste du contenu de l’histoire.
Parmi les moyens disponibles pour produire soi-même ses illustrations,
les dessins peuvent s’avérer efficaces, tout comme les images générées par ordinateur, les photocopies ou les photographies jugées pertinentes, les circulaires d’épicerie ou autres. Parfois, illustrer une conversation avec des « bulles », comme dans une bande dessinée, peut aussi être utile. Cette technique correspond à un second outil développé par Carol Gray (appelé « Comic Strip Conversations ») qui intègre l’utilisation de dessins et de symboles simples.
Types de phrases employées dans les scénarios sociaux
À la base, il existe trois types de phrases utilisées dans les scénarios
sociaux : descriptive, directive et de perception interne.
Les phrases descriptives illustrent ce que les gens font dans certaines situations, pourquoi ils le font, etc. L’exemple suivant illustre bien ce type d’énoncé : « La cloche sonne pour que les enfants rentrent de la récréation. Les enfants vont dans leur classe où le professeur leur lit une histoire ».
Les phrases directives entraînent, quant à elles, la personne autiste vers une réponse souhaitée et appropriée. Elles suivent souvent des phrases descriptives et indiquent d’une façon positive quel est le comportement désiré. Étant donné leur nature, elles doivent toutefois être soigneusement formulées pour ne pas se révéler limitatives pour la personne. Aussi commencent-elles régulièrement par des formulations du genre : «je peux essayer de...», «je vais travailler sur...» plutôt que « je dois...», «il est nécessaire que je...». À l’occasion, elles se présentent aussi sous d’autres formes : «À la fin de la récréation, la cloche sonne pour que je revienne en classe. Je cesse de jouer et je me place dans la file pour rentrer. Je suis tranquillement les autres enfants pour me rendre en classe. Quand nous entrons dans la classe, je vais à mon bureau et je m’assois. J’écoute mon professeur lire une histoire »
Troisième type de phrases, celles de perspectives, représentent plutôt le point de vue des individus, leurs pensées, leurs sentiments et leurs humeurs; il est à noter qu’on devrait cependant se garder d’attribuer des sentiments à l’élève, puisque l’auteur de l’histoire peut se tromper à son sujet. Exemples : «Quand la cloche sonne pour indiquer la fin de la récréation, le professeur est content de voir tous les enfants se mettre en ligne pour rentrer tranquillement dans la classe. Plusieurs enfants sont contents car ils vont entendre une histoire. Le professeur aime voir que les enfants écoutent. Il aime que les enfants soient tranquilles pendant l’histoire.»
En fonction de leurs natures respectives, les phrases descriptives, directives et perspectives employées dans les scénarios sociaux n’auront pas le même effet. Par exemple, plus le scénario comportera de phrases descriptives et perspectives, plus la personne aura l’occasion de fournir ses propres réponses à la situation sociale. En revanche, plus il y aura de phrases directives, plus restrictives seront les indications quant à la manière dont l’individu doit se comporter. Voici un dernier exemple montrant cette fois-ci chacun des types de phrases employés conjointement :
«Quelquefois une personne dit : « j’ai changé d’idée » (descriptive). Cela veut dire qu’elle avait une idée, mais que maintenant elle en a une nouvelle (perspective). Je vais essayer de rester calme quand quelqu’un change d’idée (directive).»
Renseignements pratiques
Idéalement, quelle que soit la longueur de l’histoire, on devrait retrouver de deux à cinq phrases descriptives et perspectives pour chaque phrase directive. Par ailleurs, selon les cas, la présence de ces dernières n’est pas forcément requise; une histoire sociale devrait en général accorder plus d’espace à la description soigneuse de ce que les gens font, de ce qu’ils disent, et du pourquoi. Selon Carol Gray, une erreur fréquente des auteurs de scénario « débutants » réside d’ailleurs dans l’abus d’énoncés directifs. Afin d’éviter d’autres sources d’erreurs potentielles lors de l’écriture ou de la présentation des scénarios sociaux, il est utile de connaître quelques principes liés à leur utilisation.
Voici donc une série de consignes propices à l’obtention de résultats positifs.
Au fur et à mesure que l’étudiant revoit un scénario social et qu’il acquiert l’habileté visée ou la réponse appropriée à la situation dépeinte, on peut atténuer le support que constitue l’histoire. En ce sens, Carole Gray (1996) parle de trois principales techniques : la réécriture du scénario, de manière à s’adapter à l’évolution de la personne, la diminution des indices verbaux ou celle de la fréquence de répétition de l’histoire. À titre d’exemple, dans ce dernier cas, on peut passer de la lecture hebdomadaire d’une histoire à une lecture mensuelle ou occasionnelle, au besoin. En ce qui concerne la réécriture, on pourrait enlever graduellement les phrases directives à mesure que l’élève acquiert davantage d’autonomie, etc
Résultats rapportés
• Stabilisation du comportement face à une situation donnée.
• Réduction de l’anxiété et de la frustration chez les personnes autistes qui ont à gérer une situation stressante pour elles.
• Amélioration du comportement au cours d’une situation déterminée lorsque le scénario social est appliqué de manière cohérente. Ce dernier point est important puisque les avantages de la méthode dépendent de la compétence de l’auteur des scénarios, de sa compréhension de l’autisme et de son habileté à se placer dans la perspective d’un autiste.
Résumé
Les scénarios sociaux ont été développés pour fournir aux personnes présentant un trouble envahissant du développement les repères sociaux dont elles ont besoin. En enseignant les règles sous-tendant les situations sociales, ils permettent d’augmenter les désirs d’interaction avec l’entourage et d’améliorer l’adaptation à un large éventail de contextes et d’expériences variées. Ces outils, qui exigent la création de «bons» scénarios, sont utiles pour faciliter la vie à la maison, à l’école ou en communauté.
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